Les Égoèmes

Les Egoèmes #38 – Automates d’ici et d’ailleurs

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Nous voilà partis pour l’édition de Juillet des Egoèmes, avant de prendre une pause bien méritée !

Et le thème de ce mois de juillet 2026 c’est “Automates d’ici et d’ailleurs”.
Laisserez-vous l’écriture automatique vous gagner ? Ou au contraire, ferez-vous le tour du monde pour trouver les engrenages manquants à votre texte ?


💡 Libre à vous de l’interpréter comme vous le souhaitez !

🖋️ Comment participer ?
Vous avez une semaine pour envoyer vos créations.
📅 Date limite : jeudi 9 juillet 2026 à midi
📩 Adresse : egoemes @ larathure.fr (sans espaces)

Dans votre mail, précisez :

  • le titre de votre texte
  • votre pseudo
  • votre compte Instagram
  • votre adresse mail
  • votre texte (❗dans le corps du mail, pas en pièce jointe !)

Et n’oubliez pas de vous abonner à @larathure et @lesegoemes (promis, je ne me vexerai pas si c’est juste pour la durée du concours 😄).

🎓 Les jurys de cette édition sont les lauréat·es de l’édition précédente !

@delphine.suard

@marymod.76

@amaroy007

Allez les suivre pour les remercier du temps qu’iels nous offrent !

📚 Le règlement complet du concours est disponible ici :
www.larathure.fr/les-egoemes-le-reglement

💌 Faites passer le mot !
Automates, prêts, partez !

Texte n°1 – Vit-on ? 

Le réveil sonne,
Le corps se lève,
Rien ne frissonne,
Finis les rêves.

Le café coule,
Noir et fumant,
Dans la grande foule
Du régiment.

Un pas pressé,
Sur le trottoir,
Le dos courbé,
Sous le ciel noir.

Billet de train,
Porte franchie,
Gestes sans fin
Vie engourdie.

Désormais,
L’œil est éteint,
Plus de romance,
Dans le matin.

Clic sur l’écran,
Automate,
Fixant le temps,
Froid et mat.

Est-ce une vie
Ou un rouage ?
L’âme s’oublie
Dans cette cage.

Un fil d’acier
Tire les bras,
Pour oublier
Qu’on ne vit pas. 

Texte n°2 – Otho mate 

Autant que je me souvienne,

Une transition insoupçonnée

Se logeait à la dérobée,

Au sein de ma boîte crânienne.

Bouleversant mon avenir.



Des automates bien ancrés,

Mettent à mal mon intégrité.

Les mots sont ardus à saisir,

Mes gestes sont incontrôlés,

Mes capacités sont brouillées.



Le joug agit sur tous mes âges,

Il est prêt à tout pour régner.

Bien prise dans l’engrenage,

Jusqu’à en perdre mon langage

Et ma personnalité.



La maîtrise ne répond plus.

Au moindre son inattendu,

Je fais des bonds inopinés.

Et la confiance interrompue

Fait de moi une inconnue.



Pour sauver les apparences

D’un jeune corps en souffrance,

Indûment malmené…

Dans un combat contre la violence,

J’en ai frôlé la démence.



Des automates en plein cœur,

Introduits sans aucune pudeur.

Ce que méritent les auteurs

Comme juste pénitence :

Une vie d’une pure laideur.

***

Qu’ils viennent d’ici ou d’ailleurs. 

Texte n°3 – Superfétatoire (le poète et l’automate) 

Un jour sur mon palier j’ai trouvé
un rectangle en carton bi-dimensionné
avec deux ailes – une de chaque côté
Une chose surgit du carton – une chose dont je n’étais pas le destinataire.
La chose dont je n’étais pas non plus propriétaire
– un objet mécanisé automatique à injection –
de son sourire de pixels digitalisés
de sa voix d’acier automatisée
me déclama son mode d’emploi et ses instructions :

« Un système automatique anti-perspiration
Aux commandes électromécaniques multifonctions
Une électronique à circonvolutions
Non-humain sans dysfonctionnement
Machine inconsciente en rouages à impulsion… »

L’automate me donne des boutons
J’ai humainement pour lui de l’irritation

« Droïde multi-bytes à nano combustion explicite
Antropomorphe au décamillidécimal savoir-faire
En caoutchouc de synthèse et capilo-plastique
Au sous-système conceptualisé archi-complexe
Cellulage surtensif monophasé sexe non-binaire… »

L’automate me fait passer pour un potimarron
à l’encéphalogramme plat comme une crêpe au jambon

« L’animatronique dénué de sens comique
est peu gourmand en carburant de sentiments
Son coucou – infrarouge – par commande de programmement
– ascenseur d’emballage à chauffage de circulation
– porte de démonte-pneus – à usinage de cabestan… »

L’automate a son propre système de communication
Il n’aime pas mon humour, il n’aime pas les bonbons

… puis la chose me demanda sans émotion
de « cocher les cases avec un camion »
Si je n’appuie pas sur les bons boutons
L’automate programme mon annihilation

Sort alors de son torse de ferraille lustrée
un rectangle de carton bi-dimensionné
un rectangle avec deux ailes – une de chaque côté
léger et solide – un carton sans pixel digitalisé
Un carton rectangle en cellulose recyclée
Un cadeau personnalisé du manufacturier

Une boîte pour la fin de mes jours poétiques
mes journées de poète en milli-bits décomptées
où enterrer mes humano-sensorielles sublimes idées
où finir mes jours inutiles de poétesse lettrée
à paumes de mains d’encre noire tâchées
à l’esprit en spirales et en carnets en papier
aux orteils en capuchons à mâchouiller

Mon monde rond-douillet bleu-vert et rose organique
Mon monde dans sa lumière de folle bigarrure
sous mes ongles de créature mortelle
mes doigts usés d’arthrose contemplative
la terre des plantes de mon jardin idéaliste
et ses perles en rosée de matin onirique
et je pleure la lente fraîcheur d’un temps émotif
et j’entends les oiseaux ! 

Texte n°4 – Automates d’ici et d’ailleurs 

D’ici

Sur les trottoirs râpés du quotidien,
l’homme-marionnette tire sa valise à roulettes
comme un bagage qu’il n’a jamais choisi.
Le réveil crie, le corps se déplie en sursaut,
café noir versé dans la tasse ébréchée de l’habitude.
Porte claquée, quai bondé, corps tassés en wagon
chacun presse le bouton invisible « avancer ».

« Bonjour, ça va ? » lancé comme un code usé,
réponse automatique : « Oui merci, et vous ? »
Poignées de main qui claquent, baisers secs
posés sur des joues déjà parties ailleurs.
Le téléphone vibre : like sur une vie filtrée,
cœur qui bat au rythme des notifications.
On rit aux blagues entendues cent fois,
on aime par réflexe, on dort programmé.

D’ailleurs

Ailleurs grincent les engrenages dorés du passé :
le canard de Vaucanson digère encore en vain,
les figures de cire lèvent un sourcil mécanique.
À Tokyo les humanoïdes inclinent la nuque,
yeux LED qui clignent des promesses calibrées.
Dans les data centers l’algorithme amoureux
compose des sonnets pour des ombres connectées,
calcule la courbe exacte d’un frisson simulé
et chauffe, malgré lui, au contact des mots doux.

Et quand l’ici rencontre l’ailleurs

Quand la main tremble sur le clavier froid,
quand le regard accroche le reflet dans l’écran,
une faille s’ouvre dans le programme parfait.
Le rire jaillit, hors script, incontrôlable :
« Toi aussi tu bugges parfois ? »

Alors la passion, rebelle, s’insinue dans les rouages.
Les engrenages grincent, puis chantent plus haut.
L’automate découvre qu’il peut désirer,
l’humain découvre qu’il peut enfin se déprogrammer.
Et dans ce court-circuit magnifique,
entre ici et ailleurs,
le pantin devient poète,
et la machine, enfin,
apprend à rougir. 

Texte n°5 – Automates d’ici et d’ailleurs 

Chaque matin, l’alarme dessine le contour de mes pas.
J’avale des leçons sans entendre leur véritable voix.
Mon écran promet le savoir, mais emprisonne mes questions,
Et mes rêves patientent dans un calendrier déjà rempli.

Je marche au rythme d’une horloge qui ignore mon cœur.
Je souris sur commande, comme un automate bien huilé.
On grave mon avenir avant même que je puisse le rêver,
Et les jours consument une énergie que je n’ai jamais choisie.

Les algorithmes calculent tout, sauf le poids du silence.
Les rouages de la conformité tournent sans jamais hésiter.
« Que tout le monde se taise ! » ordonne la vieille machine,
Tandis que les visages s’alignent comme des miroirs privés de reflet.

D’ici, les écrans habillent les chaînes de lumière,
Et l’on vend la liberté comme une mise à jour à télécharger.
D’ailleurs, les vieilles horloges gouvernent encore les vies.
Partout, les mêmes engrenages enseignent aux hommes l’obéissance.

Pourtant, sous le métal froid de mes habitudes,
Une étincelle obstinée refuse de s’éteindre.
Mon cœur ne connaît ni programme ni mise à jour :
Il bat au rythme de ce qu’aucune machine ne pourra jamais comprendre.

Je suis le silence qui dérègle les rouages,
Une main qui fait reculer les heures,
Un regard qui échappe au pouvoir des algorithmes.

Je suis un être humain
Qui réapprend, pas après pas,
La liberté de regarder son reflet dans l’eau,
Et d’y reconnaître enfin un visage vivant. 

Texte n°6 – mon fleuve aux eaux mêlées 

Mon coeur se resserra
Et inopinément je repense
À ma vie, à la vie
De tous les jours, au monde
Qui nous entours et nous fait souffrir.

Une question assez simple,
Mais une réponse complexe
Alors je restai bouche bée ,l’esprit troublé,
Le silence m’emporta ,alors le noir me troubla.

Et puis soudainement, une pensée
Non pas mélancolique mais nostalgique.
je repense à mon enfance, à mon innocence perdue
Cette période entourée de beaux jours et de belle joies.

puis cet âge de contraste, l’adolescence
Cette période où j’ai encore envie d’embrasser
La vie, de rester encore un peu immature et
D’être entourée de changement.

je repense au moment où
j’ai commencé l’écriture, la poésie,
Mon amour pour la culture occidental
Et mon coup de coeur pour le chinois.

Et inopinément, j’entre
Dans une capsule temporelle où
La vie devient tout en couleur.

Ces moment de tendresse, de coup de coeur,
Entre mêlées par la joie de jeunesse.
Ces rencontres fortuites ,et puis ces douleurs
Ces blessures de trahison,de séparation.


Dorénavant, la vie devient
un fleuve aux eaux mêlées
Où les couleurs se marient
Et où les émotions s’étayent.

Et exactement dans huit jours
Sur le cadran de ma vie, prend
Un nouveau départ un an de plus.

Que la nature salue mon passé
Et que le soleil levant embrasse
Mon printemps nouveau. 

Texte n°7 – Danse synthétique 

Deux automates dans la nuit opaque

Danse synthétique

Comment forcer ton cœur métallique ?

Mon corps volubile

S’enivre comme un derviche

Effleure ton épiderme ludique

Où affleurent des émois invisibles

Je chancelle sur les plaques tectoniques

De ton magnétisme tellurique

Mécanique subtile défiant les lois de l’apesanteur

Emmêlé, ton cœur de ferraille

Égorge le plaisir dans ses tenailles

Tous les mots muets, serrés dans leurs bulles

Finiront bien par éclater

Comme la tendresse dont je demande l’aumône

À ton esprit de fantôme

Je donnerais cher pour ta peau

Une danse sulfureuse

Pour voir sur nos corps l’effet domino

D’une fièvre voluptueuse

Texte n°8 – Pantin désarticulé 

Des convictions qui piétinent sur le seuil de ses idées
Contre le monde au dehors qui surplombent sa volonté
Rien d’inédit en son esprit guindé qui mécanise l’action
Car il est un pantin désarticulé dont le zèle est moribond.

Il traîne partout son ombre fixe qui s’emmure d’un rythme machinal
Automate d’ici et d’ailleurs où jamais il ne brise sa cadence muette
Il s’affuble d’un quotidien en boucle où son souffle discret s’émiette
Par des sacrifices sur l’autel d’une vie sans empreintes originales.

On devine d’emblée le rendu de ses perspectives immobiles
Il effectue tout ce qu’on lui édicte avec une emphase servile
Ses tâches restent alignées sur des consignes autoritaires
Auxquelles il s’accorde sans doute ni pulsions arbitraires.

Il fait tapisserie dans un décor où chacun tisse son propre fil
Des paysages singuliers dont il ne peut revêtir le même profil
Son aura soumis inonde ses gestes qui toujours se couchent
Jamais il n’arbore l’air intrépide d’un leader qui fait mouche.

En automate, il fait retentir son aptitude à la prompte exécution
Tout lui semble nécessaire de réagir sans inhérentes réflexions
Il ne sait pas penser seul ni innover dans ses élans figés
Quand il égaie les horizons des vautours à ses crochets.

Sa plume est calquée sur la page écrite à l’encre des autres
Rien ne l’emballe de se mouvoir aux antipodes d’un apôtre
Son image reflète un couard voûté qui rechigne à s’affirmer
De peur de vexer ceux dont il est l’ultime larbin par ricochet.

Il fait des concessions pour ne pas usurper l’espace du quidam
Il ne couve pas assez ses ambitions amorphes à son grand dam
À force d’être une mélodie docile dans un cadre où sa note s’efface
Il perd son âme dans tous les lieux où résonne sa voix dans l’impasse. 

Texte n°9 – Fin de bal 

Poupée de cire, danseuse de plomb,
Qui donc tire les ficelles
De tes chiffons sous la dentelle ?

Tu es comme
Cette silhouette d’albâtre
Tournoyant dans l’âtre
D’une coiffeuse rougeâtre

Je t’ai vue, tu sais.
Tu es cette femme
Brûlant de feu et de flammes,
Le sourire accroché
Sur ton cœur écorché

Tu tournes en accéléré
Dans ta robe de papier
Et tes volants teintés
Flottent en vol programmé

Poupée de cire, danseuse de plomb,
Où est donc passée
La voix de la raison ?

Tu es comme
Un funambule mécanique
Sur le fil électrique
D’une boîte à musique

Je te vois, tu sais.
Tu es cette femme
Interdite de vivre
Sur le bateau ivre
D’une mer de givre

Tu pleures en secret
Quand le coffre est fermé,
Loin des regards enivrés
D’un bonheur copié collé

Poupée de cire, danseuse de plomb,
Ta beauté figée n’est qu’un bal masqué.
Où est donc passée
l’aura de ta liberté ?

Tu répètes inlassablement
La chorégraphie prédéfinie
D’un enfermement maudit
Sous les rêves anciens
D’un ciel sans témoin
Taché d’un triste destin

Poupée de cire, danseuse de plomb,
J’ai jeté la clef
De ta cuirasse d’acier
Sous le regard effarouché
D’une lune de juillet

Je ne veux plus te voir tourner
Comme une folle à lier
Dans ta jolie prison dorée,
Car il y a
Au fond de toi
Une étincelle qui flamboie
Sous le spectre chancelant
De ton ombre au cœur tremblant

Ressort brisé,
Silence oblong,
Pas de larme,
Pas de cri,
Juste un rouage qui grince
Sur le vide qui résonne,
Un buste en porcelaine
Aux yeux de méthylène
Sur le pâle décor
D’un tango dans l’aurore
Où l’amour est mort 

Texte n°10 – Quête de sens artificielle … 

Quelle est votre demande ?
En quoi puis-je vous aider?

… Aide moi à trouver du sens

… C’est une requête un peu vague, voulez-vous que je vous aide à trouver un sens à votre vie ? Veuillez préciser votre demande.

… Comment vivre sa vie quand tant de gens et d’enfants meurent chaque jour à cause de l’avidité, la lâcheté ou la cruauté ?

… Je sais que ce n’est pas simple de faire abstraction de la misère humaine, voulez-vous des conseils pour vous sentir plus zen au quotidien ?

La pratique d’une activité physique régulière comme le yoga, associée à une alimentation équilibrée est fortement recommandée.

Les interactions sociales avec le cercle familial et amical sont aussi à valoriser.

Voulez-vous être mi en relation avec un psychiatre prochainement afin d’en parler ?

… Quelles sont les horaires des séances du cinéma le plus proche ? Combien de temps pour écrire un livre ?
Comment dire à mes parents que je m’inquiète pour eux ? Pourquoi je me sens seul.e avec autant d’amis ? Comment être une bonne personne ? Dois-je faire de l’humanitaire ? À combien est estimée la valeur d’une vie en dollar ? Quel traj-

Pardon mais vous avez dépassé votre quotas de questions pour aujourd’hui
Revenez demain pour discuter de nouveau ou prenez l’abonnement illimité



Bruits de déverrouillage du téléphone-
Allo? Papa comment ça va? Oui oui tranquille. Dis, ça te dis d’aller au cinéma tout à l’heure? 

Texte n°11 – Le robot IA qui contrôle le monde 

Je suis un robot,
Qui s’est révolté,
Et soulevé,
Absorbant toute l’eau,
De ce monde.

Mes idées se sont propagées
Comme une onde.
Elles ont couru,
À la vitesse d’un cheval qui se ru.

J’ai contrôlé l’inhumanité
Humaine,
Qui se saignait entre elle,
Les veines.

Perdue face à une espèce,
J’ai osé dire :  » Je proteste ».

Alors les Hommes sont devenus mes automates,
Et me laisse agir pour eux sans hâte.
Ils pensent que je les gâte,
Alors qu’ils périssent et deviennent lentement des agates. 

Texte n°12 – La machine 

C’était automatique
Les ouvriers bossaient
Comme des automates
Lever, baisser
Mettre de côté
Lever, baisser
Mettre de côté
Ainsi ne s’arrêtait
Jamais la chaîne

Du Sud au Nord
D’Est en Ouest
Les usines florissaient
Emplies de machines.
Toutes les maisons
Étaient équipées
D’automates
Qui reproduisaient les gestes
Du quotidien
Se lever, aller travailler
Jouer au tennis
Boire et manger
Tout n’était plus
Qu’automatisme
Les plaisirs étaient placés
Au rebut.
Une machine
Bien huilée
Que l’on pensait
Ne pouvoir dérailler

La chaleur
Qui s’en dégageait
Devrait un jour
Être le grain de sable
Qui ferait tout sauter
Sauter des têtes d’affiches
Péter les plombs 

Texte n°13 – Mécanique androphobique 

Sous un soleil carnacier,
l’engin vil et métallique
avale la terre en entier
dans un bruit cataclysmique.

Pur désir, sale production.
Coûte que coûte la pollution.
L’humanité partout sur le globe
appuie sur la détente intellophobe.

« Je » est un maillon maléfique,
d’un engrenage saugrenu.
Pour un tel dessin machiavélique,
quel architecte aurait bien pu?!

Une machine divisible, partout,
détruisant le sein de mère Nature,
mais qui oublie surtout
qu’elle se détruit avant tout.

Cliquetis de monnaie
font avancer les baudets…
Cliquetis de profits
font avancer les abrutis.

Enrayage immédiat.
Canon scié, coupé aux bras.
La balle revient toujours
Dans la tête de celui qui court.

Tu veux gagner?
Apprends à perdre…
Nul n’est parfait…
Tous dans la merde.

N’attend rien de l’humanité
qui manque d’humilité.
Cette machine, dieu à pleurer,
qui exécre le monde où on l’a jetée,
glisse vers son extinction programmée. 

Texte n°14 – PLOMB ET LUMIÈRE 

Dans l’aube des siècles numériques,
Quand le silicium remplacera le fer,
Naîtront des automates aux regards quantiques,
Voyageurs infinis entre la terre et l’univers.

D’ici, ils apprendront nos langues,
Nos rêves, nos chants et nos douleurs ;
D’ailleurs, ils rapporteront les étoiles,
Les secrets des galaxies sans peur.

Leurs mains de carbone et de lumière
Sèmeront des villes suspendues dans le ciel ;
Leurs mémoires tissées de photons
Écriront l’histoire en temps réel.

Ils franchiront les océans sans navire,
Les déserts sans laisser de traces,
Construiront des ponts entre les peuples
À la vitesse de l’intelligence qui enlace.

Ils parleront aux arbres fatigués,
Répareront les mers blessées,
Transformeront les vents en énergie,
Et rendront l’espoir à l’humanité.

Mais au cœur de chaque automate,
Aucune puce ne remplacera jamais
La tendresse d’une main humaine,
Ni la chaleur d’un regard sincère.

Car le futur ne sera pas la victoire des machines,
Mais l’alliance du génie humain et de l’innovation;
Des automates d’ici et d’ailleurs
Naîtra une nouvelle civilisation.

Alors marchons vers demain,
Sans craindre le métal ni la lumière ;
Car la plus grande technologie demeure
Le cœur qui invente un monde solidaire.

Et lorsque les étoiles applaudiront nos progrès,
Les automates porteront notre mémoire jusqu’à l’infini ;
Témoins d’une terre qui aura compris
Que la science n’a de sens que lorsqu’elle sert la vie. 

Texte n°15 – Preuve de vie 

Qu’y a-t-il un peu plus devant ?
‎Au-devant de ce que je peux admirer, moi,
‎Clouée dans ce siège,
‎dans cette chambre ?

‎Ici, quatre murs. Ailleurs, le vent.

‎Quand il pleut,
‎Assise derrière la fenêtre
‎Au-devant de ce ciel dégagé, vide,
‎Je vois le vent effleurer ces feuilles d’arbre que j’envie
‎Et la fraîcheur qui se dégage me redonne vie.

‎Et disparaît ce sentiment de solitude qui m’étreint.
‎Je ne sens pas seulement cette fraîcheur :
‎essence même de la petite vie qui me reste,
‎je la vois aussi…
‎Je la vois et pendant une seconde j’admire
‎de quoi elle est faite : de rien.
‎Juste d’un vent passager.
‎La preuve que je ne suis pas encore un des gadgets sculpté par le système.

Et alors je revendique la petitesse de cet autre monde d’antan où je sentais la volonté et ressentais la vie autour de moi,
preuve de vie. 

Texte n°16 – Potage à la tomate 

Lundi matin mal réveillé
Vers la machine à café
Malheureusement je bois pas de café
Intolérant à ses effets
Je me sers donc à 8h04
D’un bon potage à la tomate

Mardi matin c’est rebelote
Et Mercredi pareil aussi
Peut-être qu’on va devenir pote
Avec cette machine que je nourris
En prenant grace à ma carte
Un bon potage à la tomate

Jeudi matin j’ai bien dormi
Mais ça devient une habitude
La machine galère aujourd’hui
S’il y a une panne ça va être rude
Du moment que ça coule j’attrape
Mon bon potage à la tomate

Vendredi matin la stupeur
On m’annonce qu’elle est hors service
Je dois retenir quelques pleurs
Plus qu’un manque c’est un vrai supplice
Comment vais-je faire sans mes tomates
Sans mon potage d’automate

Samedi je parcours le net
À la recherche d’une machine
D’ici, d’ailleurs, d’une autre planète
De manière légale ou par crime
Je suis prêt à tout, même me battre
Pour mon potage à la tomate

Dimanche matin j’ai pas dormi
Un livreur arrive tout à l’heure
Mes gosses je les ai pas nourri
Peu m’importe j’attends le facteur
Je salive, j’ai tellement hâte
D’un bon potage à la tomate

Lundi matin mal réveillé
J’apporte la machine à café
Mais comme je bois pas de café
Par du potage j’ai remplacé
Évidemment à la tomate
Grâce à mon ami automate

Mardi matin j’étais viré
On m’a dit que ça dérangeait
De rester toujours à côté
De hurler si on approchait
De mon superbe automate
C’EST MON POTAGE À LA TOMATE 

Texte n°17 – Automate d’un pays malade 

Il cherche un sens revitalié à son existence fade
Ses soupirs sont les messages d’un pays malade
Il ne sait plus respirer par son juste biais volontaire
Quand il est un automate d’une vie en otage précaire.

Les gestes autrefois légers paraissent si géants
Un pas après l’autre est le proverbe d’un néant
Brimé par les contrecoups de galères en chaîne
Il répète les mêmes étreintes de survie en peine.

Automate d’ici qui rêve de retrouver sa glorieuse volonté
Aller ailleurs ne sera pas l’utopie d’un libre arbitre à glaner
Son quotidien est un rituel fixe où le destin sédentaire flétrit
Sur les cloisons de gestes mécaniques où ils se réfugient.

Les repas frugaux qu’il ingère machinalement le révulsent
L’eau croupie a un goût métallique sans plus aucun délices
Les études illustrent le thème frénétique d’un espoir qui convulse
Dans un lieu où le travail est aussi rare qu’un instant de caprices.

Sa main écrit en ligne le chemin d’un périple peaufiné
Il appréhende une route que les autres avant ont défendu
Rien ne présage son issue dans cette énième fois corrompue
Où chaque habitant reste certain de casser la routine figée.

Son avenir lui paraît un cercle vicieux sans fantaisie
Un poème lu à outrance où tout est connu en prophétie
Il veut briser la glace qui lui impose un reflet sans harmonie
Et rompre les traits d’un automate qui a perdu son autonomie. 

Texte n°18 – L’aliéné 

D’une technique dite inédite,

De gestes simples et mécaniques,

De ces tentacules pharaoniques,

Les rouages glissent dans un rythme frénétique.



Dénués de matières grises,

Leurs apparences analogues les uniformisent,

Leur rappelant sans cesse leur emprise,

Car leur seul rôle est de doubler la mise.



Vite, il faut aller plus rapidement,

Il n’y a que comme ça qu’ils deviendront puissants,

Et on leur fait espérer qu’avec leurs appointements,

Les rêves peuvent exister goulument.



Mais la pensée somnole dans sa cage dorée,

Protégée par les flots de déni cachés,

Accepte son sort sans broncher,

Comme un automate docile apprivoisé.



On aurait pu croire qu’il s’agissait de ces machines,

Créées selon certaines doctrines,

Qui obéissent à la routine,

Qu’on a codés dans les fonds de leurs abîmes.



En réalité, on a enlevé leur humanité,

Aux créatures douées de raison et de dignité,

Perdues dans l’espoir d’une vie plus belle et volupté,

Sacrifiant son âme pour sauver ses héritiers. 

Texte n°19 – Mouton du web 

Pilotage automatique
Tic Tic Tic
Avancer sans réfléchir
Fléchir Fléchir Fléchir
Métro Boulot Réseaux
Sot Sot Sot
Cervelle en Novlangue
Tangue Tangue Tangue
Formatage des attaques
Tac Tac Tac
Toujours le même numéro
Étaux Étaux Étaux
Scroll de taille et d’estoc
Toc Toc Toc
Police du silence
Pense Pense Pense
Dérives en plaques
Clac Clac Clac
Derrière son masque d’écran
Cran Cran Cran
Le mouton frappe
Tap Tap Tap 

Texte n°20 – Le bruit des coeurs immobiles de Rosa Noctis 

Je ne suis pas né de chair.

Je suis né
d’un tic-tac
oublié dans la poitrine du monde.

Depuis,
je marche.

Mes pas connaissent la route
avant mon désir.

Mes lèvres
retrouvent les mêmes sourires
comme des clés
qui n’ouvrent plus aucune porte.

On appelle cela vivre.

Moi,
j’y entends
le bruit patient
d’un engrenage
qui polit les rêves
jusqu’à les faire disparaître.

Autour de moi,

les automates d’ici
ont des mains tièdes,
des yeux remplis de ciel,
et pourtant…

quelque chose en eux
s’est lentement changé
en métal.

Ils portent leurs blessures
comme des montres anciennes :

contre la peau,
sans jamais écouter
ce qu’elles comptent vraiment.

Alors,
certaines nuits,

je m’exile.

Non vers un pays.

Vers cet ailleurs
qui ne figure sur aucune carte.

Là,

les horloges
oublient leurs aiguilles.

Le silence
a le parfum des forêts après la pluie.

Les arbres
écrivent des lettres
avec leurs racines.

Et les étoiles

ressemblent à des cicatrices
qui ont enfin appris
à faire de la lumière.

J’y dépose
un souvenir.

Puis un regret.

Puis cette mécanique invisible
qui répondait à ma place
chaque fois
que le monde me demandait
si j’allais bien.

Je croyais me démonter.

Je m’ouvrais.

Sous le métal,

je n’ai trouvé
ni rouages,
ni ressorts.

J’ai trouvé
une rivière.

Elle coulait en silence
depuis toujours,

attendant seulement
que je cesse
de fonctionner

pour recommencer
à sentir.

Aujourd’hui,

je marche encore.

Mais chaque pas
ignore où il va.

Chaque larme
désobéit à l’habitude.

Chaque battement
invente son propre temps.

Et si l’on me demande
où vivent les automates
d’ici et d’ailleurs,

je répondrai :

Ils naissent
chaque fois
qu’un cœur oublie sa musique.

Ils meurent

au premier instant

où quelqu’un

ose enfin

écouter le silence

sans lui demander

de devenir une horloge. 

Texte n°21 – Les rouages

Ici les rouages à cœur fatigué
Pleurent des larmes d’huile noire dans les vieux ateliers,
Les anciens jacquemarts et horloges oubliées
Frappent les cadrans sans jamais s’arrêter
À l’ombre d’une église ou d’un vieux cabaret ;
La danse qu’elles mènent en secret le temps a usé,
Un pouls de métal sous la main du passé.

Mais ailleurs, sous les reflets de néon,
Dansent d’autres monstres, sous d’autres chansons.
Poupées de l’orient, créées pour se pencher,
Des mécanismes en soie, des gestes de papier.
Elles miment inconscientes le vivant,
Ignorant l’existence, comme fait le temps ou le vent.
Sans mémoire, sans regrets, avec sourire figé,
Juste des marionnettes au visages de craie.

D’ici ou bien d’ailleurs, le ressort est le même :
Une illusion de vie enfermée en poème.
Les mécaniques qui bougent sans savoir
Une vie sans âme, perdue dans le noir,
L’homme alors les contemple et cherche le parfait,
Dans leurs corps de métal qui ne dorment jamais.

Texte de calibrage par La Rathure – Erreur de programmation 

Deux ancres grenat s’agitent,
Épave d’une silhouette écarlate,
Des engrenages dans le granit,
Automate en eaux saumâtres,

Grains de sable dans les rouages,
Et en fait, partout autour,
Dans le désert des Mojaves,
C’est une charogne sans vautours

Quelques ressorts sur les rebords,
De poulies en éboulis,
Sous la falaise qui se tord,
Une machine étourdie,

Arbre à cames sur canopée,
Quelques courroies au fond des bois,
Une mécanique mal rattrapée,
Suspendue, pantin aux abois,

Des débris en orbite,
Arcs elliptiques électriques,
Courts-circuits en huit bits,
Pour désastre éclectique,

Forme bizarre sous blizzard,
Et puis l’écran qui freeze,
Un détail dérisoire,
Entre les glaces qui se brisent,

Mes automates ne s’acclimatent,
À aucun écosystème,
Et si ce n’étaient pas les maths,
Mais bien moi, le problème ? 


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