On est parti pour la 34ème édition des Egoèmes, la 2ème édition de cette 4ème saison, plein de quantième sans intérêt, juste pour vous troubler avant la découverte du sujet !
Et le thème de ce mois de Mars c’est “Situation Quelconque”.
Laissons place à l’anodin, au banal, au quidam, à l’ordinaire, au commun, à l’anonyme, à l’insignifiant, au négligeable – j’en ai plus d’autres présentement, mais y’en a – tout en poésie !

Le thème est laissé à la libre interprétation des participant·es
🖋️ Comment participer ?
Vous avez une semaine pour envoyer vos créations.
📅 Date limite : jeudi 12 mars 2026 à midi
📩 Adresse : egoemes @ larathure.fr (sans espaces)
Dans votre mail, précisez :
- le titre de votre texte
- votre pseudo
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- votre texte (❗dans le corps du mail, pas en pièce jointe !)
Et n’oubliez pas de vous abonner à @larathure et @lesegoemes (promis, je ne me vexerai pas si c’est juste pour la durée du concours 😄).
Comme à chaque édition, un texte de calibrage sera partagé pour aider le jury dans son évaluation.
Le jury de cette édition
Les jurys de cette édition sont les lauréat·es de la précédente édition :
Retrouvez leur présentation et toutes les actualités du concours sur la page @lesegoemes.
Il est temps d’écrire quelque chose !
Texte n°1 – Le dernier au revoir
Tu m’effleures,
Je te cueilles,
Comme une fleur,
Notre relation tombera dans un cercueil.
Une situation banale,
Une situation marginale,
De deux âmes
Lâchant une dernière fois les armes,
Avant de se dire au revoir,
Avant de ne plus se revoir.
Nous nous quittons,
Puis nous sombrons,
Dans l’abîme.
Texte n°2 – Banalité rompue
Autrefois le silence berçait nos jours mièvres
Nos cœurs martelaient si légers et sans fièvre
La chaleur glissait sous notre voix lisse et homogène
Et ces instants quelconques faisaient régner une paix amène.
Aucune heure fébrile ne pouvait brider nos joies
Près des cieux, les nuages distillaient nos émois
Nos sens bourdonnaient d’arrogance d’un monde trop paisible
Que nul ne changerait dans notre vision niaise d’un futur plausible.
La vie s’écoulait sur une note candide et sans écueils
Un refrain liturgique d’une messe qui ne prêche des doutes
Rien ne sonnait le glas de ces scènes dérisoires sans déroute
Qu’une torpeur idyllique renflouait par des mœurs sans seuil.
L’éclat d’un bonheur infini portait nos humeurs volages
Portrait d’un peuple naïf qui ne prédit guère d’élans sauvages
Tout dans ces moments anodins ne déclinait pas d’entraves
Et vint la guerre qui rompit notre monotonie mise sous enclave.
Projetés dans une cadence hostile empêtrée de conflits
Nos cœurs se désolent maintenant de cet âge contrit
Des balles qui crépitent sous des épidermes flanqués de sang
Et se meurt la banalité de moments calmes pour des quidam imprudents.
Texte n°3 – 44120
La cloche venait juste d’annoncer la sortie,
Le jour tombait lentement sur la rue aux murs gris.
Quelques voix d’élèves traînaient encore dans l’air,
Et moi je regardais, sans vraiment rien faire.
Un homme attendait là, immobile, un peu sombre,
Posé au bord de l’automne, une simple ombre.
Personne ne savait encore que ce moment discret
Allait briser le calme d’un soir pourtant coutumier.
Un cri s’élève,
Une vie s’achève.
Depuis, quand revient ce froid d’octobre,
Je revois ce trottoir, ces feuilles, cette heure.
Et je pense souvent qu’un jour si quelconque
Peut laisser pour toujours le silence dans un monde.
Texte n°4 – Quel Con
Quel con que ce soit qui attends au feu
Passant rouge au vert sans oublier l’oranger
Perdu en heure de pointe ne sachant où aller
Calant au démarrage bloquant non pas qu’un peu
Les travailleurs du tertiaire allant au bureau
mériteraient la potence d’un bourreau.
Si tu as, si on, quel con que ce soit
En notre possession qui a fait ça.
Texte n°5 – Sexisme ordinaire
L’aube s’étire lentement sous la lueur d’un ciel gris
Des âmes soupirent sous les digues de leur patrie
Des codes d’airain éliment les corps de femelles captives
Victimes de bourreaux qui leur imputent des tares fictives.
Une vie tiraillée entre des gestes soumis et un regard qui penche
Une fable qui conte le martyre banalisé d’une sororité sous l’échine
Des ménages où l’inhumain fait retentir des lois âpres qui tranchent
Situations négligeables qu’avisent des mollahs à l’ego misogyne.
Un foulard noué sur une tête sans sérieuse application
Des cheveux qui dépassent de centimètres du tissu à l’abandon
Mettent en rogne une horde de machos au comble d’un sexisme ordinaire
Pour qui l’égalité est une utopie fragile sans quête nécessaire.
Un voile de piété en parure oblige d’être ajusté à moults reprises
Devenant l’ultimatum austère que la mort promis leur préconise
Plus de gaieté à enfiler des vêtements pieux avec un précieux zèle
Le tournant morbide des répressions a tissé leur élans rebelles.
Loin des temps modernes où des corps libres scellait leur choix
La nouvelle république a fixé un mouvement arbitraire à l’étroit
Des coups et des ordres qui font l’apanage vile d’une féminité déchue
Que des mollahs tournent en faits quelconques par vices de bourrus.
Texte n°6 – Situation Quelconque
L’alarme sonne enfin après la nuit passée
De ma main je l’éteins, ouvre mes yeux fatigués
Situation quelconque
Je me réveille donc
Je verse un peu de lait dans mon bol de céréales
L’éclaboussure fait qu’il en tombe sur la table
Situation classique
Je déjeune mutique
Dans ma douche du matin l’eau chaude coule sur ma peau
De ma tête à mes mains, à mes pieds et mon dos
Situation banale
Je profite sans un râle
Je fais un pas dehors et je ferme la porte
Ma clé se coince encore, comme souvent de la sorte
Situation basique
Je tourne jusqu’au déclic
Dans la rue, qui déserte, ne fait vivre aucun bruit
J’avance de tout mon être, seule ma marche retentit
Situation normale
Sur un banc je m’installe
Pas de vent, pas un son, pas d’oiseaux ou d’humains
Et les vides maisons me regardent orphelin
Situation sans drame
Je suis la dernière âme
Texte n°7 – Ordinaire
Il y a
Un chocolat chaud qui fume
A l’orée du matin,
Un camion poubelle
Sillonnant les ruelles,
Des pigeons qui flânent
Sur des toitures océanes,
Des passants éreintés
Sur les trottoirs bitumés,
Des écoliers traînant les pieds,
Des rêves en bandoulière
Dans leurs cartables écorché,
Une femme qui s’engouffre
Dans le métropolitain,
Et cet homme qui s’abrite
Sous une porte cochère
Pour fuir l’orage et l’éclair
Du temps qui défile
Sous les arbres immobiles
Peut-être que c’est toi, là-bas,
Cette ombre qui se fond
Dans ce tas de rien
Triste et anodin,
Sous le ciel zinzolin
Qui pleure des jours sans fin
Il y a
Un chocolat chaud qui fume
A l’orée de la nuit,
Un crépuscule étoilé
Dans la mousse d’un encrier,
Un écrivain maudit
Dans le placard de sa vie,
Une feuille blanche
Vierge comme la neige
Qui se tache à l’infini
A la plume de l’ennui
Jusqu’à ce que la vie
Dans le jour et dans la nuit
Dessine des envies
Sur le bonheur en sursis,
Comme l’éphémère instant
Suspendu dans le vent
Qui passe et ne reviendra pas,
Celui que tu ne vois pas,
Celui que tu étreins de loin,
Qui tisse des liens,
Et dont le vertigineux silence
Ne s’entend que dans l’absence
Il y a
Un chocolat chaud qui fume
Au bord du monde
Et que seules savourent
Les âmes vagabondes
Texte n°8 – La poésie de L’attente
Les va-et-vient tourbillonnent dans un coin de ma tête,
Les sonneries rugissent comme un vent furieux.
Je contemple mon bagage, témoin muet de mon départ,
Mes pieds frappent l’asphalte, fragile appel au bus.
Un homme resserre son manteau contre le vent
Et me sourit, les yeux mi-clos, fatigués.
Les heures s’effilochent aux coins de la rue,
Le tic-tac attise l’impatience des inconnus.
Les ruelles dorment, bercées par le vent,
Les lumières deviennent des silhouettes
Qui se détachent sous le rayon pâle de la lune ;
Les maisons demeurent immobiles dans l’attente.
Enfin, le moteur souffle, les portes grincent.
Dans la douceur feutrée du bus, le monde s’étire.
Derrière le rythme des roues sur l’asphalte,
Je découvre que l’ordinaire ouvre parfois sur l’infini,
Et que même l’impatience peut devenir poésie.
Texte n°9 – Un incident, quoi
Hier, j’étais sur le vieux port quand j’aperçois
Soit la concaténation de quelques éléments,
Mentant, dans leur ouvrage, sur le cours du sujet,
Jetant à la vue de tous quelque céramique boisée,
Zéphyr déroutant la jetée, inadapté à cet endroit,
Droits, défiant bien le passant de tout âge,
Je suis demeuré coi.
Quoi de plus prosaïque qu’une théière ?
Texte n°10 – En attente
Amours fanées
Défunts printemps
Mortes années
Jonchent le temps
Passent les mois
L’émoi se meurt
Passent les nuits
L’ennui demeure
Passent les lunes
Et les aurores
L’autre après l’une
D’autres encore
Sur mon sofa
Je reste assis
L’envie s’en va
La vie aussi
Texte n°11 – Métro-boulot-dodo
Assise sur ce siège en métal
Je ne sens pas le froid qui m’assaille
Le regard vissé à l’horizon
Je suis des yeux le câble du tram
Derrière moi les adultes
Se tiennent le dos droit
Pendant que mon âme, elle
Se noie
Ils ne savent pas que je vogue
D’un continent à l’autre
Des feuilles accrochées derrières moi
Qui v
o
l
e
n
t
Ma maison est en papier plié
Et j’écris sur ses murs
Pour ne rien oublier
Ils rentrent tous chez eux
D’un même pas
Pendant que moi
Je cherche encore mon chez moi
Ils recommenceront demain
Comme un banal matin
À monter dans le train
Certains
Moi je suis descendue
Un peu perdue
Il me manque encore des fenêtres
Pour y voir clair dans ma tête
Texte n°12 – Comme tous les matins…
Comme tous les matins, j’attends. Couché.
Il se réveille, se lève et me lance un bonjour.
Je le suis dans la cuisine.
Il met en route la cafetière et file sous la douche.
Il s’essuie en commençant par les cheveux.
Je le regarde faire ce que je n’aime pas faire.
Il avale une tranche de pain avec du miel
et m’en donne un bout avant de finir sa tasse.
Il va se laver les dents, se remet un coup de peigne.
Nous sortons. Enfin !
Mon humain tient la laisse, mais je tire un peu,
car la ville m’appelle avec cent petits jeux.
Un arbre, un poteau, un coin de trottoir, un banc.
Pour un homme à l’odorat déficient c’est banal,
pour moi c’est un pays !
Tous les autres chiens m’ont laissé des messages.
Je marche au ras du monde, le nez plein de parfums.
La rue est un livre écrit pour les canidés rêveurs !
Le vent aussi m’apporte mille nouvelles à la fois :
Les chats du quartier, les fleurs venant de s’ouvrir,
la pluie qui approche, un reste de pain au chocolat
les saucisses de la charcuterie à trois-cent mètres,
une labrador en chaleur.
Mais le tour se termine.
Nous rentrons. Déjà !
Lui repart immédiatement.
Une caresse et « à ce soir ».
La porte se ferme.
Je vais devoir attendre…
Comme tous les jours…
Texte n°13 – Post-situation
Où déménagent les recensements ?
Où disparaissent les classements ?
Où déclinent les comptes bancaires ?
Où se brisent les bonnes situations ?
Où se finissent les enquêtes d’opinion ?
Où s’évapore le vocabulaire ?
Où rétrécissent les graphiques ?
Où meurent les statistiques ?
Où terminent les circulaires ?
Où s’effacent les relevés de notes ?
Où s’annulent les bulletins de votes ?
Où s’abîment les questionnaires ?
Où atterrissent les pourcentages ?
Où voyagent les sondages ?
Là où volent tous ces formulaires…
Texte n°14 – Les sens aux quotidiens
Les plus simples situations
Stimulent les sens à foison.
Ces situations si quelconques
Éveillent les sens de quiconque.
Assise dans un fauteuil rouge, j’entends :
Du popcorn comprimé dans un gosier;
Les pas chuchotés de ceux approchant en dernier;
Les “Ah” exclamés quand l’éclairage est tamisé;
Le silence, avant que le début ne soit projeté.
Debout dans ma cuisine, je goûte :
À cette poêlée sauté que j’ai improvisée;
Au piment détruisant ma trachée;
Au miel enveloppant tendrement mon palais;
À la satisfaction d’un bon repas préparé.
Marchant dans la garrigue, je sens :
Le romarin arpentant mon chemin;
Mes mains que j’ai frottées dans du thym;
Cette chaleur choyant me réchauffant la chair;
Le souffle du soleil dans l’atmosphère.
Attendant au feu rouge, je vois :
Les piétons se pressant pour passer;
Un cycliste slalomant pour circuler;
Le regard d’un routier heureux;
Cette pause comme un instant lumineux.
Le serrant dans mes bras, je touche :
Sa colonne sillonnant son dos;
Son buste où bat son cœur sous sa peau;
Sa bouche qui sur mes contours accourt;
Son cœur avec mes mots d’amour.
Texte n°15 – Quand l’ordinaire brûle
Un homme attend son bus.
Rien qu’un homme, rien qu’un bus.
Et pourtant, dans ce geste banal,
l’univers entier se suspend.
Le trottoir devient une scène,
les passants des figurants,
et son souffle, une prière muette
adressée au temps qui s’écoule.
Une femme plie son linge.
Ses mains tremblent à peine,
mais chaque pli qu’elle trace
est une cicatrice invisible sur le tissu du monde.
Elle croit ranger des draps,
elle ne sait pas qu’elle range des souvenirs,
qu’elle dompte le chaos,
qu’elle perpétue l’ordre fragile de l’humanité.
Un enfant dessine un soleil maladroit.
Ses traits hésitants tremblent,
mais dans ce cercle imparfait
brille la promesse d’un futur.
Ce soleil bancal est une étoile neuve,
un cri de lumière contre l’ombre,
un défi lancé au néant.
Et toi, lecteur,
tu crois que ce n’est rien.
Tu crois que ce sont des miettes de vie,
des poussières de gestes.
Mais regarde mieux :
dans chaque situation quelconque
se cache une épopée invisible.
Le banal est une cathédrale,
l’ordinaire est une révolution,
le quotidien est une poésie qui ne sait pas son nom.
Car le monde ne s’éblouit pas seulement
dans les drames et les éclats.
Il se construit dans le silence des gestes simples,
dans la beauté discrète des instants quelconques.
Un bus qui tarde,
un linge plié,
un soleil griffonné…
Tout cela n’a l’air de rien.
Mais c’est là que tout se joue :
dans l’infime, dans l’anonyme,
dans ce qui ne fait pas la une des journaux.
Et si tu tends l’oreille,
tu entendras que le banal bat comme un tambour,
que l’ordinaire brûle comme une étoile,
que l’insignifiant est le secret le mieux gardé de l’univers.
Alors pleure, lecteur,
pleure devant l’évidence :
le miracle n’est pas ailleurs,
il est là, sous tes yeux,
dans chaque situation quelconque.
Texte n°16 – L’Oraison de l’Insignifiant
C’était un de ces mardis où le ciel a la couleur de l’oubli,
Une heure creuse, suspendue au rebord d’une tasse de café froid.
Rien ne tremblait. Pas un cri, pas un adieu, pas un fracas.
Juste le bruit sec d’une cuillère qui heurte le vide,
Et le silence, ce vieux chien fidèle, qui s’installe au pied du monde.
On appelle cela l’ordinaire. L’anodin. Le quidam.
Une « situation quelconque », disent-ils, en détournant les yeux.
Mais approchez. Écoutez le hurlement de cette poussière qui danse.
Regardez cette main qui tremble en boutonnant un vieux manteau,
Est-ce une main ? Non, c’est le vestige d’un empire qui s’écroule,
C’est le dernier rempart contre le néant qui nous grignote.
Chaque ride est un poème que personne n’a jamais lu,
Chaque regard dans la vitre d’un bus est une prière perdue.
On meurt de ne pas être vus. On s’éteint dans le banal.
On est des ombres de passage, des figurants d’un film sans titre,
À attendre un miracle qui ne connaît pas notre adresse.
Pourtant, dans ce « rien », il y a l’immensité de tout ce qu’on a tu,
Les amours qu’on n’a pas dits, les sanglots qu’on a bus,
Et cette dignité terrible de continuer à marcher,
Quand le décor n’est que grisaille et que le cœur est écorché.
Alors, jugez-moi sur ce vide. Jugez-moi sur ce peu.
Sur cette seconde inutile où je n’ai été qu’un homme seul,
Perdu dans le fracas muet d’une existence sans éclat.
Car c’est là, dans cette faille, que l’âme devient géante,
C’est dans l’insignifiant que bat le pouls de l’éternité.
Je ne vous offre pas de l’or, je vous offre mon ombre,
Et le vertige sacré de n’être… absolument rien.
Texte n°17 – Non-événement
Il y a la règle des trois mois,
Celle du silence,
Car ce qui ne se sait pas,
N’a pas d’existence.
Et quand tout s’arrête,
Le monde tourne toujours,
Rien ne trouble la fête,
Le brouillard en unique secours.
Pour eux, rien n’a changé.
Situation quelconque.
Derrière le voile, les larmes bien rangées
Invisibles à quiconque.
Ne reste que le silence et l’isolement,
En nid pour la douleur rouge,
De ce non-événement.
Plus rien ne bouge.
Texte n°18 – – Rien –
C’est un matin ordinaire
Sans regard adouci, sans baiser salutaire.
Il n’y pas d’incendie dans la chambre
Pas de feux aux rideaux.
C’est un réveil sans attente,
Sans mains sur la peau, sans paroles aimantes.
Il n’y a pas de cœurs complices
Pas de rêveries torrides …
C’est une situation quelconque,
C’est un instant commun
Pas d’euphorie, pas de souffle coupé
Personne au milieu de rien …
Texte n°19 – L’homme en pyjama rayé
Il était minuit, l’heure du crime, mais rien ne se produisait.
Aucun bruit suspect, pas même un chuchotement.
À peine le léger ronflement du frigo dans la cuisine.
L’homme avait perdu le sommeil quelque part
Entre le seuil de la chambre et celui de la tolérance
Alors il déambulait dans son pyjama à rayures
Comme un forçat dans son cachot
À la recherche du sommeil perdu
C’était devenu une sorte de rituel sans importance
Une situation quelconque parmi tant d’autres
Qui, accrochées les unes aux autres comme des wagons,
Formaient le train-train de son quotidien détestable.
Texte n°20 – Trop de tout
J’abois dans le bois
Les chiens me foudroient
Je ploie sous le poids
Des regards grivois
Je loue des vieux loups
Pour mes garde-fous
Je cloue des écrous
à mes grands courroux
Je crois et j’accrois
Plissant sous mon poids
Je chois dans mes choix
Sans mea-culpa
Je plie dans le lit
Sans autre infini
Je vis sans envie
Sans autre avanie
Je bats les abats
Je clos les débats
Je cours dans la cour
Pour fuir ces rebours
Je crie mes écrits
En cacophonie
Je ris sans carie
Sans philosophie
C’est banal et commun
Trop de peu, trop de rien
Trop de tout mais en vain
Je ne sais plus du tout
Soit j’y vais, soit… je m’éteins…
Je crains le chagrin
Pour toi ou quelqu’un
Je sens tout mon sang
Frénétiquement
Je serre les corsaires
De toutes’ les frontières
Je gèle et dégèle
Et je me flagelle
Je scelle et ruisselle
Le long de l’échelle
Je laisse en souplesse
Les autres’ allégresses
C’est banal et commun
Trop de peu, trop de rien
Trop de tout, mais en vain
Je ne sais plus du tout
Soit j’y vais, soit… je m’éteins.
Texte n°21 – La Proie
J’étais en ville comme chaque matin
Situation quelconque j’en conviens
Ce jour là cependant un souvenir me revint
De l’incroyable aventure qui me parvint
Une histoire d’amour comme toujours impossible
Un scénario très convenu et perfectible
Pourtant apparut une épreuve inadmissible
Au lieu d’être le chasseur je devins la cible
La femme de mes rêves que je ne pouvais avoir
Avait décidé de me donner de l’espoir
Pire : j’étais devenu l’objet de son vouloir
Elle me hantait du matin jusqu’au soir
L’inattendu retournement de situation
Me laissa sans la moindre réaction
Après moult résistance je passai à l’action
Quitte à être la proie autant fuir son affection
Texte n°22 – Créatine
Pour bien commencer la journée
Toujours une plume au bec
Histoire de me lever du bon pied
Eviter l’inspiration à sec
J’me pose
Pour prendre ma dose de prose
Un ou deux shots de vers
J’ferme les yeux, tout s’éclaire
La page blanche au frigo
Le cahier de brouillons bien au chaud
Se fait presser le jus de rimes
Pour le plein de vitamines
Habitudes d’écrivain
Pour me sortir du quotidien
J’me dope à la créatine
Pour effacer toute grise mine
Texte n°23 – Personne ne l’a vue
Personne ne l’a vue.
Le métro est arrivé
comme tous les matins.
Même grincement fatigué.
Même souffle mécanique.
Même foule
qui se presse
comme si le monde
allait se terminer
si quelqu’un arrivait
deux minutes en retard.
Les portes se sont ouvertes.
La ville a avalé ses passagers.
Des manteaux noirs.
Des regards ailleurs.
Des téléphones levés
comme des boucliers
contre le silence.
Une situation quelconque.
Le genre de scène
qui se répète
des milliers de fois par jour
dans toutes les villes du monde.
Et pourtant
au milieu de tout ça
il y avait une femme.
Pas différente des autres.
Un manteau trop simple.
Des cheveux attachés
un peu trop vite.
Des yeux
qui semblaient porter
une fatigue
plus vieille
que la nuit.
Elle s’est assise.
Le métro est reparti.
Les tunnels ont englouti la lumière
et les visages sont devenus
des reflets flous
dans les vitres tremblantes.
Personne ne regardait personne.
C’est une règle silencieuse.
Parce que regarder vraiment
un inconnu
c’est risquer
de découvrir
que chaque être humain
cache une histoire
plus lourde
que son silence.
La femme tenait quelque chose
dans sa main.
Un petit papier plié.
Quatre plis.
Comme si quelqu’un
avait essayé
d’enfermer un secret
dans quelques centimètres
de silence.
Ses doigts tremblaient.
Mais personne
ne regarde les mains
des inconnus.
Une fille riait
devant une vidéo.
Un homme en costume
envoyait un message rapide.
Une vieille dame
fixait la porte
comme si quelqu’un
allait apparaître.
La rame avançait.
Station après station
les gens descendaient.
D’autres montaient.
La vie circulait
comme le sang
dans les veines d’un corps immense.
Ordinaire.
Banale.
Indifférente.
Une situation quelconque.
La femme
n’avait toujours pas ouvert
le papier.
Comme si l’ouvrir
allait transformer
le monde.
Comme si certains mots
avaient le pouvoir
de briser
la gravité.
Finalement
elle a respiré
lentement.
Et elle l’a déplié.
Le papier tremblait.
L’écriture
était familière.
Elle l’aurait reconnue
entre mille.
Une écriture
qui avait signé
des cartes d’anniversaire.
Des petits mots
sur la table du petit-déjeuner.
Des promesses.
Sur le papier
il n’y avait presque rien.
Quelques mots seulement.
Des mots
si légers
qu’ils semblaient incapables
de porter
ce qu’ils signifiaient.
« Je ne reviendrai pas. »
C’était tout.
La femme a relu
la phrase.
Une fois.
Puis deux.
Puis trois.
Comme si les lettres
allaient finir
par changer.
Mais les mots
ne changent jamais.
Les mots
restent.
Même quand les gens
partent.
Le métro a ralenti.
Les portes se sont ouvertes.
La foule a bougé.
Encore.
Toujours.
Comme une marée
qui ne connaît pas
le chagrin.
Personne n’a regardé la femme.
Personne n’a vu
la larme
qui tombait doucement
sur le papier.
Parce que les villes
n’ont pas le temps
pour les catastrophes silencieuses.
Alors tout a continué.
Les conversations.
Les notifications.
Les soupirs.
Les pas pressés.
Et au milieu
de cette routine parfaite
personne n’a compris
que dans ce wagon rempli
de vies ordinaires
une femme
venait d’apprendre
que certaines personnes
disparaissent
sans bruit
sans adieu
et laissent derrière elles
quelques mots
beaucoup trop petits
pour porter
le poids
d’un amour
qui ne reviendra jamais.
Le métro est reparti.
La ville a avalé la rame.
Et la vie
a continué.
Comme si rien
ne s’était passé.
Mais quelque part
dans un wagon ordinaire
au milieu
d’une situation quelconque
une femme
venait de comprendre
que le monde
peut continuer
parfaitement
même quand
le sien
vient de s’effondrer.
Texte de calibrage par La Rathure – Imaginaire quelconque
Un couple est assis à la terrasse,
Les croutons débordent de la soupe,
Un sourire et ils s’embrassent,
Le thé servi sur une soucoupe,
( J’imagine qu’il vient de loin )
( Green-Tea téléphone maison )
Tout a infusé avec soin
Ils s’aiment à perdre la raison.
Une poignée d’enfants joue au foot,
Deux manteaux pour faire les cages,
Un tir déborde au d’ssus de la route,
La balle termine sur l’eau sauvage
( Balle–eau–prisonnier )
( Bagnard de Poésidon)
Le shooteur se fait charrier,
Mais aucun n’fera le grand plongeon.
Notification dans boite de réception,
Elle doit répondre à cet e-mail,
Demande à l’IA pour la rédaction,
Baille de son manque de sommeil,
(Amant-droïdes dans leurs échanges)
(Que cachent donc leurs missives ?)
Elle relit pendant qu’elle mange
Puis passe sa langue sur les gencives.
Le métro s’arrête brusque,
Les lumières s’éteignent toutes,
Ça râle et ça s’offusque,
Pas grand-chose à faire, sans doute,
(On court après le retard)
(Plongée en faille temporelle)
Voilà déjà que ça repart,
Sur la rengaine habituelle.
Le chat traverse la pièce,
Avec l’allure d’un dératé
Même manège et même liesse
Quand il jaillit de l’autre côté
( Les fantômes qu’il poursuit )
( Sont-ils venus pour me happer ?)
D’une patte il s’essuie,
Et on s’endort sur le canapé.
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Et merci à BB2, Idéesdodues, Florent, Thomas, et un anonyme de soutenir le projet La Rathure sur Tipeee !



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