Les Égoèmes

Les Egoèmes #33 – Vaine(s) Minute(s)

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Il est l’heure de débuter cette nouvelle saison avec la 33ème édition des Egoèmes !

Nouvelle saison, nouveau fil rouge… Peut-être le trouverez-vous dès ce premier sujet !

Et le thème de ce mois de Février c’est “Vaine(s) minute(s)”.
Entre temps perdu, opportunités ratées, espoirs déçus… je vous laisse injecter un peu d’optimisme dans tout ça !


Le thème est laissé à la libre interprétation des participant·es

Comment participer ?

Vous avez une semaine pour envoyer vos créations.
📅 Date limite : jeudi 12 février 2026 à midi
📩 Adresse : egoemes @ larathure.fr (sans espaces)

Dans votre mail, précisez :

  • le titre de votre texte
  • votre pseudo
  • votre compte Instagram
  • votre adresse mail
  • votre texte (❗dans le corps du mail, pas en pièce jointe !)

Et n’oubliez pas de vous abonner à @larathure et @lesegoemes (promis, je ne me vexerai pas si c’est juste pour la durée du concours 😄).

Comme à chaque édition, un texte de calibrage sera partagé pour aider le jury dans son évaluation.

Le jury de cette édition

Les jurys de cette édition sont les lauréat·es de la précédente édition :

Retrouvez leur présentation et toutes les actualités du concours sur la page @lesegoemes.

Il est temps d’écrire sans perdre une minute !

Texte n°1 – Temps attendu 

Compte à rebours enclenché
Pour un temps donné
Cet espace qui se tend
Polarisé par deux aimants

C’est bien là leur veine
Le temps les entraine
Dans ce champ de folie.
Ils s’énergisent à l’infini

Moment tant attendu
Tous deux suspendus
Dans cet espace-temps
Voilà leur nouveau passe-temps

Mais le temps reste imparti
Partisan du moindre effort
Il demande son temps mort
Tant pis pour nos deux amis…

Livrés à leur propre sort
Corps contre corps
Lui à côté d’elle
Ils brûlent leur dernière étincelle 

Texte n°2 – La vaine minute 

Une bougie sans huile,
une bicyclette sans chaîne.
Le temps a lâché son frein
au cœur des cahots du chemin.

Les aiguilles glissent sans fin,
terre laissée en jachère.
Les heures portent encore du mascara,
bal masqué de minutes déguisées.

Chaque verre, chaque bière,
les secondes s’évaporent dans l’odeur,
fantômes dissous dans la gorge.

La vaine minute
bulle d’air
coincée sous la langue du temps.
Elle sonne creux,
ne laisse aucune trace,
pas même dans la poussière.

Elle existe pourtant,
brève,
têtue. 

Texte n°3 – Le merle 

Un ver se tortille
dans le bec du merle impassible
vaine agitation 

Texte n°4 – Espace de temps indéterminé 

Vacante en esprit, en mode détente

Sans objectif de rendement à définir

N’ayez de moi aujourd’hui aucune attente

Je ne pourrai alors que vous trahir

Je souhaite être vide, voyez-vous

Vacante en tout et pour tout.



Vagabonde en rêveries, en total mode oisif

Depuis ma fenêtre le monde se presse

Inoccupée, je n’ai pas de motif

Personne ne m’attend, pas de boss, pas de maîtresse

Je décommande les rendez-vous

Vacante en tout et pour tous.



L’esprit creux, de l’index je caresse

De mon agenda les cases vides

Je suis retenue : aujourd’hui j’ai paresse

Seule mon oisiveté à mon éphéméride

Chaque minute, vainement

Compte les jours de ma vie vécue librement



Je contemple les fleurs dans leur vase

Encore un jour sans peur que je ne travaille

Comme un canard les palmes dans la vase

Je laisse le courant me porter où que j’aille

De la chambre à la chambre, de bout en bout

Vacante en tout et pour tout.



Mais ô que le temps se fige dans le sablier !

Car je serai bientôt, bien assez tôt,

Décongestionnée de la tête aux pieds

Et enfin détendue pour aller au boulot,

Emplir mes jours de labeur,

Œuvrer dans les labyrinthes,

Huiler les rouages de ma sueur,

Tant de vaines minutes aussitôt défuntes

À faire tourner la roue !

Oh… et puis non après tout. 

Texte n°5 – L’Éclat d’une Vaine Minute 

Avant que ce mois d’amour ne s’efface, comme un voile de brume,
Et que Saint Valentin embrasse nos âmes en fête,
Chaque seconde devient une douce enclume,
Sur laquelle je rêve, où le temps se reflète.

Suspendu à tes lèvres, je contemple l’infini,
L’horloge, bien qu’implacable, n’efface l’ivresse
Des promesses murmurées au creux de la nuit,
Où ton regard enchante l’espace en tendresse.

J’aimerais enchaîner cette vaine minute en prière,
Construire un empire, un royaume d’émoi,
Au sein duquel chaque soupir, chaque rêve,
Serait un parfum épuré de toi.

Hélas, c’est une vaine minute, un frisson fugace,
Qui glisse entre nos doigts, comme l’eau d’un miroir,
Le vertige éphémère de notre enlace,
Un éclat qui s’éclipse, mais laisse son espoir.

Que l’aube, en son ordonnance, nous vole cette joie,
Qu’importe ! Ton âme, en velours, je caresse.
Malgré le temps jaloux, le cristal se noie
Dans un océan de passion, notre forteresse.

Dans ce bref instant, où le monde n’existe,
Tout l’univers se tisse, entre nos cœurs enlacés,
Chaque éclat, chaque lueur, une étoile, une piste,
Témoin de notre amour, là où tout est gravé.

Et même si la nuit s’évapore avec son souffle,
Je porterai en moi le secret de nos âmes,
Car au-delà des instants, c’est l’amour qui enroule,
La mélodie des cœurs, douce et sans drame.

Ainsi, faisons de ces minutes des ballets,
Où le temps se suspend, révélant notre flamme,
Dans l’éclat d’une vaine minute, dans un souffle de miel,
Éternisant l’instant, comme un poème en larmes. 

Texte n°6 – Temporalité 

Se perdre derrière une vitre

Dans une larme de pluie

Mesurer les minutes.



Se perdre dans un verre

Dans une bouteille

S’identifier à un fluide.



Se perdre dans un miroir

Dans le regard d’un autre

Et traverser son reflet.



Se perdre dans un métavers

Dans la multitude

Ou la solitude.



Enfin retrouver un tempo :

Les veines qui bouillonnent

Les doigts qui brouillonnent



Et de ces vaines tentatives s’ouvrir l’avenir. 

Texte n°7 – 1440 minutes 

Plus précieuses qu’un diamant, car elles ne s’achètent pas,
Plus rapides que le vent, car elles ne se rattrapent pas,
Plus rares que l’argent, car elles ne se gagnent pas,
Voici les minutes.

Elles ont un seul but : ne pas être vaines
Ne pas les perdre, elles s’écoulent sans peine.
Pas le temps de ressasser les haines
Il faut qu’elles soient pleines.

Pour certaines, leur rôle est fixé,
La quatre-cent-vingtième dit au revoir à Morphée.
Certaines sont fourbes et s’éternisent,
Comme la neuf-cent-trentième dans l’entreprise.
Alors que d’autres se déguisent en secondes
Comme la mille-deuxième avec ta blonde

Mais pour certaines c’est la fuite
Elles sont perdues dans cette culbute des minutes
Elles discutent, puis se disputent dans le tumulte
Tout ça, pour ne pas être de vaines minutes

Heureusement, certaines opposent leur résistance,
Elles contraignent leur propriétaire à la patience.
Sur un quai de gare ou dans leur automobile.
Elles semblent futiles mais ô combien utiles.
Fières de s’écouler sans but
Elles scandent : “Nous sommes de vaines minutes”.

Texte n°8 – L’horlogerie du vide 

Toi qui lis ce texte
Qui n’est qu’un prétexte
Pour écrire encore,
Pour vivre toujours,
Détruis le décor.

Si tu mets au jour
Cette mécanique,
Ce tic-tac magique,
Que reste-t-il ?
Quelques mots ?
Un souffle,
Vain. 

Texte n°9 – Vaine existence 

Ma vie s’étiole sous le poids des ratages et des regrets
Le temps avare se délite comme s’égrène un chapelet
Est-ce une affaire utile de tracer le bilan d’une franche décadence ?
Où les minutes paumées incombent à se blâmer d’une vaine existence ?

Une visière d’ébriété faciale brouille ma réalité cinglante
L’ode de breuvages sangle ma lucidité mise sous geôle
Une panique me consume l’intérieur de mes joies frivoles
Et je noie mes instincts sous l’hospice d’une heure sanglante.

Passage terrestre creux où j’ai titiller de ma voix
À faire retentir mes défaillances et tristes émois,
En berne sur un confort ou émoustillé par de ténébreux instants
Je valsais dans l’écrin d’un monde de poivrots sans paraître vivant.

Chaque soupir illumine en moi un flot de vils souvenirs
Une révolte sous la peau où s’entêtent des voeux à l’agonie
J’ai brûlé mes nuits volages dans un étroite luxure qui m’avilit
Prenant pied d’une société lubrique dans ses badants plaisirs.

Stridente érosion de mon corps meurtri d’excès à l’usure
Ai-je vécu assez brièvement ou tremper dans la démesure ?
L’horloge sonne l’heure de ma déchéance en procession
Tribunal acerbe qui me flanque un procès de redemption.

Ce n’est plus mon souffle abrégé qui laisse un acre silence
Ni le murmure tapis en gorge qui hurle mes repentances
Cest l’instant sage où le cœur muet et aride distille son humble refrain
D’avoir bâti un sillage de vaines minutes qui ont galvaudé mon chemin. 

Texte n°10 – Sans titre 

Si je suis près de toi aujourd’hui c’est pour dire que ces vaines minutes n’ont pas été vaines puisque chacune d’elles nous a rassemblés, elles nous ont poussé à tâtons l’un vers l’autre, elles savent quelle est l’indiscutable issue : les moments difficiles peuvent témoigner – nous n’avons jamais cessé d’être l’un pour l’autre 

Texte n°11 – Rétrospective 

Si la sagesse, fuyant la courbe des vieux jours,
Partait guider un peu les rênes de l’enfance,
Elle libérerait, par un étrange retour,
La douce folie qui embellit leur déchéance.

Mais ce n’est qu’un éclat, une vaine minute,
Un mirage de temps où les destins se croisent ;
Avant que le sablier n’achève sa chute,
Et que les ombres, froides, à nouveau se toisent.

L’instant s’efface alors, laissant sur chaque front,
Un sillage de sel ou un parfum d’ivresse ;
Les vieux gardent le rire, les jeunes s’en iront,
Dans le deuil éternel de cette frêle promesse. 

Texte n°12 – Veines minutes 

Dégage
Brouille les pistes fais pas d’virages
La porte ouverte pour quelques s’condes
Barris rature rallye hume partage
C’est fini le nid la cage le goût des cendres
T’es plus l’asthmatique en scaphandre
T’as su opter une senteur loin
T’as pu scier le pull rubis
La maille qui ceint qui blesse qui nuit
La chair qui luit le sang en boule
Tranche
Les veines minutes sont pas étanches
Faut bien lever l’espoir les manches
Pour s’étoiler dans l’eau groseille 

Texte n°13 – Course contre la montre 

Un quotidien à s’activer en actes frénétiques
Délaissant l’instant précieux pour sa réplique,
De peur d’en faire du temps de vaines minutes
Une course contre la montre prise notre chute.

Au sein d’une ère rapide où tout est maculé
D’un labeur fervent dénué de pauses fécondes,
Triste ressort d’un monde en quête moribonde
D’utilité pour chaque geste commis en aparté.

Produire devient l’enjeu avide d’une humanité à cran
Qui n’interprète le présent que dans un avenir élégant
Et fuse une crainte de décevoir ses projets et fébriles attentes
Quand la création mène une danse de compétition haletante.

Penser le futur rentable isole des regards lents et délectables
Les actions mécaniques font effusion pour une évidente déraison
Le sentiment humain se brise contre un glacial mode d’inclinaison
Où se perd toute affinité avec la lenteur pour une rhétorique joviale.

Silencieuse, les heures défilent avec cruauté devant leurs yeux
Une impasse redoutée profile des mains promptes au travail laborieux
Perdre du temps devient l’esquisse âpre d’une mort sociale
Où chacun creuse sa tombe pour fuir de vaines minutes létales. 

Texte n°14 – Dites-moi quand 

Mes petits, jolis parents

J’ai tant de choses à vous dire

Vous faites des trucs de grands

Mais attendez avant de partir



Ecoutez-moi

Juste une minute

Juste pour cette fois

Ecoutez-moi



Racontez-moi

Mais sans dispute

Votre jour ou mois

Racontez-moi



Oui, je sais, je sais

Le travail c’est important

Pour vous

Mais, jamais, jamais

Vous n’en faites autant

Pour moi



Quand, dites-moi quand

Aurez-vous du temps ?

Quand il sera trop tard

Pour me conter une histoire



Quand, dites-moi quand

Trouverez-vous du temps ?

Quand vous me dites bientôt

Je sais très bien que c’est faux



Mes très occupés parents

Je me sens mal, j’ai besoin de vous

J’ai sur le cœur un poids trop grand

Ça ne va pas, pas bien du tout



Ecoutez-moi

Juste une seconde

Juste une fois

Ecoutez-moi



Regardez-moi

Voyez mon monde

Si sombre et froid

Regardez-moi



Oui, je sais, je sais

Le travail c’est important

Pour vous

Mais, jamais, jamais

Vous n’en faites autant

Pour moi



Quand, dites-moi quand

Aurez-vous du temps ?

Quand il sera trop tard

Vous viendrez me voir



Quand, dites-moi quand

Trouverez-vous du temps ?

Quand parti trop tôt

Je ne serai plus qu’une photo 

Texte n°15 – Tic-tac vain 

Tic-tac, le balancier égrène les minutes,

L’horloge implacable précipite la chute,

Les minutes passées du futur avenir,

Ne pourront qu’annoncer le naufrage à venir,



Tic-tac, le temps se perd comme la liberté,

Dans cet horrible enfer qu’est notre société,

Le temps tant attendu ne peut qu’être perdu,

Lorsque notre attention est comptée comme un dû.



Tic-tac, l’heure passée, la minute écoulée,

Sont le triste reflet de la fatalité,

Quand le temps passe en vain dans cet alexandrin,

Je ne suis pas le seul maître de mon destin,



Tic-tac, je prends le temps d’apprécier et d’aimer,

Et dans ce monde fou, de vivre et exister,

Alors je prends le temps de me synchroniser,

À la vie, sa beauté, à son rythme effréné.



Tic-tac, le temps divin ruisselle du ravin,

Je ne suis pas devin, je n’aime pas le vin,

Je perds mon temps en vain, pour du pain au levain.

Depuis deux mille vingt, je suis un écrivain. 

Texte n°16 – Vaines minutes 

Parfois, je me surprends à attendre.
Mais quoi ? Je l’ignore.
Que mon chat me fasse un café ? Peut-être.
Le messie ? Je crois davantage en mon chat.
Que le facteur m’apporte la Saint-Glin-Glin dans ses calendriers ? Qui sait.
Godot ? Il ne viendra pas.
J’attends au tournant, ça me donne le tournis.
L’horloge ricane, ses heures me font perdre la tête. Elle croit que je parle d’elle.
Le déluge ? Pas vraiment, je m’y noie déjà.
Vertige de l’attente, lente, troublante, obsédante, étouffante.
Attendre que ça me passe.
Puis ce café qui tarde.
Alors quoi ?
Que diable, attends-je ainsi ?
Peut-être simplement…un sourire sur vos visages. 

Texte n°17 – Le sens du temps 

Minutes où allez-vous, emportant dans votre sillage
Frêles secondes et fugaces emprises
Minutes trébuchantes au destin tout tracé
Valsant dans le flow intrépide et glacé
Vous claquez vos talons avec une obsession accablante
J’embarque bon gré mal gré sur le radeau de la minute
Et des heures endiablées
Par la force j’apprends à nager ou couler en silence
Entrevoir l’avenir derrière vous et le vaste chaos
M’échapper de la course aux portes verrouillées
Me défaire du carcan comme d’une peau trop collante
Vaines minutes je veux faire le décompte
Me délester de vos peines et poings liés
Planter des graines d’amour les regarder germer
Tôt ou tard vous aurez ma peau mais sûrement pas mes mots. 

Texte n°18 – Amour éternel 

Je t’attends
Là, seule dans le temps.
Tu m’inspire.
Je te respire.
Ces minutes s’éternise.
Puis te voilà.
Toi et moi ,
Pour toujours,
Le soleil de mes jours. 

Texte n°19 – Silence habité 

Tu m’as écouté pendant des heures,

Quand le monde manquait de couleurs.

Merci pour ce silence habité,

D’où j’ai appris à m’échapper.



Avec toi, j’ai réussi à poser des mots sur mes maux.

Tu m’as écouté comme on écoute un piano,

Et tu as accordé les touches qui sonnaient faux.



Maintenant, le piano a déraillé,

Il n’y a plus personne pour m’aider.

Les touches semblent toutes fausses,

Il n’y a plus rien, mon cœur est sur pause.



Même si tout s’arrête ici,

Tu vivras encore dans mes poésies.

Tu as laissé ton empreinte sur ma vie 

Texte n°20 – Quelques minutes 

Aux abords de la Voie lactée
Je tente en vain de récolter
Quelques minutes de travail
Sur l’écran à poser mes failles
[Je suis là]
Évidemment tout près de toi
Oubliant mon espace à moi
À tes côtés quand tu t’endors
Et que tu me demandes encore

Je ne vois pas tes yeux ouverts
Qui surveillent tous tes repères
Je ne vois pas tes douces mains
Cherchant la mienne ou ton lapin
Je ne vois pas tes yeux plissés
À faire semblant pour me duper
[Bien-sûr que si je vois tout ça
J’ai toujours un regard pour toi]

J’essaie de voler ces minutes
Quelques minutes c’est le but
Pour avancer pour enchaîner
Stupide productivité

Je devrais mieux te contempler
Toi qui continues de pousser
Chercher plutôt à arracher
Ces moments mouvants si pressés
[Je le sais]
Plus tard je rêverai de toi
Quelques minutes près de moi
Quand tu voudras t’enfuir ailleurs
À ta recherche du bonheur

Je n’ai pas encore trouvé
Des heures des jours des années
Comment réussir sans crier
Sans sommeil on est débordée
[Ça fait mal]
Ça fait si mal je fais au mieux
Ma main caresse tes cheveux
Encor’ encor’ quelques minutes
Quelques minutes c’est le but

Aux abords de la Voie lactée
Je tente en vain de récolter
Quelques minutes avant la nuit
Quelques minutes avant l’oubli 

Texte n°21 – Douce pression 

Le temps joue contre moi,
Si ce n’est l’inverse,
Alors les mots je déverse,
Depuis la pulpe de mes doigts.

Nul besoin de verveine,
Pour un cœur tranquille,
Car si ma tentative est vaine,
Je ne me ferai pas plus de bile.

Oxygénation de toutes mes veines :
Mon cerveau cherche à produire,
Un poème neuf comme le cuir,
Dans une urgence certaine.

Point de chute diluvienne,
S’abattant sur les touches,
De mon clavier suivant,
Bien sagement,
Sans escarmouche,
Mon esprit qui mène…

…la danse des clic-clic,
Sans la moindre tactique.

…le bal de l’écriture automatique,
Sur mon fidèle pote électronique.

Cela ne payera pas de mine.
Utile aurait été d’anticiper,
Pour que l’inspiration coule,
De source, qu’elle dessine,
Qu’elle esquisse, une histoire à raconter,
Exquise, et que tout roule.

Est-ce que la création spontanée,
Pas le moins du monde préparée,
De ce poème en vaut la peine ?

Je ne me sens pas si désespérée,
De cette expérience de rapidité,
Sous mes rires nerveux d’hyène. 

Texte n°22 – La Collecte 

La main gantée pose le garrot
Retrousse les manches, met à nu
Trouve le chemin bleu appuie dessus

L’aiguille entre dans la peau
Traverse le creux du bras tendu
Pompe l’or bleu aspire le flux

Les poches posées sur le plateau
Gonflent du vermillon retenu
Filent tout droit vers le CHU

Le sang
Le sang de la veine
Collecte la vie qui coule dedans
Juste une minute, une minute veine

Les pieds qui courent passent au galop
Pousse le brancard l’homme dessus
Ouvrent les couloirs depuis la rue

Les outils dansent en tempo
Réparent l’intérieur, les tissus
Colmatent les plaies les fluides perdus

Les poches posées sur le plateau
Diffusent le vermillon retenu
Inonde le corps semblant perdu

Le sang
Le sang de la veine
Collecte la vie qui coule dedans
Pas une minute, une minute vaine 

Texte n°23 – Autopsie des minutes perdues 

On m’a appris à attendre

avant même d’apprendre à vivre.

Attendre l’amour.

Attendre la chance.

Attendre que la vie commence enfin.

Mais la vie ne commence pas pour tout le monde.

Il existe des secondes assassines.

Des minutes qui poignardent lentement.

Des heures qui enterrent des existences

sans laisser de tombe.

Moi,

je suis née dans ce cimetière invisible.

Je viens du pays des attentes éternelles.

Là où l’espoir est un mirage

et les rêves des corps sans respiration.

Chaque minute y tombe

comme une goutte de sang.

Silencieusement.

Inévitablement.

Pourquoi certains naissent-ils avec l’univers à leurs pieds

pendant que d’autres mendient juste le droit d’exister ?

Pourquoi leurs berceaux sont remplis de promesses

et les nôtres de silences ?

Pourquoi leurs blessures deviennent des leçons

et les miennes des condamnations ?

Répondez-moi.

J’ai grandi dans l’ombre d’un miracle qui n’est jamais venu.

J’ai tendu les mains vers le ciel

et le ciel a regardé ailleurs.

J’ai crié dans la nuit

et même l’écho m’a abandonnée.

Alors j’ai appris une vérité terrible :

Certains êtres sont condamnés à vivre

sans jamais être choisis.

Vaines minutes.

Elles s’accrochent à mes os.

Elles rongent mes jours.

Elles dévorent mes possibles.

Elles murmurent que je suis une erreur statistique

dans l’équation du bonheur.

J’ai vu des vies commencer avec tout.

L’amour comme héritage.

La lumière comme évidence.

La dignité comme naissance.

Moi, j’ai hérité du manque.

Du vide comme compagnon.

Du silence comme langue maternelle.

De la solitude comme respiration.

J’ai compté mes secondes

comme on compte les morts.

Une pour l’enfance volée.

Deux pour les promesses jamais tenues.

Trois pour chaque rêve étouffé avant de naître.

Mon existence est un calendrier de pertes.

Et pourtant.

Écoutez bien.

Même le désert finit par apprendre la pluie.

Même les ruines gardent la mémoire des palais.

Même les cœurs abandonnés battent encore.

Mes minutes ne sont pas seulement vaines.

Elles sont des cicatrices vivantes.

Elles sont la preuve que j’ai survécu

à l’indifférence du monde.

Elles m’ont brisée

oui.

Mais elles m’ont aussi forgée.

Je suis faite de tout ce que j’ai perdu.

De tout ce qu’on ne m’a jamais donné.

De tout ce qu’on croyait inutile.

Je suis la révolte du temps gaspillé.

La voix de ceux que l’on n’écoute pas.

La survivante des secondes assassines.

Alors regardez-moi bien.

Je transforme mes minutes perdues en éternité.

Ma douleur en langage.

Mon absence en présence.

Car ceux qui n’ont rien

apprennent à devenir indestructibles.

Et moi

je suis l’héritière

de toutes les minutes

que le monde croyait vaines. 

Texte n°24 – Down 

La chute est brutale
La gueule éclatée au sol
Dans sa propre bave
Après l’extase dans les veines
Tout ça pour quelques minutes
Dans la couleur des nuages
Elles étaient grandioses ces minutes
Mais qu’il est dur le carrelage
J’en reprendrai bien de ces minutes
De cette parenthèse de synthèse
Mais mes veines sont vides
Et ma gueule toujours éclatée au sol
Est-ce que ça valait le coup
Elles sont chères ces minutes
Chères pour le portefeuille
Chères pour le coup de bâton derrière
Une part de moi en reprendrait bien un peu
Juste pour ne plus sentir
La rudesse du sol
La rudesse de la vie
Mais mes veines sont vides
Et le bag aussi
Il fait sombre
Même la lumière ne chasse plus les ombres
Le fix a tiré sa charge
Il ne reste que le charnier après la bataille
Même l’odeur
Me pourrit les entrailles
Elles étaient belles les couleurs
Du flash dans les veines
Il n’en reste que les minutes
Vaines contre le sol 

Texte n°25 – Les minutes retrouvées 

Elles tombaient autrefois comme des cendres légères,
Des souffles sans raison dans le fil de la terre.
Je les croyais perdues, ces minutes sans nom,
Mais voici qu’elles germent au creux de ma saison.

Elles ont pris la couleur des matins qui pardonnent,
Des sourires imprévus que le hasard redonne.
Chaque instant que je croyais mort ou inutile
tresse à ma peau vivante une tendresse docile.

Les vaines minutes, je les sens à présent,
Comme un miel discret sur le bord du présent.
Elles m’apprennent la paix, la lenteur, l’attente,
Et je les cueille au vol, légères, bienfaisantes.

Car rien ne se perd, pas même le silence,
Tout devient lumière, si le cœur se balance.
Et moi, j’avance enfin, libre, dans mon heure,
Avec au fond des yeux un éclat de douceur. 

Texte n°26 – Coeurs fragmentés 

Éloignez-vous de la bordure du quai,
Le train à destination d’ailleurs va partir,
Attention au départ

Ne me lâche pas,
Retiens-moi,
Embrasse-moi encore une fois,
Je veux rester dans tes bras

Le temps est un aller sans retour
En partance sur les contours
D’un monde en mal d’amour

Personne ne sait
Rattraper les regrets,
Les pierres lancées,
Les mots acérés,
Les instants brisés

Ne me lâche pas,
Retiens-moi,
Je veux t’aimer encore une fois,
Garder comme un secret
Ton rire étoilé,
Le goût caramel
De ta peau ambrée,
Le sucre de ton corps
À l’orée de l’aurore

Juste un au revoir
Sur un quai de gare,
J’ai les yeux dans le brouillard
Et le cœur dans le noir,
Tu es mon phare et mon amarre,
Le jaguar de mes cauchemars,
Le plus doux des grands nectars

J’ai le front collé
Sur la vitre teintée
De ce wagon bleuté,
Ta silhouette s’efface
Sans laisser de trace,
Ton ombre se glace
Dans la mélasse
De la populace,
J’ai ton amour dans ma besace
Et gravé sur ma cuirasse

Éloignez-vous de la bordure du quai,
Le train à destination d’ailleurs va partir,
Je t’emporte à cent à l’heure
Dans tous mes délires,
Comme une promesse sur l’avenir,
Attention au départ,
Tu seras pour toujours
Ma plus belle histoire 

Texte n°27 – SAUTE, SAUTE 

Je crois que mon lapin est nain
Il a beau être très malin
Il ne peut pas lutter
Contre sa destinée
C’est compliqué
A expliquer
Jusqu’à maintenant
Je m’en sortais toujours à temps
Ce n’est pas que je sois mort
Mais chaque minute supplémentaire
Est une once d’or
Sur ces terres
Le monde s’éveille à peine
Qui osera prendre les rênes ?
Pas moi c’est sûr
Hier je les ai menés
Droit dans le mur
Ils ne sont pas prêts de m’aimer
Alors qui et où?
Quitter un trou
Pour un autre
Isabelle avait raison
Saute, saute
Plus rien ne tourne rond 

Texte n°28 – La Fin 

Le monde touche à sa fin
Aujourd’hui, pas demain
Tous les projets sont annulés
Plus le temps pour les regrets
Les remords tombent dans l’oubli
Ainsi que les souvenirs chéris
Ce qui a été un jour construit
Sera définitivement détruit
De vaines questions demeurent
Sans réponses car tout se meurt
Il ne reste que quelques minutes
Vides et sans le moindre but
Consacrons les à la prière
Une dernière, avant la fin de notre ère. 

Texte n°29 – Sidération douce 

Combien de temps, devrais-je encore endurer cette sidération douce ?
La dissociation est revenue
Les minutes s’écoulent sans être vécues
S’amoncelant dans le vase de mes tourments
Sans que je ne puisse en libérer le surplus

Le brouillard a rempli la pièce
Un gouffre béant s’entrouvre

Distordant le temps et opacifiant la lumière
Mon cœur saigne son absence
Mes tripes écorchent mes maux
Et je me vide de toute ma substance
Quand la douleur tord mes boyaux


Au plus profond de l’abîme, les bribes de mes souffrances
Forment des silhouettes inquiétantes
Qui errent et me tourmentent.
Et la roche qui s’irise
Est bien trop poreuse
Pour que les fractures de l’âme ne cicatrisent

Alors, je ferme les yeux pour m’ancrer
Pour un instant arrêter,
La chamade de mon cœur
Et prendre conscience de ce qui m’entoure

Et je m’enivre lentement
de la beauté d’une rosée du matin
des gouttes, qui perlent sur chaque aiguilles des sapins
Et expriment les larmes qu’on ne sait plus contenir
Un détail que tu ne peux saisir entre tes doigts
Au risque de tout détruire

Contemple ces gouttes argentées
La subtile alliance d’une douceur mélancolique et d’une délicatesse figée
Puissent d’elles te porter aujourd’hui
Pour sublimer ton âme, dissociée. 

Texte n°30 – Témoin 

Une minute, une image
Une minute en suspens dans le temps
Une minute aux pas tourbillonnants, balle au centre
Vaine minute
qui se meurt à l’abri
Du bonheur de l’enfant spectateur.

Une minute, une odeur
Une minute en suspens dans l’air
Une minute aux saveurs effleurées par sa brise
Vaine minute
qui se meurt à l’abri
Du bonheur de l’amour spectateur.

Une minute, une douceur
Une minute ou une chance à perdre
Une minute qui s’ajoute au nuage de nos heures
Vaines minutes
qui se meurent à l’abri
Du bonheur de nos plis spectateurs.

Une minute, une noirceur
Une minute finale à nos sens
Une minute qui clôt le possible par la toute fin
Vaines minutes
qui se meurent à l’abri
Du bonheur de nos éternels regrets. 

Texte n°31 – Temps comme tombeau 

Dans les vaines minutes où j’attends ton retour,
Je laisse mourir lentement les restes de nos jours.
L’horloge sonne, destructrice de mes espoirs fragiles,
Et ton absence étend son empire immobile.

Les vaines minutes glissent sur mes mains ouvertes,
Emportant nos serments vers des terres désertes,
Je relis nos messages comme on rouvre une plaie,
Cherchant un mot trop vivant que le temps a tué.

Puis les vaines minutes ont fini par m’apprendre,
Que ton cœur est parti sans jamais se défendre.
Je parle seul désormais aux secondes perdues,
Car même ton souvenir ne me répond plus. 

Texte n°32 – L’érosion 

Il est des minutes qui tombent sans bruit,
comme des miettes d’horloge au fond d’une poche trouée.
On croit les tenir —
elles se défont entre les doigts,
poussière tiède d’un temps qui n’a pas servi.

Vaines, dis-tu.
Mais de quoi est faite la vanité du temps ?
D’avoir battu trop vite contre une tempe lasse ?
D’avoir attendu une voix
qui n’a jamais franchi le seuil ?

Il y a ces minutes assises au bord du lit,
coudes sur les genoux,
qui regardent la lumière changer sans oser bouger.
Elles savent qu’aucun événement
ne viendra les justifier.

Il y a celles, plus fières,
qui s’offrent à l’ennui comme un champ à la pluie,
convaincues qu’un sens germera
entre deux respirations.

Et puis il y a les autres —
les minuscules, les négligées,
celles qu’on laisse derrière soi
en courant vers un avenir
qui ne promet rien.

Peut-être ne sont-elles vaines
que parce que nous leur demandons un miracle.
Qu’elles prouvent, qu’elles produisent,
qu’elles laissent une trace plus large
que leur propre effacement.

Pourtant,
dans la fêlure d’une minute inutile,
quelque chose s’ouvre parfois —
une pensée sans témoin,
un souvenir sans reproche,
une douceur qui ne réclame pas de preuve.

Les vaines minutes
sont peut-être les seules sincères :
elles ne prétendent pas sauver le jour,
elles se contentent d’être
ce battement discret
où la vie, sans éclat,
persiste.

Et lorsque tout s’effondre —
projets, certitudes, noms gravés trop tôt —
il reste cela :
une poignée de minutes nues
qui n’auront rien gagné,
rien changé,
mais qui auront tenu compagnie
à notre solitude.

Vaines, peut-être.
Mais fidèles. 

Texte n°33 – Issue de sang froid 

tandis que l’usine à chronomètres
reproduit en vain des sabliers de mémoire
celle-ci s’efface à l’anse des estuaires
de tant de vestiges brumeux.

de rares interludes
comme des répits phénomènes
atolls de nos souvenirs
fondent en berlingots de bonheur
au terminal de nos joies

A trop entendre la pluie débattre contre les vitres
notre horloge interne peu à peu s’estompe
dans un dégoute à gouttes
qui écoeure les plus battants

Au crépuscule seconde,

lorsque le tic-tac des ombres
s’envenime
À mesure que le métronome
s’étire

en florilège d’extrasystoles

jusqu’à l’ultime gong
et son arythmie
fatale au silence. 

Texte n°34 – Lueurs 

La nuit tombe dans la chambre

Où deux lueurs bleues

Demeurent éveillées

Au creux de l’oreiller



Insidieusement,

Un fil barbelé s’est entortillé

Autour des ombres captives

Du halo bleuté



Les deux coeurs s’éteignent

Chacun exilé

Dans l’illusion de l’éden moderne



Absorbés, ils ont fui le présent

Et se sont égarés

Dans la brume azurée des écrans de fumée 

Texte n°35 – L’inachevé en creux 

Les secondes s’effilochent sans accord ni témoin
Je n’accuse aucun retard selon mes propres soins
Sur le seuil d’une horloge impavide qui court
Je forge mon temps à l’aune de mes détours.

Je chemine digne sans tenir tête à mes vœux
Flagrante sonorité de mon laxisme impétueux,
Excédée par des ambitions rudes à couper l’haleine
Je cède à l’inachevé qui me prétend des minutes vaines.

Le monde en remous vibre dans un vil tempo
Pas précipités en cadence vers un horizon rentable
Le temps qui file est l’ennemi de mes lenteurs affables
Contre une ronde d’âmes à l’étrier sans repos.

Vaines minutes qui s’accumulent sur mes pas prudents
Aucune prise de risque n’est gages de succès probants
Je piétine dans une boucle temporel pétri d’heures latentes
Où chaque torpeur assidue est un aveu de ma partition gagnante.

Aucun remords ni déception ne viendra battre mes silences
Car dans chaque geste creux que j’habite fuse une tendre nuance
Celle de pouvoir sculpter une promesse dans ces vaines minutes
Qui m’ont façonner dans le secret d’une patience sans mauvais but. 

Texte de calibrage par La Rathure – Chance 

Le fil de ma vie branché sur le détonateur
La dernière étincelle embrase la poudre d’escampette,
Comment mettre des mots sur ce qui m’étonne à c’t’heure,
Seul le rythme du tic-tac me reste en tête,

Peur bleue sur fil rouge, jalousie sur fil vert,
Colère noire sur fil blanc, les émotions défilent,
J’ai perdu la nuance qui coulait dans mes artères,
Je ne compterai que sur la veine au moment de couper le fil,

J’ai grandi torse bombé, sans ressentir le piège,
Affiché une bonne mine quand on marchait dessus,
Ce n’est plus une prise d’otage si c’est toi même qui t’assièges,
Alors je perpétue les attentes à être le seul déçu,

Toutes les bonnes choses ont une fin, les mauvaises aussi,
Je ne désamorcerai pas pour une sortie réussie,
Une vie trop lourde que mes lestes minutes sondent,
J’aurais voulu que mes dernières secondes soient des secondes
chances. 


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Et merci à BB2, Florent, Idéesdodues, Nicole, Thomas, et un anonyme de soutenir le projet La Rathure sur Tipeee !

1 Comment

  1. […] jurys de cette édition sont les lauréat·es de la précédente édition […]

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