Les Egoèmes #36 – Rouge sur blanc

Nous voilà embarqué pour le thème du mois de mai, qui suit toujours le fil rouge thématique de la saison – si si, il y’en a un !

Et le thème de ce mois de mai 2026 c’est “Rouge sur blanc”.
Comment choisirez-vous d’associer ces deux couleurs ? Seront-elles complémentaires ou opposées ? Quelles seront leur symbolique ? J’ai plein d’idée à vous proposer, mais je ne veux pas trop vous orienter !

Le thème est laissé à la libre interprétation des participant·es

🖋️ Comment participer ?
Vous avez une semaine pour envoyer vos créations.
📅 Date limite : jeudi 14 mai 2026 à midi
📩 Adresse : egoemes @ larathure.fr (sans espaces)

Dans votre mail, précisez :

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Et n’oubliez pas de vous abonner à @larathure et @lesegoemes (promis, je ne me vexerai pas si c’est juste pour la durée du concours 😄).

Comme à chaque édition, un texte de calibrage sera partagé pour aider le jury dans son évaluation.

Le jury de cette édition

Les jurys de cette édition sont les lauréat·es de la précédente édition :

Retrouvez leur présentation et toutes les actualités du concours sur la page @lesegoemes.

Sortez votre stylo rouge et votre feuille blanche !

Texte n°1 – Au milieu du coeur 

J’ai au milieu du cœur
Une tache rouge sur fond blanc
Elle creuse chaque douleur
Et en fait des tourments

Elle m’irrite, accroît mes pleurs
Alors je la berce tendrement
La caresse avec douceur
Pour apaiser ses tremblements

J’ai au milieu du cœur
Une tache rouge sur fond blanc
Héritière de mes peurs
Son existence est un présent

Elle me rappelle avec ardeur
Chaque fois qu’elle s’étend
Comme la vie est un labeur
Et que je suis un être résilient 

Texte n°2 – L’immobile sous le cerisier 

On te croirais en train de dormir,
Toi dont la veste rouge tranche sur l’uniforme blanc.
Mais la guerre t’a fais mourir,
Comme en témoigne les fentes rouges sur ton corps blanc.
Assis sous un arbre tes ennemis se réjouissent,
Tandis que tes amis s’évanouissent.

Victime innocente de la guerre,
Tes mains pales sont couvertes de sang,
Tandis que tu jetais une bouteille à la mer,
En rejoignant leur rang.

Maintenant, tu restes immobile,
Tandis que la bile,
Me monte aux lèvres en te contemplant,
Une cerise rouge tombe sur ton flan.
Dernier reste du rouge et blanc,
Ta mort et tes actes les représentant. 

Texte n°3 – L’encre noir de mon coeur sur la blancheur de ton âme 

L’encre noire sur une feuille blanche…
C’est ainsi que ton nom est entré dans ma vie.
Comme une confidence déposée par le destin,
Comme une caresse discrète sur les blessures du temps.

Avant toi, mon cœur ressemblait à cette page vide,
Silencieuse, froide, immobile sous le poids des jours.
Puis tu es arrivée…
Avec tes yeux capables de faire trembler mes nuits,
Avec ta voix douce qui calme mes tempêtes,
Avec cette manière unique de sourire
Qui transforme mes douleurs en poésie.

Depuis, chaque pensée porte ton visage.
Chaque phrase que j’écris cherche la chaleur de tes mains.
L’encre noire devient le reflet de mes sentiments,
Profonds, sincères, infinis.
Et la feuille blanche devient le sanctuaire
Où je dépose l’amour que je n’arrive même plus à contenir.

Quand je pense à toi,
Les étoiles semblent écrire ton prénom dans le ciel.
Le vent parle de toi à mes fenêtres.
Même la nuit paraît moins sombre,
Parce qu’au milieu de mes silences
Il existe la lumière de ton existence.

Tu es cette femme rare
Qui donne un sens aux battements d’un cœur fatigué.
Cette femme dont la présence suffit
Pour faire fleurir l’espérance dans une âme désertée.
Tu es la douceur dans mes colères,
Le calme après mes guerres,
Le refuge où mes pensées viennent se reposer.

Si mes mots étaient des roses,
Je couvrirais ton chemin de pétales éternels.
Si mon cœur était une plume,
Il écrirait ton nom jusqu’à la fin des saisons.
Car aimer une femme comme toi
N’est pas un simple sentiment…
C’est une renaissance.

Alors laisse-moi être cette encre noire
Qui danse délicatement sur la blancheur de ta vie.
Laisse-moi écrire avec tendresse
Des promesses au parfum d’éternité.
Et même si le temps tente d’effacer les traces,
Il ne pourra jamais effacer
La manière dont ton amour a transformé mon âme
En un poème vivant.

Texte n°4 – Mille neuf cent quarante-cinq

Rouge sur blanc
comme tes lèvres sur ta peau de neige à l’aube de tes vingt ans
rouge telles les roses d’un bouquet à l’ardeur éloquente
ou les joues empourprées devant ton amant

Rouge
sur blanc
comme un trop-plein d’amour et d’espoir éclatant
sur fond de fiançailles par un après-midi clément

Rouge comme les feuilles à la saison changeante
éphémères promesses à l’avenir fuyant
blanc comme la peur sur ton visage livide
face à l’homme arraché et aux joies volatiles

Rouge sur
blanc
comme un délit d’amour trop
brillant
comme ton cœur sur la main sur le cœur cachant l’étoile
filant

dans les trains dans les camps
roug e su r bla n c
comme ta vie qui
dégoutte sur
les plaines éternelles au couchant

au milieu de l’hiver dans les années quarante pieds nus robe blanche cheveux sales dans le vent
criminelle indicible existence ineffable coupable
d’être née de rêver coupable d’humanité

marcher
marcher encore marcher à la vie à la mort
à la mort surtout

janvier
mille neuf cent quarante-cinq 

Texte n°5 – Puissance mille 

Elle marche dans tes rêves
Comme une reine de sabbat
Tapie de velours écarlate
Sur un nuage de nacre
Sous ses pas cadencés

Un peu de fard
Sur son visage d’opaline,
Elle a la force adamantine
D’une femme fatale
Belle, sensuelle, écarlate

Elle porte en elle
La blessure des souvenirs
Comme un fruit de la passion
Sur une indifférence immaculée
Au goût du pêcher

Tu gardes d’elle l’éclat
D’un sucre rouge bonbon
Sur une assiette de porcelaine
Posée sur le fil brûlant
D’un audacieux chaos blanc

Elle danse dans tes pensées
Comme le feu sur le gel
D’un coucher de soleil
Sur la banquise nivéenne
De ton cœur qui saigne

Elle est la goutte de sang
Sur le linceul laiteux,
Le coquelicot majestueux
Dans un champ cotonneux
De pissenlits soyeux

Elle laisse derrière elle
Des pétales de rose carmin
Dans la poudreuse d’albâtre
Des âmes en grenade
À l’étoffe candide

Elle a marqué ta vie
De sa traînée d’aurore
Sur tes sommets enneigés
Comme un fil d’Ariane
Sur tes songes diaphanes

Tu sais, rien ne sert de lutter,
Elle a marqué ta vie
D’un sceau de cire bordeaux
Sur l’enveloppe de la peau
Drapé d’un tissu pourpre

Elle était la cerise incarnate
Sur le gâteau d’ivoire
D’une vie suspendue
Par le silence interrompu
D’une femme qui s’encre
Sur toutes les pages blanches
De ton regard ardent 

Texte n°6 – Rose testamentaire 

Soit bénite la rose en haut de la colline
D’où fleurissaient – tantôt – tous les ruisseaux d’argent
Et d’où jaillit toujours la source cristalline
Qui va même mouiller les cœurs des indigents !

Blanchâtre et douce fleur, volée au paradis ;
Faite pour couronner ce sublime visage,
Cueillie et offerte pour un radieux présage,
Pour donner à la vie des bruits de mélodie !

Dans ta main seule elle tient, la rose lactescente
Destinée à rester toujours sur toi figée,
Cette malédiction qui par moi t’est soufflée !

Pour sa couleur vermeille, une offrande sanglante
Doit mêler blanc et sang en donnant d’un amant,
Les pétales irrigués en tant que testament ! 

Texte n°7 – Couleur de Vie 

Emotion à l’extrême, entre honte et pudeur,
Elle est là coquelicot déposé sur la neige,
Comme une goutte intense sur le mouchoir blanc,
Sans douleur, elle affirme sa brutale présence,
La vie est là, au bord, vacille et défaille,
Dans sa pure insolence sur l’être immatériel,
Tâche, cassure intime, respiration humaine,
Elle prend ou donnera la vie, l’inspire, s’écoule,
Rouge sur blanc, vie sur néant, temps en suspend,
Baiser donné s’est envolé aux vents,
La vie est là, juste un moment, ne durera.

Texte n°8 – Il n’est plus ! 

Il n est plus !

Je l aimais à en crever
Moi la pauvre fille du quartier

Il était ma raison d avancer dans ces heures sans importance de ma chienne de vie.

Ce feu violent qui se joue des âmes oubliées et perdues.

J ai cru être pour lui un peu de la passion qui me dévorait.

Et puis… Il y a eu cette putain de trace de rouge à lèvre sur son col de chemise. 

Texte n°9 – Celles qui ont percé la neige 

Grain de pollen s’envolant au vent
Dansant, doucement
Suivant le chemin tracé par les précédents
Doux est ce printemps, froid était cet hiver
Madame lilium sort de terre

Blanche comme neige
S’accommodant pourtant peu avec elle
Son rêve était d’en être parsemé
Quelle serait belle sous les flocons blanc
Étoiles de glace éblouissante pourtant si tranchante

S’accrochant péniblement à son rêve
Les autres fleurs jasaient
Tenter l’impossible est futile
Renverser les lois de la nature leur rendrait la vie pénible
Chacun son rêve, chacun ses envie
Mais tâche de ne pas viser plus haut que ce qu’on t’a appris
Reste à ta place
Celle que l’on t’a choisi

Sa réussite signerait leur défaite
Son entêtement signifierait un tournant
Celui que sa place n’était pas celle qu’on lui a attribué
Mais bien au même niveau que les fleurs de janvier
Messieurs les perces neiges à qui les mérites ont toujours été attribué
Alors même que le gel leur avait toujours ouvert la terre

Le lilium à murmurer
Brisant ainsi le silence instauré

Le lilium à réveiller
Les consciences brimé

Le lilium à provoquer
Une tempête désormais impossible à arrêter

Enfin, le lilium à apporter
La lumière tant espéré

Son idéologie à percé la neige et les lois ont été changées
Rejoignant enfin les perces neiges sous le froid de l’hiver

Mais les clochettes d’hiver sonnèrent l’alarme

Pétales arrachés
Tiges coupés
Tandis que ces pistil rouge tombait sur le sol enneigé
Tâche de sang révélant les pertes
De ces milliers de lilium avant elle ayant renoncé à leur rêve
De ceux s’étant battu à ces côtés
De ceux s’étant tû de peur d’être déraciner

Il était désormais trop tard pour elle
Mais elle savait
Que la prochaine génération de lilium continuerait
Que des pétales repousserait
Que de nouveau pistil fleurirait
Arborant un rouge plus incandescent que jamais 

Texte n°10 – Un cône en moins 

Sur le tableau blanc, le titre écrit en rouge.
Assis sur sa chaise, il la mauvaise.
Il fixe avec insistance, de son regard intense,
plie les yeux, du mieux qu’il peut,
soupire juste pour dire,
lève la main, s’exclame : « Je ne vois rien ».

Sur sa copie blanche, sa note écrite en rouge.
Est-ce un A ou un D ? Il a sa petite idée.
Balancé sur sa table, son devoir est passable.
Il regarde, curieux, sans trop de sérieux,
à ce qu’il sache, il ne voit qu’une légère tache.
Pour une fois, son « Je ne vois rien », il l’aime bien.

Sur un bout de papier blanc, un mot écrit en rouge.
En boule à ses pieds, il lui est destiné.
Il le déplie avec hâte, avec dépit constate,
avec offense, il le tourne dans tous les sens.
Impossible de décoder ce message codé.
Résigné, ça lui revient : « Je ne vois rien ».

Sur une feuille blanche, le diagnostic imprimé en rouge.
Après une session de test pas très digeste,
c’est officiel, le problème est visuel.
Anomalie génétique, pas si atypique,
les couleurs n’ont pas la même saveur.
Son « je ne vois rien » s’explique par un cône en moins. 

Texte n°11 – Triptyque Rouge sur Blanc 

Le satin de ta dentelle grenadine
Abandonnée sur le drap blanc coton
La fenêtre fermée sur la lune opaline
À l’hôtel le temps est tourbillon
Les murs entendent notre humeur cabotine
Tes baisers mon bâillon
La nuit est rouge et blanche
Chuchotent les amants
Encore encore quelques heures sans tourment

La trace de tes lèvres pulpe groseille
Sur la tasse de blanche céramique
La porte a claquée
Depuis la maison sommeille
Les acouphènes jouent leur petite musique
À mes pauvres oreilles
La dispute de la veille
Rejoue le drame si classique
D’une triste querelle domestique

Le rouge carmin d’une vive pivoine
Posée sur le lin blême parfait
Pas un pli sur ta robe choisie
La famille les amis le visage idoine
Je referme à jamais les pages de notre vie
Jaloux je garderai les arcanes de nos jeux
Toi tu garderas tes secrets
Moi je garderai le brasier
Et tes cendres blanchies 

Texte n°12 – Âme soeur 

S’engager,

Certains redoute,

Concernant ma douce, jamais je doute.

Mariage,

Les femmes youyoute,

Ma femme est belle, ma femme m’envoûte.

Coloriage,

Ma vie de toutes;

les couleurs, un peu j’ajoute. 

Texte n°13 – Fuji-san 

Hypnotisé par la magie
De tes lèvres si désirables,
Rouges comme les momijis,
Comme les feuilles des érables,
Le sommet blanc du mont Fuji
Qui trônait telle une vigie
Sur les limbes du jour naissant,
Qu’il me semblait évanescent ! 

Texte n°14 – Cerise sur le gâteau 

Une belle mariée au sourire éclatant
Promène son regard parmi ses invités.
Sa peau pâle est poudrée, ses ongles peints en blanc ;
Seule la nuit trop noire est là pour contraster.

Ses talons écrasent le parterre enneigé
Qui fond tel la génoise de sa pièce montée
Dont les grains de café, bien que magnifiques,
Sont ses grains de beauté, au goût cadavérique.

Elle est un buffet blanc. Son cou crème alléchant
Attire un invité qui n’était pas convié ;
Il s’approche adagio de ce trop beau gâteau…

Et vient planter dedans chacune de ses dents ;
Le vampire assoiffé déguste la mariée —
Dont le sang est son vin, son cou virant carmin. 

Texte n°15 – Vertige rouge et blanc 

Ton sur ton
Note après note
Mon rouge ardent
Défie tes silences d’albâtre
Ma robe de feu
Ton costume de nacre
S’enlacent en cadence
Pour une fièvre, une danse
La pureté de ton talent
Incandescent blanc
Fait pâlir les ombres
Dans la nuit qui s’étiole
Rouge vertige, aurore blanche
Puissance de ton corps-météore
Qui m’emporte
Rouge carnivore
Croque, dévore
À nos pieds rougissent les braises du rouge cinabre
Pigments mi-doux, mi-âpres
Duo vénéneux
Rouge est la fleur dans mes cheveux
Pour un baiser, tu te penches
Rose blanche
Pétales abandonnés sur le plancher. 

Texte n°16 – Martyrs de la paix 

Notre histoire est lugubre et sanglante
Par l’impact d’obus et armes bruyantes
Nulles trêve chanceuse ou bataille suspendue
Pour abriter ces dépouilles de guerre déchues.

Le silence d’un empire révolu
Gronde contre l’espace dissolu
Dans de vaines terres où tout est maculé
D’encre rouge sur la peau de maccabées.

Dans les linceuls blancs de soie servant de camisole
Où sont vautrés des corps froids et raides qu’on isole
Le sang cramoisi versé dépeint la mort
À l’aube de jeunes vies décousues à tort.

Les yeux vert de rage face au tragique spectacle
Signent la fureur noire contre une stricte débâcle
Du bleu des veines qui cernent le front plissé
À l’azur du ciel témoin qui brille d’un éclat fêlé.

Les drapeaux blancs s’agitent qui réclament l’armistice
Pour conduire ces corps vaincus sous de bons hospices
Les ennemis cruels refusent d’honorer notre noble sort
Cette rouge flamme de haine qui leur nie tout remords.

Rouge sur blanc qui mène la danse
C’est le sang qui mugit contre les canons en transe
Dans une atmosphère nacrée de lendemains mis à néant
Où les paroles se hissent pour glaner des sépulcres décents.

Rouge sur blanc qui décline une sinistre fresque
C’est le deuil saignant des martyrs pittoresques
C’est le tableau blanchi de silences contraints qui résistent
Dans un refrain macabre dont les survivants s’en font choristes. 

Texte n°17 – 24 août 1572 

Ô lumière divine, derrière ma vitre, tu luis.
Sous mon ordre, Paris s’est embrasé cette nuit.
Manipuler un fils trop humain,
Sur le parchemin, guider sa main.
Dans le sang, je me baignerai,
Pour voir la foi triompher.
Seigneur, tu veilles sur mes vaillantes épées,
Ton éclat se mêle à la rougeoyante cité.
Pour toi, j’ai déchaîné les Enfers,
Reine de l’ombre, je suis fière d’être mortifère. 

Texte n°18 – La page blanche 

Le peintre agenouillé fixe sa toile blanche,

Seul dans son atelier, cherche l’inspiration.

Il sonde en délirant la blancheur de sa planche,

Se perd dans l’infini de l’imagination.

Il ne sort pas de là, il reste prisonnier.

Il veut faire une image, qui marquera les êtres,

Devant laquelle tous seront émerveillés.

Pour que jamais son nom ne puisse disparaître.

Il veut parler à tous, mais surtout à lui-même,

Il veut un chant brutal, et doux comme un je t’aime

Il veut être sacré, et être sacrilège

Il veut le rouge du sang, et le blanc de la neige,

Il a mille idées folles, et aucune à la fois,

Il pleure à en mourir, durant les longues nuits,

Et il se désespère, d’un jour trouver la voie.

Le souffle créateur, de son corps s’est enfui.

Au bout de plusieurs mois, sa toile est toujours vide.

La blancheur du tableau torture ses yeux fous

Il veut y échapper, ternir la pureté.

La toile également semble de rouge avide.

Alors dans sa folie, il attrape un pinceau

Et se crève les yeux d’un geste irrésistible

Le sang coule, abondant, envahit le tableau.

En lui douleur et joie se mêlent, indicibles.

Il imagine l’œuvre, tâchée de son sang chaud

La blancheur est punie de l’avoir ébloui.

Il peut dorénavant, sombrer dans le chaos,

Et profiter du noir, le reste de sa vie. 

Texte n°19 – La peur du rouge 

Le syndrome de la feuille blanche me guette,
Pourtant j’ai mille et une idées en tête.
Je vais voir rouge si je ne trouve pas l’inspiration,
Il faut que je comble ces blancs qui ruinent ma réflexion.
Écrire un poème c’est un peu comme savoir cuisiner,
Marier les aliments et mettre un peu de son âme pour tout rehausser.
Mais en cuisine tout comme en écriture,
Mélanger le rouge et le blanc peut vite tourner à la déconfiture.
Je commence à penser à mon poème que peu à peu je visualise,
Mais la peur du stylo rouge me tétanise.
Je voudrais être relu et vu comme un chevalier blanc,
Armé de mon stylo et de mon style flamboyant.
Mais je tremble de voir ma création fleurir d’annotations ocres,
Car le rouge sur le blanc me ramène à mes copies d’écolier mediocre.
Si dans cette affaire je ne suis pas tout blanc il est vrai,
J’aurais au moins eu le mérite d’essayer même pour échouer. 

Texte n°20 – Belladonna 

Ô Belladonna, qui es-tu ?
Serais-tu la sorcière blanche ? Ou bien la sorcière rouge ?
Partout où tu vas, ton visage doré semble illuminer les rues
Et ta chevelure d’argile navigue dans le doux Zéphyr.
Les hommes ensorcelés par ton noble charme
Te comparent aux anges des Cieux d’argent et d’azur.
Mais dans ton regard semblent danser amour et vengeance,
Une vengeance qui se ressent dans chaque veine.
Oh ! Tout le monde t’admire, tout le monde te craint !
Ton sourire illumine la Terre encore plus que le soleil,
Mais, du bout de ta baguette magique écarlate,
Nous savons que du sang a coulé, carmin ou pourpre.
Même le dieu des mystères ignore tes secrets.
Ô Belladonna, d’où viens-tu ?
Viendrais-tu de l’Olympe ? Ou bien du Tartare ?
Tes yeux d’ébène cherchent tant le danger que la pureté.
Ah ! Reine des cœurs éperdus, des âmes brisées,
Toi qui sais mieux que personne la souffrance et l’agonie,
Guide ces âmes abyssales, et ne leur fais pas la guerre.
Ta revanche doit cesser, ne rejette pas la pierre.
Pardonne-leur, aime-les, et accorde-toi la paix.
Repose ton cœur trop agité et laisse ta colombe
Te redonner la blancheur de ton âme, de ta Renaissance.
Le Roi des Enfers ne te chuchotera plus ces abominations.
Aime le rouge, pas celui du sacrifice, mais celui de la passion.
Aime le blanc, pas celui du vide, mais celui de l’harmonie.
Ô Belladonna, plus de questions !
Ton âme est blanche, ton cœur est rouge ! 

Texte n°21 – Dessus dessous 

J’hésite entre dessus et dessous
Dessus en guise de recouvrage
Dessous en guise de fond tout doux
On ne sait plus trop à mon âge

Je penche pour le rouge dessous
Et je colle le blanc pardessus
Ou bien alors je change de clous
Voyez mes vieux doigts, ils sont crochus

Le blanc est très bien sur le dessous
Et le rouge finalement dessus
De tout’ façon, je n’ai plus de sous
Encore un souci de résolu 

Texte n°22 – Rouge ou blanc 

Et je m’élance
Rouge ou blanc
Aurais-je cette chance
Convertie en un bonheur immense

Si c’est blanc
Je ferme les yeux
Et je saute du toit de cet immeuble hideux

Si c’est rouge
Je saute aussi
Après tout, dans cette vie
On ne peut être épanoui

Alors sautons
Peu importe le résultat
Je crois qu’il n’y a plus cette foi
Que j’ai si longtemps gardée en moi 

Texte n°23 – Contraste de nos dévotions 

Le murmure de prêches aguicheuses
Jette la lumière sur des âmes pieuses
Un penchant dévoué pour la religion
Promet une vie rose en procession.

La vie suit son cours incertain dans le noir
Vert de peur, on se crispe d’imprévus notoires
On compense nos faiblesse par des saintes écritures
Sur un mur blanc pétris d’aléas qui finissent en ruptures.

Dans le rouge éternel de cette prédilection
Une flamme aveugle illumine leurs yeux vermeilles
Et nul ne se rend lucide de la supercherie formelle
Que des prêtres livrent en homélies abscons.

Dans le blanc des cerveaux embrigadés
Où s’empilent des liturgies mal cernées
Ils se réforment aux codes d’une vie austère
Où par amour, on tue pour Dieu, nos frères.

Rouge de folie sur blanc de réflexions
C’est le néant de recul induit par la perte de raison
De ces fidèles qui tracent le contraste d’une dévotion
Pour un fantasme d’existence meilleure en vision.

Rouge d’hystérie sur fond blanc de foi en bulle
C’est le sort tragique de croyants trop crédules
Tannée de discours belliqueux qui ordonnent la division
Par ces prédications où se profile l’aquarelle de négations. 

Texte n°24 – Les Jours qui viennent 

Dans les mois les Jours les minutes qui viennent,
Un voile épais aura doucement étreint l’atmosphère
Et il te faudra peut-être remettre en jeu tes billes
Durement gagnées parfois
Te frotter les yeux comme une enfant
Face à tant de vide
Puiser profond
Plus profond en toi les raisons d’espérer en ce fameux
monde meilleur
Celui pour lequel tu façonnes
Celui pour lequel tu es faite – tu crois,
Cracher dans tes paumes
Saisir un objet
Une forme à serrer entre tes doigts
Un pinceau ou autre chose – tu verras,
Et du sang mêlé de tes amours perdues,
ambitions rabattues,
queues-leu-leu déçues,
Ravaler la façade de l’innocence
Son incrédulité tenace
Son niais blanc écru.
Au milieu des luttes et des farandoles,
le kaléidoscope de leurs joies,
Il te faudra peut-être te faire
rouge sang.

Prépare-toi. 

Texte n°25 – ‘Hot Lips’ 

J’ai embrassé les lèvres chaudes de la sauge, la chose que j’étais s’est changée en bourdon délecté de nectar jusqu’à la satiété, et la société n’a rien vu du sortilège, cela faisait longtemps que je me retenais de dire que je préfère les fleurs aux femmes parce qu’elles n’ont pas besoin de s’habiller ni de se parfumer pour causer mon ivresse 

Texte n°26 – À l’encre de nos mémoires 

Sur les pages blanches de l’histoire
On écrit à l’encre rouge de nos mémoires
Les récits de vies réduites en esclavage
Sous prétexte d’instincts jugés sauvage.

Le passé sombre s’édicte en querelles
Par le liquide saignant de nos défunts
Aucun ciel audacieux ne taira son zèle
Pour le salut de nos corps souverains.

Une goutte de sang s’éclate en dentelle
Éclabousse nos émois intimes sous tutelle
Elle frémit de révolte en ondes d’arc-en-ciel
Ses rayons vifs offrant une lueur rebelle.

Le temps a effectué son œuvre utile
De raviver la colère verte contre ces fusils
Du désir estampillé d’empathie nécessaire
Contre des cœurs noirs d’immoralité sévère.

Le sang versé est l’hymne de notre lourde sentence
Dont le rouge défie le mépris jaune de ces viles colons
Dressés, fièrement en cette aube d’une intrépide saison
On biffe les lignes blanches tapies de vieux silences.

Nos racines ancestrales puisent dans la terre
La source de notre vitalité fluide qui nous éclaire
L’écho qui fait de nous des Hommes de couleur
Dicte l’orgueil d’une race sans idéal de blancheur. 

Texte n°27 – Chaussette blanche 

Il ne me reste plus qu’une chaussette à vivre.
Chaussette courte ou chaussette longue ?
Mon coeur balance.
Une vie de chaussette c’est court ? c’est long ?
Personne ne le sait vraiment.
J’enfile ma chaussette tous les matins
Chaussette blanche , chaussette rouge
En alternance.
Il faudrait devenir un chat à cinq vies
Ou à cinq pieds pour courir plus vite
Je continue donc à marcher
Parfois à cloche-pied
Parfois à cloche-vie
Pourtant ma chaussette reste blanche
Et mon coeur reste rouge. 

Texte n°28 – Précipitation 

J’étais censée les avoir y’a six jours.
Vous auriez dû voir la joie inonder ses yeux.
Il m’a dit c’est sans doute le plus beau des retards.

En quelques minutes, on a mesuré la fenêtre d’accouchement, à plus ou moins dix jours.
En quelques minutes, déterminé le thème astral dans la carte des cieux.
Il m’a dit reprenons les plans de la chambre du moutard.

Des années à mettre toutes les chances de notre côté.
Poser une journée dans la fenêtre ovulatoire.
Entre deux kamasutras, du gingembre suçoter,
Se tripoter, se peloter, sur des prières incantatoires.
Gober des huîtres, des testicules de taureaux,
Avaler goulument des poireaux pour accompagner du lapereau,
Sauce au miel, et la salade de mandragore,
Aux grenades et aux noix et ce qui revigore.

Sur le chemin du retour, un dépôt sauvage,
Une chaise haute, comme neuve,
Si ça c’est pas un signe d’un céleste accouvage,
Il a dit on la prend de suite, avant qu’il pleuve.

En rentrant, on a fait l’amour aussi délicatement qu’en marchant sur un œuf.
Je suis allée aux toilettes m’essuyer ce sperme de vainqueur pour qui je voulais faire une teuf.
Il était d’un rouge accablant.
En revenant dans la chambre, j’ai demandé pourquoi t’as changé le pécu rose, pour du blanc. 

Texte n°29 – Sans un mot 

Ta voix dans ma tête,
A réussi à faire taire la mienne
J’ai eu peur de la fête,
Mais j’y suis allé quand même

Tache de vin sur la page vierge,
Que plus personne ne veut écrire
Ils me dévisagent et j’abrège,
En les quittant sur un rire

Où es-tu ? Je n’attend que toi
Je ne dors plus,
Penses-tu à cela ?

Si je pouvais je cacherais tes traces,
Purement blanche à nouveau
Mais tu ne voulais pas que ça se sache,
Ni du mouton après l’agneau

C’était un secret bien gardé,
Rien qu’entre toi et moi
Comme promis, je n’ai pas parlé
Mais il restait du sang sur les draps

Rien d’autre ne peut en témoigner. 

Texte n°30 – Là où tu me voulais 

Rouge sur blanc
Tes lèvres sur mon cou
Brûlures anodines que je flouterai sûrement
Renversée, tu me pares de bijoux.

Blanc sur blanc
Les marques ont disparu
Mon âme résonne dans ce silence étouffant
Tu es parti et tout s’est tu.

Rouge sur blanc
Mes bras le long du corps
Gravures profondes d’où s’écoulent doucement
Des larmes ferreuses, je m’endors.

Blanc sur blanc
Tu restes debout, muet
Ton ombre sur mon nom, ton image se reflétant,
Je suis là où tu me voulais, à tes pieds. 

Texte n°31 – Chaperon rouge des steppes 

Seule
Face à la neige
La lune guide mes pas
Je suis le chaperon rouge des steppes
Je suis l’amie des petites bêtes
Au milieu de ces arbres blancs
Qui poussent vers la nuit
Mes bottes s’enfoncent dans la neige
Mon manteau couvre à peine mes épaules
Je suis le chaperon rouge des steppes
Je laisse les flocons
Glisser le long de mes joues
J’accueille leur fraîcheur
J’accueille leur dureté
Je suis seule au milieu des bois
Seul un lapin courageux pourra m’aider
Il viendra à moi
Il se blottira
Seule, je ne serai plus seule
Face à la neige, face à la nuit
Je suis le chaperon rouge des steppes
Je suis l’amie des petites bêtes
Je cherche mon lapin courageux
Celui qui m’accompagnera
Celui qui me guidera
Jusqu’au bout de ses drôles de bois 

Texte n°32 – Passion d’ange 

Vibre mystère de l’univers

Rouge feu lave en fusion

Energie souffle de la source

Guide plume d’ange

Qui se balance, légère

Vers le rebord du cœur

Douce caresse ailée invisible

Frisson d’instant de paix

Apaise âmes silencieuses

Pieds ancrés au mouvement de la terre

Absorbent sève d’écorces souterraines

Être de rouge, Être de blanc

Mélange de lumière et de feu

Une part de tout, vivante en nous. 

Texte n°33 – Le goût du carmin 

Blanche ma peau,
Rouge mon fardeau.

Pâles mes lèvres sans artifices,
Écarlates lorsqu’elles deviennent vice.

Clac de talons dans le couloir,
Ils lèvent tous les yeux pour voir.
Le rouge épouse ma bouche lentement,
Comme un péché porté élégamment.

Leurs regards glissent sur mon sourire,
Comme s’ils voulaient le retenir.
Je deviens cette silhouette troublante,
Douce, glaciale et provocante.

Rouge le satin,
Blanc mon teint.

Fine ma taille,
Lourde la bataille.

Ils pensent voir une poupée,
Un fantasme bien maquillé.
Une blonde au parfum fatal,
Un vieux rêve hollywoodien banal.

Pourtant sous la couleur vermeille,
Quelque chose de plus froid sommeille.
Une fille discrète et silencieuse,
Devenue soudainement dangereuse.

Le rouge transforme ma fragilité
En une étrange brutalité.
Chaque sourire devient menace,
Chaque silence laisse une trace.

Ils veulent le goût de mes lèvres peintes,
La douceur de mes promesses feintes.
Mais aucun ne voit réellement
Le vide blanc derrière le pigment.

Alors je souris dans la pénombre,
Éblouissante comme une ombre.
Car dans leurs yeux pleins de désir,
Je découvre enfin mon pouvoir. 

Texte n°34 – Carte blanche 

Rouge de colère
Piquée au vif
D’être encore passée au travers
Ça en devient compulsif

Son trèfle de malheur
Ne fait pas le poids
Face au rouge de coeur
Il n’y a qu’à voir la tête des rois

D’un regard noir
Croiser le blanc de leur yeux
Leur dire que c’est sans espoir
Que la rouge colombe se joue d’eux

Alors carte blanche
Pour changer la donne
Terminé les mains sur les hanches
Tout faire pour que ça cartonne

Afficher haut la couleur
De quoi la faire pâlir
Tenter ce dernier coup de poker
Et pouvoir rougir de plaisir

Drapeau blanc flottant en l’air
Serait-ce un nouveau coup de « trèflalgar »?
C’est bien le dix de der
Le rouge fait la paix avec le noir 

Texte n°35 – Baiser 

Sur ma page blanche, comme une imprévisible tâche,
J’ai déposé mes lèvres colorées.
Une marque de baiser à envoyer à l’autre bout de la planète …

Ce rouge, comme le ciel des soirs d’été,
T’émerveillera et fera naître l’envie d’embrasser
L’inconnue que je suis et mes sourires remplis de peut être … 

Texte n°36 – ROUGE et BLANC 

Rouge sur blanc, comme un cri sur le silence,
Une braise posée sur l’hiver de l’absence.
Le sang de la vie écrit sur la neige du temps,
Un serment ardent dans l’épure du néant.

Rouge sur blanc, deux mondes qui se frôlent,
L’un brûle, l’autre apaise et console.
Et dans ce contraste où tout devient lumière,
Naît un battement : fragile, mais nécessaire.

Rouge sur blanc, le monde s’écrit en contraste,
Comme un sceau de vie sur une page vaste.
Le rouge y respire, ardent, sans détour,
Le blanc le recueille, en patience et en jour.

C’est un cri qui s’élève au cœur de la matière,
Une flamme posée sur l’innocence légère.
Comme si le sang même, en quête d’horizon,
Venait tracer sa voie sur la peau des saisons.

Rouge sur blanc, mémoire des commencements,
Quand tout naît d’un choc entre vide et mouvement.
Le silence y répond par une douce clarté,
Mais le feu insiste, veut se faire écouter.

Deux forces enlacées sans jamais se confondre,
L’une veut embraser, l’autre apprend à répondre.
Et dans cet entrelacs de lumière et d’élan,
Se dessine la vie, fragile et persistante.

Rouge sur blanc, écriture des passages,
Des seuils invisibles gravés sur nos visages.
Chaque trace est un mot que le destin nous rend,
Une vérité nue au bord du firmament.

Et si tout n’était là qu’un langage ancien,
Un dialogue secret entre le feu et le rien,
Alors dans ce contraste où tout devient chemin,
Rouge sur blanc dirait : “je commence enfin.” 

Texte n°37 – Après la rose… 

La nuit blanche résiste

Derrière cette lassitude,

Une lointaine et vaine habitude.

Depuis la page blanche

Glissent les interrogations,

Et la mémoire s’inscrit en suspension.

Sur ces hésitations en pointillé

Une ligne rouge se brise

Sur les bleus de l’âme en alerte !

De ce fil rouge

Quelques gouttes d’encre

Et de passion révèlent une carte blanche.

Marquer ce nouveau jour

D’une pierre blanche

Et sortir du rouge.

Sublimer les saveurs,

Mêler les couleurs,

Et redécouvrir les roses pastelles. 

Texte n°38 – Stalingrad 

La neige ne tombe pas toujours en silence.
Parfois, elle hurle.

Ce jour-là, elle était épaisse,
Comme si le ciel voulait étouffer la terre,
Effacer les traces,
Faire croire que rien n’avait existé.

Mais le rouge insistait.

Il perçait le blanc,
Comme un cri qu’on n’arrive pas à retenir,
Comme une vérité trop lourde
Pour rester enfouie.

Stalingrad n’était plus une ville,
C’était une respiration brisée,
Un souffle qui s’accrochait aux ruines
avec des doigts gelés.

On marchait dans la neige
Sans savoir si c’était encore le sol
Ou déjà les corps.

Le froid prenait tout,
Les mains, les mots,
Jusqu’aux souvenirs.

Alors on s’accrochait à presque rien :
Un regard,
Un prénom murmuré,
Un bout de chaleur volé au vent.

Et ce rouge, partout,
Pas seulement le sang, non,
Le rouge des visages brûlés par la vie,
Le rouge des colères qu’on n’avait plus la force de crier,
Le rouge de ce qui refusait de mourir.

Sur le blanc,
Il restait comme une promesse fragile :
Quelque chose avait vécu ici.
Quelque chose avait aimé.
Quelque chose avait résisté.

Et même si la neige recouvrait tout,
Elle ne s’effaçait pas.
Elle gardait.

Elle gardait le poids des pas,
Le tremblement des derniers gestes,
Les silences trop pleins.

Rouge sur le blanc,
Comme un cœur qui bat encore
Dans un monde qui s’éteint 

Texte n°39 – Fils du salut 

Je suis né du sang
De ceux que le fouet du déshonneur
N’a pu priver du rêve de la Renaissance
Je suis la pluie du Salut
Qui ressuscite le sang de nos aïeux
Je suis le fleuron en feu
Dont les racines sont encore tatouées
des blessures des luttes pour la liberté
Je suis le fils de la parole
Qui tisse le soleil du savoir
Dans les ténèbres de l’inculture
Dans mes veines brûle un héritage aux mille lueurs
Qui calcine les chaînes de l’acculturation
Je suis fier d’offrir à l’humanité
les stigmates qui ont sculpté mon identité
Alors je marche, afin que demain
D’autres lances du Sahel embrassent mes pas
Ensemble, à l’aube de nos espérances, nous graverons
la lumière de cet héritage aux confins du monde. 

Texte n°40 – Pourpre sur l’autel 

Le monde est un théâtre où s’affrontent deux rois,
L’un porte le brasier, l’autre dicte le froid.
L’un offre la clarté de la blanche colombe
Face aux passions enivrantes auxquelles on succombe,
La folie dionysienne contre la beauté d’Apollon
De ces deux mondes, ce sont nos ferveurs que nous opposons

Le marbre à sculpter marque l’innocence du matin
La statue est achevée une fois le soir atteint.
Une goutte de sang sur le drap immaculé
Que le péché de chair vient à jamais tacher
Du sang versé surgit enfin la vie
Sur la neige d’hiver, une rose jaillit

Le blanc lunaire éclaire la froideur de la nuit
Mais s’incline au matin devant l’astre qui luit.
Ils s’épousent sans jamais se rencontrer
Mais ils finissent toujours par s’embrasser,
Dans le court instant d’un souffle palpitant
Leur amour tache de rose le ciel du couchant. 

Texte n°41 – Le sang invisible des survivants 

La ville a revêtu sa pudeur de chaux vive.
Les murs sont repeints d’un blanc sans mémoire
On a frotté les dalles, décapé l’histoire,
Et le jour se lève dans une indifférence de givre.
Tout semble lisse, propre, enfin guéri,
Sous un ciel qui refuse de porter le cri.
Mais ils avancent avec une prudence de verre,
Le pas trop raide sous des vêtements clairs.
Leur corps est un archive aux battements sourds
Où le rouge s’obstine, loin des regards lourds.
C’est un sang qui ne coule pas sur le trottoir,
Il irrigue leurs gestes, il habite leur soir.
Ils ont appris l’art de la politesse mécanique,
Le sourire qui cache une peur organique.
Quand un moteur s’emballe ou qu’un silence pèse,
leurs veines se souviennent, leur souffle s’embrase.
Dans les chambres blanches, les écoles, les églises,
Ils portent l’odeur des nuits de fuite et de braise.
On lave une chemise où la tache n’est plus,
Pourtant la main tremble devant l’éclat superflu.
Personne ne voit cette hémorragie interne,
Cette façon d’aimer qui reste un peu terne,
Car survivre est un poids que l’on porte avec soin,
Une blessure muette dont le monde n’est plus témoin.
Ils saignent sans bruit dans la clarté des rues,
Portant l’élégance des douleurs disparues.
Le monde est blanc, d’un blanc de paix feinte,
Mais sous leur peau palpite l’indélébile empreinte.
Le sang des survivants est un rubis caché,
Le dernier vestige d’un monde qu’on a tranché.
Ils mangent le pain blanc avec des ongles trop propres,
Serrant dans leur gorge un fer noir qui ne rompt pas.
Chaque rue est une mine, chaque ombre un caveau,
Une traque du souffle sous le tranchant du couteau.
Leur regard est une vitre où le rouge s’invite,
Dans l’éclat d’un néon ou l’eau qui s’agite,
Ils voient le carnage là où le monde boit l’oubli.
La ville exige leur amnésie comme une dette,
Elle veut des fronts lisses, des bouches muettes,
Mais le corps est une bête qui refuse de trahir.
Ils portent l’enfer dans la couture des vêtements,
Saignant l’innommable au milieu des faux serments,
Car rien ne se tait, tout finit par pourrir.
Cette morsure interne est leur seule dignité,
Le dernier lambeau d’une atroce vérité.
Porter ce sang qui s’obstine à ne pas sécher,
C’est hurler contre la blancheur d’une paix achetée.
C’est garder la brûlure quand tout est glacé,
Une victoire de cendres qui se lève en silence,
Pour briser le règne d’une lâche innocence.
Si le monde reste blanc, c’est qu’il est un linceul,
Mais le survivant, lui, n’est jamais vraiment seul.
Il ne saigne pas par défaite ou par deuil,
Il saigne pour ne pas devenir son propre cercueil.
Son sang invisible est la sève et le cri,
La preuve écarlate qu’il n’est pas encore détruit.
Dans l’immensité de ce blanc qui mutile,
Le rouge est l’éclat de la vie indocile.
Ce linceul de craie étouffe enfin le dernier cri,
Le blanc dévore tout, même l’ombre des vivants.
On meurt proprement dans ce monde sans bruit,
Pourtant le rouge s’obstine et déchire le froid. 

Texte n°42 – Mimo 

Dans mes paupières fermées, tu vis
Un être de la lune confiné dans une maison aux volets clotûrés,
Comme celles qu’on empêche de squatter
Car toujours certains vivront dehors
Tandis que toi tu ne vivras qu’en moi
Toujours dans mon oeil tu es cette poussière
‘ »Au coin ! » tu te terres dans mes artères
Difficile de te dire souvenir quand je me rappelle
Avec vividité
Mon corps livide comme un mauvais déguisement
Halloween si beau
Par la fenêtre, dans des dégradés orangés
Des soleils et des feuilles prêtes à se coucher
Et toi aussi tu étais sorti bien trop en avance
Déterminé à apporter des nuances rougeâtres
Aux draps blancs et à mon coeur qui crie
Squatte-moi encore de tes battements 

Texte n°43 – La trace 

Les rayons du soleil crèvent les secrets de la nuit
Dévoilant le vide du jour.
Seule l’odeur sucrée des corps en trahit encore l’agitation.
Le lit est froid de cette solitude des matins abandonnés.
Y a-t-il seulement eu un pluriel,
En-dehors des divagations oniriques ?
Sous la bougie des songes
Tous les désirs se font réalité,
Jusqu’à ce que le souffle de l’éveil
En étouffe les flammes.
Ne reste alors,
En délatrice du phantasme,
Qu’une trace de rouge à lèvre,
Sur les draps blancs. 

Texte n°44 – Saigner de la lumière 

Que tu sois de Gauche ou de Droite,
Que tu sois communiste ou catho :
– Cette société est bien ingrate
pour apprécier des vers sous benzo.

Dans les rougeurs bolcheviques
ou dans les aubes angéliques,
face aux cris des idéaux,
il n’y a pas de place pour les Schizos.

Puritanisme à l’extrême,
être un linge blanc
ou un blasphème,
on coche la case pour les déviants.

– Édite donc ton recueil !
Rêve plus grand comme l’Albatros…
mais sur le sang de ton linceul
on ira lire tes ecchymoses.

Laissez passer une lumière
qui vous pourfend tout votre esprit ;
Ni de la vierge, ni du Saint Père,
boiront le sang de ce Messie.

Hémoglobines de la couronne.
– Quand une idée surgit ici,
toutes mes pensées, elle conventionne
et me rend absent dans la vie.

Tout est perdu pour le poète.
Et Baudelaire, bien malhonnête
Le fît rêver plus qu’il ne faut,
au fond de sa chambre d’ado… 

Texte n°45 – Coeur regonflé d’horizons 

Rouge sur blanc
Tout fout le camp !
Qui n’a jamais entendu ça ?
Et n’est-ce pas déjà le cas ?
Envie d’autre chose
Besoin d’une pause

Rouge sur blanc
Rêve de grand
M’envoler loin vers le Japon
Humer les cerisiers nippons
Chercher l’évasion
Et ses traditions

Rouge sur blanc
Rêve envoûtant
Désir de froid au Canada
Frôler la neige et ses éclats
Puiser dans l’instant
Aimer ce moment

Rouge sur blanc
Rêve d’antan
Qui nous ramène à la maison
Le cœur regonflé d’horizons
Feu devenu paix
Et sérénité 

Texte n°46 – Le banc 

Je me revois assis sur notre joli banc
Fasciné par les caprices de l’océan
Des vagues énormes, de nombreux goélands
Un morceau de papier, un secret important

Je me revois perdu dans mes pensées fuyantes
Débordées des folies des ondes géantes
Des vents violents et rafales hurlantes
L’odeur de ton parfum, encore présente

Je comprends maintenant le pourquoi du comment
Les raisons de ce mot dissimulé longtemps
Un petit je t’aime écrit rouge sur blanc

Je comprends maintenant l’espoir qui me hante
J’entends l’écho au loin, ta douce voix chante
Les jours sont passés et tu demeures absente 

Texte n°47 – Coeur aride 

Rouge millésimé

neige éternelle

un vif instant d’abandon

et cette ceinture de feu

autour de mes lèvres bleues

comme un masque de fer

trempé dans la saumure d’un ciel marin

Rouge incarnat sur blanc cotonneux
gouleyante sève de grappes lointaines

un terroir déchaîné saigne

dans ma gorge errante

Je me souviens du cépage natal

exilé dans l’abstinence vaincue

et ce retour de l’addictive ivresse

Rouge envol sur nuages blessés

papier canson au nez de clown

dessiné à l’encre d’un désir sans nom

et je serai ce visage transparent

avide d’un corps flamboyant

exalté d’intarissables pulsions

ancrées dans la folle blancheur d’un rêve 

Texte n°48 – Quand sa main a touché la mienne 

Il n’a rien dit.

Juste un geste.

Simple.

Silencieux.

Mais quand sa main a touché la mienne,

Mon cœur a vacillé

Comme si toute une vie retenue

Avait choisi cet instant pour exploser.

C’était sa main.

Mais c’était plus que ça.

C’était l’univers entier qui reprenait sa place.

C’était mon corps qui se souvenait,

Avant même que mon esprit ne comprenne.

Il n’a pas eu besoin de mots.

Ce toucher-là, c’était un cri muet.

Un “je suis là”,

Un “je ne t’ai jamais quittée”,

Un “pardonne au temps, il m’a volé trop d’années.”

Et mon cœur…

Oh mon cœur.

Il a failli sortir de sa cage.

Il a battu si fort que j’en ai oublié où j’étais.

Il battait contre lui, pour lui, vers lui.

J’avais attendu ce moment

Des jours, des mois, des années.

Et quand il est arrivé,

C’était plus beau que dans tous mes rêves.

Ses doigts sur les miens,

Et le monde s’est arrêté de tourner.

Ou peut-être qu’il s’est mis à tourner… enfin,

Dans le bon sens.

Ce n’était qu’une main.

Mais c’était tout l’amour du monde

Qui me revenait d’un coup,

Sans prévenir,

Sans bruit,

Mais avec une tendresse à faire pleurer les anges.

Depuis ce jour, je sais.

Il me suffit de penser à sa main sur la mienne

Pour survivre à n’importe quelle distance.

Parce qu’au creux de ce contact,

Il y avait tout ce qu’on n’avait pas pu se dire,

Et tout ce qu’on se dira encore. 

Texte n°49 – innocence 

les draps du berceau de ton innocence

dansent le rouge tango des moments de plomb

tu hisses le drapeau blanc

pour renverser le sang des atrocités

sabbat des hommes cannibales

ton visage de craie sous la neige des bombes

vire garance oxydé de rouille 

Texte n°50 – Je ne porterai plus la vie 

Mes contours arrondis
Ne grandiront plus
Au rythme précis
Des clichés gris
Pris dans la promesse
D’un tout premier cri

Chaque fois
Chaque mois
Le cycle reprendra son fil
Et le rouge sur le blanc
Flamboiera comme le souvenir franc
D’une terre fertile au soleil levant

Le sang sur la soie
Déploiera devant moi
L’avenir voilé sans nouvel enfant

Le flux rutilant
Dévoilera puissant
Mon corps affranchi du poids qui croît

Miraculeusement
Dans le temple ovale
De la chair sanctuaire 

Texte n°51 – Le sauver, en vain… 

C’était tard qu’il rentrait le soir,
Le visage pâle, les yeux rougis par les larmes.
Son coin dans la cuisine l’attendait,
Elle aussi, droite et dépourvue d’émotion.

Plus rien n’allait entre eux,
Plusieurs fois, il a pensé la quitter.
Mais dès que la tristesse le rattrapait,
C’est dans ses bras qu’il se consolait.

Il pensait se sentir mieux,
Il riait, il dansait, il chantait.
Mais le lendemain matin,
Sa tristesse triplait de volume.

Un jour ordinaire pour lui,
Dans la peine ombre de la cuisine,
Ils ont dansé, encore et encore,
Toujours plus intensément, toujours plus fort.

Main dans la main ils sont tombés,
Son cœur sur sa poitrine blanche,
Des éclats de vie se sont dispersés,
Sur ce parquet ciré, il ne s’est pas relevé.

Il reste sur sa chemise blanche,
Ce jour du 4 janvier 1980,
La trace rouge de son désespoir,
La trace rouge de son dernier verre de vin. 

Texte n°52 – Blanc amer, rouge colère 

Sa somptueuse robe blanche flottait au vent
Dans une mèche, enrubannée, une rose rouge teintait son portrait
Du profil complet l’on pouvait contempler
L’œil humide, mais maquillé
Le cil long et bien brossé
La tête altière, dressée.

De qui pouvait-elle tenir ce rouge aux joues si franc ?
Comment portait-elle si dignement le blanc, symbole de pureté, couleur immaculée ?
Et surtout, surtout, aimait-elle vraiment son fiancé ?

De l’attente insoupçonnée qu’avait créé cette alliance
Elle avait fait allégeance pour se concentrer
Sur les paillettes, sa tenue, sa beauté.
De consentement, il n’avait pas été question
Il s’agissait précisément d’une toute autre ambition
Qui nouait ces entrailles en pleine ébullition.

Demain,
elle aurait pour elle seule
Le blanc amer du ciel quand le soleil s’éteint
Le rouge-colère du corps bien enfoui dans ses reins
Et toute l’absurdité d’une vie sans passion
Choisie par cupidité pour une vie de nantie.
Blanc sur rouge,
Rouge sur blanc.
Pourvu que rien ne foute le camp. 

Texte n°53 – Insomnia : rufus in albus 

Chaque nuit, le feu m’embrase.
La hantise de m’abandonner au sommeil me tient éveillée dans mon inconscient blanc, que je crois teinté de rouge, en permanence, tant je rêve de flammes m’entourant, m’encerclant, me serrant …aiguisant leur lames orange parfois rouges, sur toute ma peau … Transperçant jusqu’à mon âme, et je reste là, impuissante vouée à une mort certaine, pire, à une insomnie éternelle.

Oh Nuit… Pourquoi ne pas faire la paix toi et moi ?

Me laisserais-tu m’abandonner à Morphée ?
Me laisserais-tu avoir quelques peu de répit, ne serait-ce qu’une envolee d’heures?

Enlève ces couleurs, trop chaudes ou aveuglantes, quand tu m’enveloppes…teinte mes rêves de pastel…Aie pitié de moi !

Le rouge de l’enfer condamne mon âme tourmentée à rester éveillée là où d’autres s’abandonnent et trouvent une paix blanche, immaculée, pour renaître un matin, semblable aux autres.

Moi je dois demeurer éternellement dans un spectre Rouge sur Blanc. Pas de demi-teintes.

Si telle est ma croix, rester éveillée nuit et jour, agonisante et traînant inlassablement derrière moi et à côté de moi, mes démons, alors peut-être y mettrais-je une fin!

Le supplice que tu me fais vivre depuis plusieurs années aura une issue que seul l’Éternel décidera…mais pas toi. 

Texte de Calibrage par La Rathure – Une année en rouge et blanc 

Janvier
Les rouges à lèvres
S’embrassent dans la nuit blanche
Réveillons-nous ensemble

Février
Sous la neige,
Ce que je prends pour une fleur,
Est une canette

Mars
Costumes arlequins,
Nez rouges et sourires ultra-bright
Sans carnaval

Avril
Oeuf chocolat blanc
Dans un écrin écarlate
Premières couvades

Mai
Un brin de muguet
Fané sur la boutonnière
Vive l’Églantine !

Juin
Sans invitation
Je ramène ma fraise,
Ça passe crème

Juillet
Sur la mie de pain,
Une tomate coupée,
Saigne l’été

Août
Coup de soleil,
Sur peau d’albâtre,
Amour brûlant

Septembre
Une mine rouge
Sur une pâle copie
Je prends des notes

Octobre
Forêt d’ocre,
Dans un champ de brouillard,
Grasse matinée

Novembre
Sur le marbre nu,
Les fleurs rousses dépouillées
Habillent les tombes

Décembre
Couteau et fourchette,
Blanc de dinde, viande rouge,
J’opère Noël 


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Merci à Nicole et Lola Musical de leur soutien sur Tipeee.

Et merci à BB2, Idéesdodues, ValD, Thomas, et un Nicole de soutenir le projet La Rathure sur Tipeee !