Les Égoèmes

Les Egoèmes #37 – La fourmi de Pluton

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Nous voilà partis pour l’édition de Juin !

Et le thème de ce mois de juin 2026 c’est “La fourmi de Pluton”.
Est-ce que cet insecte vous mènera aux Enfers ou en orbite ? Est-ce que vous écrirez votre texte au microscope ou à la lunette astronomique ? Qui sera “la fourmi” ?
Le thème est laissé à la libre interprétation des participant·es

🖋️ Comment participer ?
Vous avez une semaine pour envoyer vos créations.
📅 Date limite : jeudi 11 juin 2026 à midi
📩 Adresse : egoemes @ larathure.fr (sans espaces)

Dans votre mail, précisez :

  • le titre de votre texte
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  • votre texte (❗dans le corps du mail, pas en pièce jointe !)

Et n’oubliez pas de vous abonner à @larathure et @lesegoemes (promis, je ne me vexerai pas si c’est juste pour la durée du concours 😄).

Comme à chaque édition, un texte de calibrage sera partagé pour aider le jury dans son évaluation.

Le jury de cette édition

Les jurys de cette édition sont les lauréat·es de la précédente édition !

Retrouvez leur présentation et toutes les actualités du concours sur la page @lesegoemes.

Préparez votre écriture en pattes de mouche !


Texte n°1 – La fourmi qui recousait les étoiles 

Une fourmi marchait sur Pluton,
là où même le froid semblait immobile.
Sous un ciel si noir
qu’il paraissait avoir oublié les étoiles,
elle avançait dans l’épaisseur du silence.

Parfois, la glace craquait au loin.
Alors elle levait la tête, croyant entendre
l’univers changer de position dans son sommeil.

Minuscule parmi les distances,
elle cherchait quelque chose sans nom,
une lueur assez faible
pour ne pas effrayer l’obscurité.

Elle ne portait ni carte ni certitude,
seulement un rêve plié contre elle
comme une dernière braise.

Alors elle entreprit l’impossible :
repriser le ciel.

Avec des fils invisibles,
elle rapprochait les morceaux dispersés de l’espace,
cousait les silences aux silences,
reliait les absences entre elles.

Nul ne sut jamais ce qui advint vraiment.
Peut-être que l’univers demeura inchangé.
Ou peut-être que, sous les pas de la fourmi,
quelque chose apprit enfin à tenir ensemble.

Car lorsqu’elle atteignit le bord de l’obscurité,
ce n’était plus Pluton qui paraissait petit.
C’était le rêve,
devenu assez vaste
pour contenir les étoiles. 

Texte n°2 – Mythe de Paraponera 

Sur Terre, je m’endormis une dernière fois.
En sursaut, je me réveillai ici-bas.
Se tint là, devant moi un écran de fumée,
Il se cacha derrière ce rideau épais.
Un élan preste trancha ce mur vaporeux ;
Un Romain, un diable ou un austère dieu,
S’avança avec vigueur vers ma tétanie,
Souffle coupé, je ne pus pousser aucun cri.
Mes antennes noires se dressèrent de peur.
Mes yeux s’écarquillèrent avec terreur.
Je ne pus émettre aucune phéromone,
Ma survie dépendait de sa bonne aumône.
Il approcha ses ongles de mon thorax,
La crainte rendit tout mon abdomen laxe.
D’un ton sévère, il me lança, à pleine voix :
« À moi, Pluton, Dieu des enfers, soumets-toi !
Tes mandibules acérées seront tes lames,
Tu tueras tous ceux qui osent voler mes âmes. »
Dans ces abysses, j’y passerai l’éternité,
Avec le corps d’un travailleur invétéré.
C’est à lui que je voue toute mon allégeance,
Et prive mes mandibules de leur indulgence.
Par ma mort, Pluton m’offrit une nouvelle vie.
Celle de Para NÉRA, Balle de fusil. 

Texte n°3 – La Fourmi de Pluton et la Cigale de Charon

 La Cigale de Charon
Ne vivait qu’un hiver long.
Sur ce satellite froid,
Comment donc trouver sa voix ?
Elle désirait chanter,
Impossible sans étés…
Elle voulut l’opinion
De la Fourmi de Pluton,
La priant de lui trouver
Un moyen ou quelque idée,
Pour avoir un temps plus chaud
Et qu’enfin, en soprano,
Elle pût cymbaliser.
La Fourmi fut généreuse,
Et à sa sœur quémandeuse
Fournit une solution :
« C’est simple, ensemble partons.
Du Soleil, bien moins lointaine,
Une demeure prochaine
Nous attend probablement. »
Ainsi fut fait et son chant
Fut le premier sur Vénus,
Avant d’autres, en bonus.
« Vous chantez, j’en suis fort aise :
Dansons à deux maintenant ! » 

Texte n°4 – Geste des Fourmis Planètes Partie IX : La fourmi de Pluton Auteur inconnu 

À chaque planète sa fourmi
Comme on a pu le voir plus tôt
A chacune son pouvoir ormis
La fameuse fourmi de Pluton
La fourmi de Pluton est seule
Ni règne, ni pouvoir
Ni amitiés, ni peuple
Ni lumière, ni espoir

Si la fourmi de Terre est une force de la nature
Que celle de Jupiter doté d’un intellect unique
La fourmi de Vénus d’une beauté outre-mesure
Et celle d’Uranus a l’avantage technologique

La fourmi de Pluton
Ne possède qu’une seule chose
Une solitude profonde
Qui peu à peu nécrose
Chaque Fourmi Planète
Ne prête guère attention
À leur sœur plus discrète
La fourmi de Pluton

Si la fourmi de Mars à la bravoure de mille
Celle de Mercure espace et temps entre ses pattes
La fourmi de Neptune est métamorphe agile
Et celle de Saturne par son discours épate

La fourmi de Pluton
Au bord de l’univers
Tombe elle tout au fond
D’un précipice acerbe

De ses antennes noires
Dirigées par le rien
La fourmi désespoir
Allait trahir les siens

Si chaque Fourmi Planète mène son microcosme
Loin des guerres qui les guettent, loin de l’ombre du néant
La fourmi de Pluton comme Carthage pour Rome
Approche des bastions pour occire les géants


Geste des Fourmis Planètes
Partie IX : La fourmi de Pluton
Auteur inconnu



« Quand viendra le moment où passera ces portes
Le vide rempli de tout ce qui n’existe pas
Je vous le dis mes sœurs, que l’Insecte nous apporte
Le courage, le pouvoir, ou l’honorable trépas » 

Texte n°5 – L’odyssée de la sotte 

‘La raison d’une sotte est toujours cocasse,
nous allons le démontrer par son impasse »

Une fourmi se pavanait dans le givre d’une planète naine
Que le soleil avait extradé de son système pour sa taille vaine
La fourmi de Pluton menait une vie sans besoin inquiet
Mais se demandait si elle pouvait y déguerpir, en secret.

Elle ignorait les raisons de son hôte isolé dans son coin
Que Pluton niait d’expliquer à l’insecte curieuse à témoin
La fourmi fulmina contre sa planète froide et austère
Qui rechigna de lui offrir une réponse nette à ce mystère.

De ce fait, la fourmi de Pluton quitta son astre de résidence
Sans remord pour cet écrin qui l’avait accueilli sans jugement
Elle avait oublié les circonstances de son exil à l’évidence
Qui racontait une histoire de rejet pour les mêmes éléments.

Soucieuse qu’elle ravive sa mémoire à long terme
Pluton la laissa émigrer sans précautions fermes
La fourmi détestait le froid glacial qui la gelait
Contre les autres astres plus chauds à souhait.

Dans son vaisseau précaire qui fendait l’espace sidéral
Elle admirait le soleil régnant au centre d’un joyeux bal
Autour duquel orbitaient huit danseuses guillerettes
Toutes ravies d’être de grandes danseuses complètes.

Elle héla les planètes aguichantes dans un chaleureux bonjour
Qui ne lui répondirent par aucune salutations dignes en retour
Celles-ci narguaient la fourmi de part son allure étrange
Faites de pattes infirmes et tête givrée dans son mélange.

Elle fut alors saisi d’une fulgurance de souvenirs
Qui lui montra son corps natif jeté sur Pluton
Par sa tribu fourmilière ayant eu à la honnir
Par son manque d’harmonie dans leur horizon.

Elle reprit le chemin inverse vers sa terre d’accueil
Qui l’attendait de bon pied après tous ses écueils
La fourmi demanda pardon pour son égo d’ingrate
Et Pluton accepta d’héberger à nouveau la renégate. 

Texte n°6 – La fourmi baroudeuse du cosmos 

Une fourmi ouvrière en colonie scindée
Traînant sa carcasse dans un cadre fêlé
Rêvait d’une planète proche de sa marge
Où elle pourrait enfin établir son ménage.

Blâmée pour sa morphologie naine et trapus
Qu’un torse et pattes courtes tenaient en rebut
Elle ne possédait aucune vertu de de ses congénères
Qui pour ses traits hérétiques lui prodiguaient la belle misère.

Va t’en ! Lui scandait toujours sa malicieuse sororité
 »Tu déroges à notre société de vaillantes travailleuses
Tes formes te rendent en boulet et Ô combien disgracieuse
Nous n’avons que trop supporter tes vaines qualités ».

Elle quitta la troupe de la reine froide qui l’éjecta
Pour se hisser dans le cosmos qui l’eut en appât
Comme le petit prince, elle débuta son odyssée
À la quête d’une planète à l’image qui lui sied.

Elle fit son au-revoir à la Terre trop cruelle
Qui la vit naître mais lui refusa sa tutelle
Elle construit un petit vaisseau en terre battue
Et décolla loin des digues de son essence têtue.

À l’intérieur de son vaisseau improvisé à tatons
Elle vit le système solaire bruissant d’agitation
Des astres qui orbitent autour d’un soleil
Et lui font des coucous comme au réveil.

Elle vit d’abord Mercure, Vénus et la rouge Mars
Qui lui dirent combien elle était une étrange créature
Qui de ses pattes claudiquait en marche sans mesure
Puis s’éloigna de ces mégères bonnes en farces.

L’anneau de Saturne lui décocha un haut le cœur
Jupiter lui fit penser au roi de l’Olympe trompeur
Neptune ne venta aucun mérite existant en superflu
Dont Uranus en tira le profil banal de contours dévêtus.

Toute exilée, seule dans l’ombre des sept premières
Elle se déposa sur Pluton qui l’accueillit en hôte pionnière
La baroudeuse vit une planète triste chassée du système
Pour des raisons qu’elle voulut élucider à l’instant même.

 »Je suis une planète naine à brève taille
Je cumule d’autres critères qui défaillent
J’ai perdu mon statut d’astre de référence
Banni dans le cosmos à subir mon errance. »

La fourmi sourit et pointa du doigt son abdomen difforme
Que Pluton reconnut en langage similaire de leur piètre forme
Elles devinrent si tôt des amies sur le bout de leur galère
Et la fourmi de Pluton trouva un domicile pour lui plaire. 

Texte n°7 – Huit cents fois son âme 

Il se peut

Au crépuscule de six jours,
Et pendant des hivers chauds,
Qu’une fourmi quitte sa ruche.

Jusqu’aujourd’hui,
Aucune n’a dansé,
Mais pourtant, les fournitures et les vivres
Manquent à leur grenier.

Alors la reine, fâchée,
Désigna une fourmi
Pour l’exil.

Ici Pluton, au sol macabre —
Bonne aventure à cette fourmille,
Que nous remercierons plus tard.

Par-delà les plaines à parcourir,
Que va trouver cette fourmi en exil,
Mis à part des sillons de glace, d’azote et de carbone ?

Ici, normalement, aucune vie ne s’adonne —
Pluton n’est ni un refuge, ni un temple.

En tout cas, sur cette naine,
La nature ne fait pas famille.

Cette éclaireuse part vers la mort,
D’ailleurs, toute sa ruche
Connaîtra ce sort.

Alors soit — dans ce monde lointain,
Il convient d’imaginer des fourmis
Portant huit cents fois leur âme.

Mais même à l’écrit,
Le poète, comme Pluton,
Tue les fourmis.

Texte n°8 – Coeur cramé 

Elle marchait
Seule et condamnée
Comme une guerrière dénudée
Dans la vallée gelée

Il y avait sous ses pieds
Un sol pourpre empoussiéré,
Des mots bleu sucré salés
Comme un tapis trop craquelé

Regarde-là,
Elle vit si loin de toi
Sur la Sputnik Planitia
Où son cœur bat tout bas

Elle a sauvé son âme
En affrontant les flammes
L’azote et le méthane
D’une asphyxie borane

Petit soldat de plomb
Devenu reine sous condition
S’est évadé le corps brûlé
Sous des phrases acérées

Regarde-là,
Plus jamais tu ne l’atteindras
Car il y a tout là-bas
Une ceinture de Kuiper
Sur le tholin réchauffé
De son refuge enneigé
Où des bras l’ont sauvée

Elle.
Fourmi rebelle
Aux phéromones caramel
Sur plutoïde en plein ciel 

Texte n°9 – La fourmi qui voulait changer de planète 

Sur une planète pas très plate
Aux camaïeux de verts et de bleus
Vivait un être infime à six pattes
D’inclination pro phallocrate

Il lui pesait qu’en sa cité fourmilière
Le rôle des sociétaires y fut égalitaire
Il souffrait du règne d’une reine diptère
Et voulait être roi car doté d’une « vraie paire »

Le bête macho voulait secouer la colonie
Il rêvait de voir les soldates en ménagères
Les fières ouvrières cloîtrées dans un nid
Les agricultrices en milliers de mères

Il haïssait son devoir de féconder
La reine suprême des formicidés
Il craignait que sa vie ne soit raccourcie
À l’aune de sa déjà trop courte vie

Rêvant de vivre dans une garçonnière
-Comble pour un animal social-
Il abusa de ses voisines hyménoptères
Et il usa d’un comportement brutal

Son naturel exacerbé de super mâle
Dans son environnement concordait mal
Le fâcheux fâché fut une telle calamité
Qu’il fut chassé de sa communauté

Voilà qu’en dehors de l’énorme fourmilière
Privé de la sécurité numéraire
Notre fourmi soudain se sentit
Tout petit, petit, petit petit !

Au-dessus de lui le vaste univers
La voûte illimitée de l’immense Terre
L’au-delà colossal ! Face à son minuscule être
Cette nuit-là alors il lui sembla disparaître

Pour l’outrage fait à son caractère
– À lui seul, plus qu’à aucun de ses congénères-
Il adjura l’univers, en compensation,
De lui offrir une maison où pour lui il ferait bon

Dans le firmament une lueur se fit
Qu’il prit pour une réplique à son attention
« Quel est donc ton nom? », demanda le fourmi
L’astre répondit:  » On me nomme Pluton »

L’animal voulut en savoir davantage
Avant qu’il ne se décide à faire son bagage
Il apprit ainsi les volcans glacés l’hiver
Et l’été la petite atmosphère

Les cinq lunes nommées Charon et Nyx
Hydra, Kerberos et puis Styx
– Pour quiconque des mots de mauvais augure
Sauf pour notre insecte qui se voulait un gros dur

De son système solaire aux confins
Pluton n’était plus une énigme enfin
La sphère céleste séduit l’invertébré
Écartée, reléguée astre degradé
Exclue du système à titre de planète naine
Dans les yeux du nain fut d’autant moins vilaine

Le fourmi attendit, convaincu, persuadé!
Qu’il ferait bientôt un voyage cosmique
Mais jamais son vœu ne fut réalisé
Et sur Terre il mourut seul, en bon cynique.

Moralité:
Pas même Pluton ne veut avoir à faire
À un mascu – genre archaïque obsolète séculaire
Mieux vaut régler leur problème sur Terre
Car il est vain d’espérer une aide extra-stellaire 

Texte n°10 – Le peuple des fourmils 

Insectes géants,
À l’aura incandescent.
Ils peuplent Pluton,
Pour mieux quitter leur maison.

Leur travail acharné,
Dure des années.

Ces fourmis de taille humaine,
Traitent les chômeurs de façon inhumaine.

Enfermé dans des camps,
Ils ne peuvent plus flâner
Dans les champs.
Ils sont lobotomiser,
Pour mieux répondre au travail donné,
Et ainsi obéir à leur reine,
Qui les traitent comme des chiennes. 

Texte n°11 – Illusoire 

Elle ferme les yeux et s’imagine
Sous ce voile noir, elle s’interroge
Sommes-nous seuls dans l’Univers ?
Cela lui semble illusoire
Elle ne peut appartenir à l’Unique
Miracle infini
Étincelle éphémère
Cadeau du ciel empli d’étoiles

Paupières closes, elle fantasme
Y a-t-il autre chose à découvrir
À parcourir
À embrasser
À romancer
?
Osera-t-elle s’y lancer ?

Elle ouvre les yeux et sourit
Cœur et corps lui crient oui
Elle ne sait pas
[Mais]
Elle s’y attellera
Elle cherchera
Elle trouvera
Elle offrira
Une chance à Autrui
Un sens à la Vie
À ses questions aux mille présents
À ses déboires d’antan
À ses espoirs d’enfant. 

Texte n°12 – La fourmi de pluton ‎

Il y a des jours où le silence est la seule chose
‎Qui parle vraiment…
‎Et quand il parle,
‎Il me semble plus vivant
‎Que tout autre compagnon de vie.


‎À moi,
‎le silence n’a jamais été un étranger.
‎En réalité,
‎Il fait de moi son confident.


‎Il m’a confié d’ailleurs sa solitude,
‎L’a partagé avec moi :

‎‹‹ les gens me fuient
‎Puisqu’ils ne m’entendent pas.
‎Ne me comprennent pas
‎Ne me voient pas
‎Toi, m’entends- tu ?
‎Me comprends-tu ? ››
‎Me vois-tu ? ››


‎‹‹ Comment ne pas t’entendre ?
‎ Ô Silence !!
‎ Alors que tu cris ton désespoir à mes oreilles ?

‎Comment ne pas te comprendre ?
‎ Ô Silence !!
‎ Alors que nous sommes tous deux si semblables,
‎ Déchirés par l’indifférence des autres ?

‎ Comment ne pas te voir ?
‎ Ô Silence !!
‎ Alors que tu saignes de tristesse au devant de moi ? ››

‎Lui ai-je répondu…


‎Il y a des jours où le silence est la seule chose
‎Qui parle vraiment…' »
‎Des jours comme aujourd’hui…


‎Vous qui accusez le silence
‎Vous là,
‎Ne voyez-vous pas que c’est vous,
‎Qui faites son malheur ?


‎À ne pas l’écouter
‎Et à ne pas l’user à bon escient ?
‎Vous qui l’accusez de votre solitude
‎Ne savez vous pas
‎Qu’il est justement là pour vous?
‎Pour que vous ne vous sentiez pas seul ?


‎Bon sang,
‎Je suis prostrée…
‎Prostrée de voir
‎Que le plus grand compagnon de vie
‎Le plus grand
‎Qui puisse exister soit réduit,
‎À de telles bassesses.


‎De votre part à vous.
‎Vous,
‎Les malheureux insouciants,
‎Inconscients que le silence est la seule chose
‎Qui parle vraiment…


‎‹‹Qui es-tu ?››
‎ M’a t-il encore demandé

‎Je souris

‎‹‹ Moi,
‎ Je suis celle qui comprend ton silence
‎ Celle qui veut de ton calme
‎ Celle qui prend tes maux
‎ Et en fait siens

‎ Moi,
‎ Je suis le petit Prince
‎ Qui apprend de la sagesse du Renard
‎ Naufragée,
‎ Je n’ai nulle part
‎ Où jeter la souffrance qui me noie

‎ Si ce n’est chez toi
‎ Dans ton silence rassurant
‎ Et dans ta sagesse peinte


‎Moi,
‎ J’accepte tes souffrances
‎ Je partage ta solitude
‎ J’essuie tes vents
‎ Je prends tes rejets


‎Tu es Pluton
‎Et je suis la fourmi
‎Je suis la fourmi de Pluton ››

‎Lui ai-je répondu. 

Texte n°13 – Voie lactée 

La tête dans la Lune
Pour être au plus près des étoiles
Pris dans leur toile
Elles m’échappent une à une

Electron libre,
Infime particule
Qui vibre
Au gré des ondes de cet immense crépuscule.

A des années lumières
De penser
Pouvoir explorer tous ces « Miss-Terre »
Que renferme cette Voie lactée

Tout un plan sur la comète
Pour sillonner chaque planète.
Chargé d’électricité,
Je me laisse guider par l’Etoile du Berger.

Le coeur battant,
Je gravite le long de leurs ellipses,
Un court instant,
Je m’éclipse

Pour entonner le chant de Mars
Afin de trouver grâce
Aux yeux de la belle Vénus
Et en finir avec ce statut de minus.

Toujours plus près d’elle
Le mercure s’affole
À m’en brûler les ailes
Je continue dans cette danse folle

Par Jupiter,
Voilà que « Saturne » plus très rond
Je n’arrive plus à y voir très clair,
Trou noir à l’horizon… 

Texte n°14 – Mondes infernaux 

La fourmi étant épuisée,
Par une journée de travail solaire,
Accumulait les déboires,
Écrasée par un système gravitationnel.
Elle était maintenant licenciée,
En pleine crise émotionnelle,
Elle se dirigea le soir,
Solitaire et solidaire
De ses idées noires,
Vers les Enfers.
Bien décidée à y laisser :
Charge mentale et conventions sociales.

Mais alors qu’elle s’attendait à bouillir
Dans sa frêle cuirasse,
Marquée au fer rouge de l’exclusion,
Quelle ne fût pas sa surprise
De trouver un petit monde
De glace et de roche !

Elle l’avait anticipé infini,
Elle le découvrait étriqué,
Tant, que sans prévenir,
La naine fourmi changea
De dimension et de sensations,
Se retrouvant sidérée
Devant un antique char rouillé,
De poussiéreux chevaux endormis,
Et un dieu apathique.
Pluton faisait tourner mécaniquement
Dans ses mains décharnées,
Son inutile casque d’invisibilité.

Car le déclassement d’un Dieu ou d’une Fourmi n’empêche pas les mondes risibles de tourner. 

Texte n°15 – Courageux Promeneurs Nocturnes ! 

J’ai ce jour sur Pluton rencontré la Fourmi,
Fameuse géante endormie,
Sur ce sol étrange étendue et blottie,
Sublime animal affaibli.

« Que fait-on éloignés en ce lieu désolé ?
Courageux promeneurs nocturnes ! »
Osais-je déclarer pour la voir éveillée,
« Paresseux voyageurs diurnes ! »

Elle n’ouvrit pas l’œil mais répondit quand même :
« Cher ami, quel est le problème ?
Pluton ou Neptune cela ne change rien,
Tu seras de retour au matin.

– J’aimerais quelques fois te parler sur Terre,
Splendide planète azurée,
-Allons, Allons, Voyons ! Pourquoi pas Jupiter ?
Massive, sublime, orangée… »

Tandis qu’elle parlait la fourmi se leva,
Enorme, apprêtée, gracieuse,
« Si tu veux toi aussi tu te transformeras.
– En Aigle, en Grand Cerf… Mais en Fourmi jamais ! » 

Texte n°16 – La fourmi et la chenille 

Ce début de journée s’annonce superbe !

Allongée aisément dans les hautes herbes,
Le soleil caché derrière une brindille,
Je rencontre un être quasi imberbe.

Te promènes tu jolie petite fourmi ?

Assommée par ma grosse voix, elle s’enfuit !
Glissant sur un pétale à peine séché,
Je découvre combien elle est étourdie.

Ne te sauve pas, je ne veux pas t’effrayer !

Mais à toute vitesse, elle s’en est allée.
Le champ où je bulle en toute quiétude,
Abrite les insectes les plus médusés.

Tu me chatouilles ! Je ne ris pas d’habitude !

S’agrippant à mes poils avec certitude,
Épousant ma pilosité qui l’habille,
Je la laisse bousculer ma solitude.

En voilà de grands yeux noirs qui pétillent…

De grâce, ne chahute pas mes guenilles !
Balbutie-t-elle à présent fort bien camouflée.
Contrainte, j’ai fui, chassée par la famille.

Exilée ? Qui agit ainsi dans nos contrées ?

Bavarde, cette fourmi aux chaînes brisées,
Boutée hors de sa colonie d’ouvrières,
Confie que leur cheffe Pluton, est sans pitié.

Soit, ici on ne fait pas dans le sectaire !

Lorsque je serai papillon, nous prendrons l’air,
Là-haut, aidés de pétales de jonquilles,
Nous écrirons ce mot si noble : LIBERTÉ !

Il me plaît ton piquant, cordiale chenille ! 

Texte n°17 – Fragments d’étoile 

Sur ce sol étrange étendue et blottie,
Dans le froid de Pluton,
Je marche, petite, mais vivante,
Perdue au bord d’un monde oublié.
Je porte sur mon dos des fragments d’étoiles
Comme d’autres portent des souvenirs.
Je ne connais ni le printemps ni la moisson,
Seulement la longue nuit,
Un chagrin ancien.
Le froid est en moi, pourtant je respire,
Et dans mes pas,
Je trace l’espoir des petites choses.
Je suis seule, mais je ne suis pas vide.
Car même ici, loin des soleils,
Mon cœur bat avec la mémoire de la Terre,
Avec la chaleur d’un été que je n’ai jamais connu
Mais que j’imagine comme une caresse.
Je suis une fourmi, une femme petite,
Et pourtant je résiste.
Je bâtis sans sable, j’avance sans chemin,
Je crois en quelque chose
Que même le froid ne peut arrêter.
Et parfois, dans le noir,
Je lève les yeux vers un soleil lointain,
Et je me dis, doucement :
Même perdue aux confins du monde,
Je suis en vie… et cela suffit. 

Texte n°18 – Un optimisme à toute épreuve 

La fourmi de Pluton se promenait les antennes à l’air
reniflant chaque parcelle de l’univers
cherchant le sens de sa vie en regardant tourner
les ailes d’un moulin à vent et d’un autre à café
sur une planète naine qui orbitait
autour d’un tardigrade azimuté.
J’aurais voulu être petit rat
se disait-elle en regrettant
de ne pas avoir de tutu en organza
moi qui rêvais de l’opéra
drôle de karma à sens unique
je passe ma vie dans une impasse
à vendre des fraises Tagada
à des limaces qui n’en veulent pas
c’est un destin amphigourique
j’aurai ma revanche un jour prochain
le hanneton de Saturne me l’a promis
extralucide il est devin
un jour ou l’autre la chance revient. 

Texte n°19 – Le pont des ombres 

Sous le vernis du monde, au-delà des racines,
Où le soleil se perd en ses lumières divines,
Pluton règne en silence, en son antre glacé,
Dans l’obscur absolu d’un empire démantelé.

Mais là, dans la morsure d’une âpre conquête,
Une ombre se déplace, à la marche inquiète.
C’est elle, la fourmi, messagère d’oubli,
Qui remonte le temps, des profondeurs du lit.

Ses antennes frémissent, captant sur la surface,
L’écho de la lumière et le bruit qui s’efface.
Elle monte en silence, par les murs de la terre,
Tissant avec labeur son fil à travers le mystère.

Elle guette les miettes, les restes des vivants,
Un festin dérobé, balayé par les vents.
Portant l’or du chaos dans ses mandibules froides,
Elle lie nos clartés aux souterrains de poix.

Et quand elle redescend, vers le trône abyssal,
Elle emporte un secret, un souffle, un grain de mal,
Le lien est rétabli, dans le froid, dans le sombre,
La fourmi de Pluton, le pont entre le jour et l’ombre. 

Texte n°20 – Rencontre sous parallaxe 

Entomologiste spationaute
Avec mes jumelles je te suis
fixement

Minuscule,

de loin

Je t’imagine accompagné·e.

Sur ton axe, je vois bien que tu penches
Ou est-ce moi qui suis de travers ?

Univers parallèles,
croisons nos trajectoires

À la loupe, déjà,
je m’incline.

Texte de Calibrage par La Rathure – Fourmillaire 

Si elle avait eu une planète,
Au bout de chacune des ses pattes,
Elle n’en aurait pas eu assez,
Pour faire tout un système solaire,

Alors elle joue à la navette,
Pour qu’aucune n’éclate,
Pour ne laisser s’effacer,
Aucune planète en l’air,

Et si avec ses antennes,
Elle avait capté les satellites,
Qui bourdonnent autour d’elle,

Elle serait partie en orbite,
Tourner comme une antienne,
Sans attendre son miel,

Pluton sur le dos,
Pour ne pas laisser de côté,

Celle qui l’a été,
Quelques années plus tôt,

Loin de la fourmilière,

Des insectes stellaires.


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Et merci à BB2, Idéesdodues, ValD, Thomas, et un Nicole de soutenir le projet La Rathure sur Tipeee !

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