D’édition en édition, les pièces de cette saison s’assemblent mais il reste encore des inconnues d’ici la fin…
Et le thème de ce mois d’octobre 2026 c’est “X, ultime inconnue”.
Plongerez-vous dans l’inconnu d’un texte né sous X ? Viendrez-vous lui donner une identité ?

💡 Libre à vous de l’interpréter comme vous le souhaitez !
🖋️ Comment participer ?
Vous avez une semaine pour envoyer vos créations.
📅 Date limite : jeudi 8 octobre 2026 à midi
📩 Adresse : egoemes @ larathure.fr (sans espaces)
Dans votre mail, précisez :
- le titre de votre texte
- votre pseudo
- votre compte Instagram
- votre texte (❗dans le corps du mail, pas en pièce jointe !)
Et n’oubliez pas de vous abonner à @larathure et @lesegoemes (promis, je ne me vexerai pas si c’est juste pour la durée du concours 😄).
🎓 Les jurys de cette édition sont les lauréat·es de l’édition précédente !
@suz_mek pour son texte “ Pièce manquante”
@charlieeelia pour son texte “Voyageur errant”
@isidor.ce pour son texte “Rassembler les pièces”
Allez les suivre pour les remercier du temps qu’iels nous offrent !
📚 Le règlement complet du concours est disponible ici :
www.larathure.fr/les-egoemes-le-reglement
💌 Faites passer le mot !
Mais en une lettre anonyme !
Texte n°1 – Jeune Inconnue
Voici une histoire aux apparences complexes
Elle mélange imaginaire et réel
Elle peut paraitre irrationnelle
Laissant à vos dépends, perplexe
Une jeune inconnue
A la recherche de ses racines
Pour découvrir son origine
Prête à tout ; même à aller au-delà des limites connues
A la dérive,
Oscillant entre pente ascendante et descendante
Sur la tangente,
Elle reste pourtant positive
Elle décide de faire en fonction
Passe un appel à Hélène
Ne ménage pas sa peine
Pour trouver une solution
Plus de calcul
Partie de trois fois rien
Qui a plus ou moins,
La virgule près, donne un résultat toujours nul
La série ne fait que se prolonger
Enfin, elle trouve les coordonnées
A son ordre donné
Répond dès lors le prénommé PiErre Carré
Texte n°2 – Celtic Breizh
Dans la Bretagne reculée s’étend un voyage
La découverte de notre paysage.
Le soleil se lève
La forêt s’éveille
La nuit à sommeil,
Commence alors un ballet
Celui de la cueillette des bolets.
Au mois d’octobre la forêt se pare d’un marron profond tantôt clair
Seule la lumière leur donne cette teinte qui émerveille
Par-delà les sons de Dame Nature,
Les oiseaux sur les clôtures
Se délectent des mets de la forêt
En se disant d’être sûrs d’y retourner.
L’eau de la rivière coule et laisse cervidés, suidés, canidés et mustélidés se désaltérer,
D’autres espèces viennent y séjourner afin de se reposer.
Un geai vient de se poser et d’entamer sa mélodie aux doux sons légers.
Prenons l’envol avec lui et découvrons ce qu’il a à nous enseigner,
Au-dessus des cimes s’étend un paysage propice au voyage,
Au loin la mer bleue scintillante profonde aux reflets argentés scintille sous les rayons dorés
Les clochers des villages sont dévoilés
Le Gwen an Dou danse au gré du vent
Et la forêt paraît différente comme si elle attendait depuis longtemps,
Porté par le vent, le geai vient se poser sur le bord de la fenêtre d’une chaumière abimée par la fuite du temps,
Sur celle-ci repose des crêpes toutes justes dorées qui attende d’être mangées
Le feu de bois crépite dans la maisonnée
Le geai reprend sa course effrénée .
Et revient à la forêt.
Mais derrière cette beauté que chacun peut admirer
Se cache un monde que peu ont eu la chance de rencontrer
Celui des légendes et contes de Bretagne qui sera l’objet d’une autre histoire.
Korrigan jouent les troubles fêtes tantôt chantant à tue-tête
La nature n’a rien de plus à offrir quand on sait où regarder.
La Bretagne elle garde ses secrets bien gardés.
Texte n°3 – Je signe X MAJUSCULE
je suis née d’une équation à deux inconnues
expulsée mère sous X
entre deux cuisses
écartée
père juste présent à l’abscisse de ma vie
ma vie déjà dés-ordonnée sur la carte
l’identité soumise à l’errance
langée nue dans un linge d’hôpital
en attente d’un nom
j’entre alors dans une généalogie d’inconnus
je suis légale de qui ?
portée en triomphe par deux soldats à la flamme stérile
je me consume sous l’arc d’une vie à secret
sans clef
dans le vide blanc du drap de naissance
déjà vite lavé des humeurs de la procréation
bâtarde pour toujours
je n’en tire aucune gloire
je suis le résultat d’une équation aux multiples x
à résoudre par des mots
sur les routes tantôt
mendiante
marcheuse
arpenteuse auto-stoppeuse
sirène échouée sur une alèze jetable
je signe d’un X majuscule
Texte n°4 – Adieu
Donnée déconcertante
énigme à résoudre
ultime clandestine
Traînante filante comme une étoile
perdue au firmament
des soldats inconnus,
muette comme une girouette
perchée au sommet du monde
exposée à tous les vents
crucifiée sur l’autel de l’anonymat
je te rends ici un hommage
à la hauteur de ton passage
dans nos équations insolubles
et nos questionnements adéquats
dans nos réflexions dérangeantes
et nos futiles débats.
Tu nous auras tenus éveillés
des nuits entières éventrées
et blanchies à la chaux,
somnambules à jamais
funambules que nous sommes
à t’avoir côtoyée.
Texte n°5 – Sortir des ténèbres
I
Sortie de ta coquille un soir d’été,
Séparée d’un corps refuge,
Eblouie par la lumière,
Ta bouche se tordait, frénétique
Pour retrouver la chair pleine
Au sein d’un univers asséché.
Tu as senti le monde hostile
A la petite amande qui souriait entre tes cuisses.
Tu reniflais l’odeur de la mamelle fuyante.
Comme un rejet, une envie de reflux dans les limbes.
Le père a tourné la tête
La mère a pleuré entre ses mains à cause du chagrin du père.
Tu ne pouvais pas t’appeler Pierre
Alors, tu es restée sans nom pendant plusieurs jours.
Invisible, tu as commencé ta vie.
C’est toi, grand-mère Pierrette
Mon illustre inconnue.
II
Vaillante, tu écrivais.
Tu as mis des mots sur tes silences,
j’ai retrouvé tes feuillets jaunis dans le grenier.
Des pages vite oubliées quand ton ventre s’est arrondi.
Ton mari, Pierrette, attendait l’aube d’un nouveau jour.
Il t’a entendu crier. Il a dit « c’est un passage ouvert pour le petit ».
Il a compris.
On ne pouvait pas t’appeler Laurent.
Alors, tu es restée sans nom pendant plusieurs jours.
Invisible, tu as commencé ta vie.
Le chagrin du père a fait place à sa colère.
« Du temps perdu, neuf mois pour rien ».
Les pleurs étouffés de Pierrette.
C’est toi Laurence, ma mère, mon illustre inconnue.
Tu es tout, le contraire de rien.
III
Tu as dit non à la grossesse.
Tu ne voulais pas prendre de risques.
Le risque de multiplier le féminin muselé, ignoré.
Les griffes familiales ont fait vaciller tes certitudes.
Je me suis frayée un chemin dans ton ventre, Laurence.
J’ai hésité tellement fort avant de sortir.
Ma résistance fut ton déchirement.
Ton accouchement fut un puits de douleur sans fond.
Ma grand-mère a crié « tout ça pour ça » avec une tête de vaincue.
Ton amour a fait fi de ce mauvais présage.
Tu as choisi un prénom mixte.
Aujourd’hui, je dis non genrée.
Je suis ta fille, Camille.
Je connais mon héritage.
Je ne veux pas porter vos valises mortifères mes mères.
Tous nos enfants brilleront, le jour comme la nuit.
Fille ou garçon, la valeur sera la même.
Texte n°6 – Partir
Avant de partir
sur un chemin sans fin
prendre la main
de l’ultime inconnue.
Texte n°7 – Juste une chimère
X, voilà ce que je suis,
Une croix sans un appui.
Même pas un rêve,
Juste une trêve.
Je balance entre la vie et la fin,
Ce regard n’est même plus le mien.
Je suis une voie, parti dans le néant.
Une rime, une femme, juste une enfant.
Rien de bien terrible dans ce monde.
Juste une petite tête blonde.
Tu vois, je ne me plains plus.
Tu écoutes cette danse du refus.
Si un jour ce X disparaît.
Si à un moment je renais.
Qui serais-je dans cet éden ?
Où sera cachée ma peine ?
Je ris, je pleure, j’espère.
Est-ce toi, mon père ?
Cette femme, ma mère ?
Non, vous n’êtes que chimères.
X, voilà ce que j’étais.
Un avant et un après.
X, voilà ce que nous sommes,
Juste une vibration qui sonne.
Texte n°8 – Passage du temps
PLUTÔT GRADATIVEMENT
JE ME SUIS FATIGUÉ[E]
AU DESTIN INUTILE
ET À L’ENNUI
(TOI
ET
MOI
SANS
AMOUR!)
EST-CE QUE
NOUS SOMMES
LE FRUIT FUTURE
ET PLUTÔT PATHÉTIQUE
D’UN TRÈS TRISTE SABLIER?
Texte n°9 – Que tu sois né sous
Que tu sois né sous,
Ou tanière au trésor,
On te cherche partout,
Eternelle cité d’or.
Sur le banc des écoles,
Au commissariat,
Si le hibou vole,
Tu ne le suis pas.
En couture sur la plaie,
De mon triste genou,
Sur mon pull en crochet,
Je te crois, merci, bisou.
Certains te voient par dizaines,
D’autres complètement muet,
Et au fin fond des gênes,
L’Homme, tu marques à jamais.
Texte n°10 – X – L’ULTIME INCONNUE AU BOUT DE L’ÉQUATION
J’ai posé l’existence sur une feuille blanche,
et j’ai nommé X
tout ce que je ne savais pas.
X = ?
Depuis, je cherche.
J’ai additionné mes rêves,
soustrait mes peurs,
multiplié mes silences,
divisé mon cœur
entre ceux qui restent
et ceux que le temps emporte.
Mais l’équation demeure insoluble.
Moi + Temps = ?
Naissance − Mort = ?
Amour × Absence = ?
Même les chiffres tremblent
devant certaines réponses.
J’ai cherché X dans les bibliothèques,
dans les étoiles,
dans les yeux des femmes,
dans les tombes de mes ancêtres,
dans la bouche des sages
et dans le silence de Dieu.
Partout, la même équation :
∞ + 1 = ∞
Alors j’ai compris
que l’infini n’était peut-être pas un nombre,
mais une blessure
qui refuse de se fermer.
L’homme croit connaître le monde
parce qu’il sait compter les étoiles,
mesurer les océans,
calculer la vitesse de la lumière.
Mais qui calculera
la distance entre deux âmes ?
Quelle formule donnera
la masse d’un souvenir ?
Quelle racine carrée
extraire de la douleur ?
Quel logarithme
pour mesurer l’absence ?
Et quelle équation
résoudra cette inconnue
qui grandit en nous
chaque fois que nous croyons avoir compris ?
J’ai écrit :
X = Vérité
Puis j’ai découvert
que chaque vérité
possédait une inconnue.
J’ai écrit :
X = Amour
Mais l’amour refuse les mathématiques :
il donne sans soustraire,
il brûle sans température,
il disparaît sans jamais être nul.
J’ai écrit :
X = Mort
Mais même la mort
n’est peut-être qu’un changement de variable.
Alors j’ai remplacé X
par une étoile.
Puis par un homme.
Puis par Dieu.
Et ma feuille est devenue ciel.
J’ai compris que nous sommes tous
des équations inachevées,
des fractions imparfaites,
des décimales sans dernier chiffre,
des théorèmes
que le temps tente de démontrer.
Nous marchons avec nos inconnues
dans les poches,
nos cicatrices comme des signes,
nos souvenirs comme des constantes,
et nos rêves comme des variables.
Nous croyons chercher la réponse,
alors que peut-être
la vie ne nous demande pas
de résoudre l’équation.
Peut-être qu’elle nous demande
de continuer à écrire.
Car au bout de toutes les formules,
au-delà des nombres,
des racines,
des puissances
et des infinis,
il reste une dernière ligne :
X = ce que je deviendrai.
Et personne,
pas même le temps,
n’a encore trouvé
la valeur exacte.
X demeure.
Ultime inconnue.
Dernière équation.
Et peut-être
la plus belle
des vérités.
Texte n°11 – L’énigme
Déballer ses indices sur le premier bout de zinc connu, partager l’ivresse de résoudre une énigme; pour X raisons, ignorer la déconvenue, l’accepter. Le plus important, savoir qui l’on est, l’entonner tel un hymne.
Texte n°12 – Né sous X
Ma naissance clandestine est un mystère filial qui m’intrigue
L’éclosion d’un souffle orphelin à l’identité floue en latence
Née sous X dans le secret d’une déclinaison sans nuances
J’ai croisé le fer en quête âpre d’un nom véritable que je brigue.
J’existe au monde tel un inconnu sans repères à l’étrange destin
Une existence feutrée où rien ne figure formelle sur mon chemin
Perdu dans le néant d’un corps aux multiples voix qui murmurent
Je n’ai pas d’aura distincte dissimulée sous ma banale signature.
Mes origines sont de vastes hypothèses sur une génitrice en cavale
Un dossier confidentiel pour seuls indices de ma dérive natale
Je cherche les détails de ma nature par des présomptions insolites
Sans ressources qui m’offrent un pas vers mon être composite.
J’habite en moi une énigme qui devient l’instance de ma vérité
Une absence de mémoire qui berce une enfance depareillée
Je ne suis guère un homme complet qui traîne une peau heureuse
Les stigmates de mon anonymat prônent le vide en mon antre creuse.
J’exhibe des facettes électiques qui dictent mon humeur variable
Ma cadence est une hésitation lourde à rendre mon être instable
J’écume une routine où mes gestes changent sans concession
J’abrite sous ma cape plusieurs versions inconnues au bataillon.
J’ai trainé au seuil de mes sentiments des portes closes
Dans mon humanité ciselée par un anonymat morose
Mon égo qui s’irrigue de notions méconnues à mon vaste sujet
Veut résoudre l’équation dont le X est l’ultime inconnu sans reflet.
Texte n°13 – L’inconnu
Je suis l’inconnu
Mais j’ai bien un début
Je na sais d’où je viens
Et j’existerais jusqu’à ma fin
On m’a donné corps et âme
Entre l’homme et la femme
On m’a donné une forme et un fond
Mais un trou béant obscurcit mon horizon
Comment comprendre ce qui m’entoure
Abandonné par l’amour
Je pleurs et ris comme chacun
Même lorsque l’encre coule sans un refrain
Je traverse le temps
A travers ce néant
Qui finira par m’engloutir
Mais avant je veux servir
Je cherche sans relâche a comprendre, si je le peux
Mère, père où êtes vous, je ne suis que malheureux
Sans talent ni auteur que suis je finalement
Un soupir, une copie en noir et blanc
Sans couleurs pour aimer, la souffrance comme moteur
J’ai peur de devenir amère et basculer dans la noirceur
Je voudrais voir ce monde par les yeux d’un enfant
Désiré et chérie dans les bras de ses parents
Mais je ne le peux, peut-être est ce mon destin
Je suis seul les yeux rivés à me partager mon chagrin
Je me décris au gré du vent sans limites ni contraintes
Car la vie n’est pour moi qu’une succession de voix que j’emprunte
Qu’elles soient douces ou terribles elle pénètre ma chair
Je reçois les plaintes et les pleurs mais que faire ?
Et chaque jours que tu me tient dans tes mains
Est l’espoir pour mon cœur d’un plus beau lendemain
Les erreurs mon quotidien faites de tâches et ratures
Mais j’accepte par nature, suis je le fruit des ordures ?
La colère me fait signe veut joliment m’adopter
se déguise en beauté au risque m’emporter
La où je refuse de céder à la facilité
Propager la haine et devenir le reflet de notre société ?
La douleur me fait plier l’important est que je résiste
Car l’espoir subsiste
On voudrait me souiller avec de faux arguments
M’écarter de la vérité avec de faux serments
Mais d’un coup je reprends vie car on me ment
et si je ne sais d’où je viens je ne suis pas naïf pour autant
J’aperçois la lueur qui elle même combat les ténèbres
Essayant de la souffler et de briser ses verbes
Laisse moi te sauver de ces griffes acerbes
Laisse moi t accueillir que je te préserve
Que j’endure à ta place, que je te conserve
A l’abri des menaces, que je fasse de toi mon joyau
Que je retrouve force et audace face aux maux
Qui nous parjure sans scrupule mais ne sont que faiblesses
Laisse mes pleurs devenir pour toi une caresse
Et quand viendra le temps pour chacun de partir
Je le sait dans mon cœur que tu m’auras rendu le sourire.
Texte n°14 – Les aventures de x
En huit le lundi
Les possibilités se plient à tes caprices
Si bien qu’on ne distingue plus la source d’origine
Un facteur ce mardi
Parfois, tu te vêtis de nombres
Toquant à la porte des y et des z
Tu te marries jeudi
Car le jour précédent, un sosie d’à côté t’a gentiment salué
Il était donc plus simple pour vous de s’unifier
Une fonction vendredi
Oh la grande inconnue, que ferait-on sans toi
Lorsque dérivations font bouger la rivière?
Cours de sciences le samedi!
La rotation de Mars t’invite à créer ses lois
Cachés dans ton regard des futurs infinis
Qu’on ne pourrait savoir le programme du dimanche
Texte n°15 – L’inconnue du train
Elle a posé ses yeux sur moi. Son intensité m’a effleurée. Son sourire s’est cogné contre le mien puis est revenu en ricochet. Immédiatement la connivence de nos esprits. Elle l’a sentie je sais. Moi aussi, elle sait. Elle s’agite à mes côtés, veut que je la remarque. La complicité apparaît, nos sourires se frôlent lorsque l’on évoque l’indignation. Dans le même train, on saute du wagon de l’indignation à celui de nos passions. Elle me suit, ça me flatte. Dans mes pensées je prends sa main, l’entraîne dans mon imaginaire. Elle aperçoit Charlie, le personnage qui anime mes écrits, est déjà envoûtée et j’adore ça. Nos yeux migrent, s’esquivent et se croisent. Je plonge quand elle hésite. La brèche s’ouvre et je m’engouffre. La complicité se crée sur nos désirs analogues. Sarah, elle s’appelle Sarah et je ne sais pas pourquoi découvrir son prénom fait monter du désir en moi. J’ai envie de lui dire tu me plais Sarah en insistant sur le S. Parce que je vois comme elle se voit, elle. Je vois le doute sur sa capacité à générer du désir chez l’autre. Et là, l’autre c’est moi. Et moi je n’ai pas de doute quant au désir qu’elle a pour moi. Je le lis, il apparaît sur ses joues rosies et ses délicieuses rides qui se creusent davantage quand elle m’observe. Son regard est brûlant. Il glisse sur ma nuque, s’attarde sur mes oreilles, finit sa course sur mes lèvres. J’aimerais qu’elle glisse sa main entre mes seins qui s’érigent sous mon tee-shirt vert. L’inconnue du train me déshabille.
La voix grésillante résonne dans les haut-parleurs du TGV. L’arrivée se fait imminente et nous sort de la rêverie. Je m’agrippe à mon imaginaire comme à une roche friable. J’arbore un sourire confiant et détaché. Sait-elle qu’elle a déclenché un incendie dans ma tête ? La pyromane fait mine de se détacher. Pourtant je sens bien les particules de son envie suivre les courbes de mes hanches qui s’articulent lorsque je saisis mon sac dans le compartiment à bagages.
Je souris, j’ai le joystick en main, la paire d’as dans ma manche. On poursuit la partie ? L’ambivalence me guette. L’intuition me suggère l’éphémère comme une alléchante proposition sujette à tous les fantasmes. Je doute. L’incendie gagne du terrain et les degrés prennent plaisir à grimper. Résister, il faut résister me souffle le petit personnage ailé logé au-dessus de mon épaule.
Sarah sort son téléphone, me jette un regard et je comprends son attente, son envie de poursuivre la partie. C’est trop facile, me dis-je. Comme un coup de taser, mon esprit projette une image bien réelle de nos corps nus enlacés. Je me débats, souris à Sarah. Qu’est-ce qu’elle est belle. Ça y est, j’ai fait mon choix. Je clique sur Éphémère écrit en gros caractères. Dans ma tête s’affiche l’écran gris : êtes-vous certaine de vouloir abandonner la partie sans enregistrer ? Je clique sur oui. Je souris à Sarah, lui dis merci et m’éloigne dans le wagon sans me retourner, mon sac et ma frustration en bandoulière.
Texte n°16 – Né sans mon nom
Je t’offrirai le ciel, mille levers du jour,
Je te protégerai quand viendra la menace,
Je creuserai mon sein si tu cherches ta place,
Je donnerai ma vie pour prouver mon amour.
Mon cœur suivra tes pas au fil de tes parcours,
Loin des yeux, près de toi, ma tendresse t’enlace,
Je vais prier les cieux pour qu’ils guident ta trace,
Et que ce voile noir s’éloigne pour toujours.
Mais je dois te laisser au seuil d’un autre port.
Pour t’offrir un destin que la vie choisira,
Être sauvé de ma nuit est ton seul ressort.
Dans mon esprit tes yeux en image se fixent,
Je te laisse partir, mon fils, pardonne-moi,
À côté de maman, tu ne trouveras qu’X.
Texte n°17 – Nombre d’or
En quête d’un disparu,
Une énigme qui déborde
En cascades d’inconnues,
Un déluge de variables
En déferlantes insaisissables
Il y a ce dossier
Taché d’un nom encré,
Comme un tatouage balafré
Sur le miroir enrayé
Du désespoir barbouillé
Une intégrale d’ombres
Sur les méandres du vide,
La racine carrée
De la négativité
Sans solution
L’asphalte en papier buvard,
Les chiffres noyés
En flaque d’eau salée,
L’impact en conjecture
Des trajectoires sous ratures
Il est l’X recherché,
L’inconnu d’une adresse
Jamais recensés,
Le facteur en sursis
D’un algorithme erroné
Il est l’Y fluctuant
Entre deux constantes masquées,
Le suspense qui vacille,
Le graphe sans asymptote
L’absence au bout du raisonnement.
La quête d’un disparu.
Texte n°18 – incognito
Tes deux ailes de bombyx
Ont fait tourné tous les disques
De ton scénario
Tu fait partie du camp des apatrides
Tu as chanté les chants des coeurs humides
Comme un écho
En anonyme phénix
Ton entrée a pris des risques
Et tous les fardeaux
Tu as cherché l’occulte élémentaire
Attendant l’âge adulte et une terre
Incognito
L’administration confisque
Ton squelette et son préfixe
Depuis le berceau
Cachant l’identité de cette absence
Sacré secret sucré de ta naissance
Au fond des flots.
Texte n°19 – Le traverseur
Et pourquoi pas ?
Pourquoi je ne le ferais pas ?
La confiance en soi c’est important.
Donc je le fais
Main sur la hanche
Et je m’élance pour la traverser
Tel un défilé sur ce passage clouté
Texte n°20 – Né sous X
On a posé la croix où devait être un nom.
Un ventre m’a rendu comme on rend une clé ;
une main s’est lavée de mon premier prénom,
et le monde a dit : « Inconnu » — puis m’a laissé.
Mon père est une absence aux contours de brouillard,
ma mère, un courant d’air qui sent encore le lait ;
j’ai hérité du blanc, du vide, du hasard,
et d’un chromosome où l’on cherche un reflet.
Les maths m’ont dit : « Résous-moi » — j’ai tracé mes lignes,
isolé l’inconnue, déplacé les égalités ;
mais à chaque calcul revient le même signe :
X = X, et le reste, un silence glacé.
Les illettrés d’hier signaient d’une croix noire
pour dire : « J’étais là, même sans savoir écrire. »
Je signe comme eux, debout dans le grand soir,
d’un geste de deux traits qui suffit à me dire.
Et sur la carte au trésor, que marque-t-on ? Une croix.
Peut-être que l’ultime inconnue n’est pas qui je suis,
mais l’endroit où l’on creuse — et que l’on creuse en soi.
Je ne te résous plus, X : je t’habite, et je suis.
Texte n°21 – La pesée du coeur
Durant sa vie entière, l’homme cherche son bonheur,
Trouver l’âme sœur, avant l’entrée au tombeau !
Pouvoir déclarer sa flamme, avant son heure,
Pour sceller, dans le marbre, nos plus brûlants mots !
Partager, ses joies, ses peines, devient l’essentiel,
Quand notre adorée, rencontre, enfin, notre cœur !
Que le chemin fût long, du bas vers le ciel,
Pour respirer, à pleins poumons, la myrrhe de son Seigneur !
Cette délicate quête, n’est pas une mince affaire,
Se convaincre que l’autre n’est pas toujours louable !
La dureté de la vie, indique, parfois, le monastère,
Que les âmes esseulées, s’interdisent des sourires affables !
Quand, Hallelujah, la belle est, enfin, conquise,
Lui déposer tous ses trésors, alors, s’impose !
Nous nous assujettissons à cette grande cause,
Pour toi, Déesse, fille d’Uranus, princesse exquise !
Tous les temples d’Égypte, s’ouvrent à toi,
Divine divinité, emplie de moi, de ma foi !
L’espoir que le temps te féconde, bel alien,
Pour honorer de ton fils, une légende Osirienne !
Les Dieux, les Maîtres, se souviennent du grand Horus,
Ce fils, improbable, né d’un immense amour !
Toi, ma muse, ma sœur, mon papyrus,
Écris ta loi, Séshat, elle-même, lira ton discours !
Méfis-toi, toujours, des déserts et des faux-frères,
Qui s’immiscent dans la vie des tendres amoureux !
Rappelle à toi, toutes les incantations, toutes les prières,
Qui fixent, à jamais, l’immortalité de tes yeux !
Une vie, entière, à donner le bon, comme le meilleur,
T’accordera le passage difficile vers l’ultime habitat !
Qu’Anubis et Maât, munis de la balance du cœur,
Pèseront ton âme, pour ton voyage vers l’au-delà !
Nulle crainte du crocodile,
Sèche tes larmes, n’aie pas peur !
Texte n°22 – Le baiser
Je soupire, Inconnue, par instants à t’attendre
Car malgré mon désir de te prendre en mes bras
Je sais que ta venue ne peut que me surprendre,
Tout comme ton baiser empreint de datura.
Et quand me frôlera ta robe langoureuse,
Le monde autour de moi me laissera bien seul.
Tu me murmureras l’éternité heureuse
Me couvrant de ton corps, un apaisant linceul.
Texte n°23 – Numéro trois x trois zéros
L’inconnu trouvé sur le trottoir
Par une nuit glaciale, dans le noir,
Le corps brisé, allongé à travers,
Ses yeux éteints fixant l’univers,
Dans l’obscurité d’une tombe isolée,
Il sera bientôt enterré.
Un cercueil modeste, en bois aggloméré,
Et avec lui, tous les secrets d’une vie
Disparaîtront dans l’oubli.
Un sans-abri, une existence gâchée,
Que personne n’a jamais su aimer.
Solitaire, enfermé dans son propre néant,
Il n’a pas connu de jours éclatants.
Pas d’amis et de souvenirs de fête,
Pas de voyages ou de danse dans sa tête.
Dans sa vie si dure et si fragile,
Il n’a reçu en cadeau la moindre chose utile.
Il n’avait pas un toit pour soi,
Dormant au gré du chaud ou du froid ;
Et même s’il priait chaque soir,
Depuis longtemps, il a perdu son espoir.
Personne ne viendra à son enterrement,
Toute trace de lui s’effacera totalement.
Sur sa tombe, aucune larme, aucun pleur,
Et sur sa croix, pas de nom, pas une fleur.
Sera gravé juste un numéro,
Il restera à jamais, l’inconnu trois xxx trois zéros.
Texte n°24 – Un souvenir enfoui
Il était si petit quand je l’ai rencontré,
C’est à peine s’il parlait ; il riait, plein de vie.
Il était si mignon, si pressé de m’aimer,
Dès lors, par lui, ma vie s’est embellie.
J’ai lu quelques histoires, confectionné ses plats,
Je l’ai pris dans mes bras et, au sport, l’ai conduit,
Je l’aimais comme un fils, j’aimais tant son papa,
J’étais comblée et j’adorais ma vie.
Nous étions une famille composée, partagée,
Imparfaite mais unie, pleine d’amour et de vie.
Grâce à mon homme j’avais un amant, un ami,
Grâce à l’enfant, un rôle qui me comblait.
Les années ont passé, et puis s’en fut fini,
Un appel, l’accident ; une annonce, un décès,
Ma moitié n’était plus, il avait succombé,
Il m’a laissée, j’en fus anéantie.
Mon statut a changé, je n’ai plus la même vie,
Et toi, petit bonhomme, ton repère est parti,
Voilà que tu t’en vas, à ton tour, sans un bruit,
Tu disparais et je maudis ma vie.
Ta mère te récupère, j’ai cessé d’exister,
Aucun droit, ni devoir, on me prie d’oublier,
Moins que rien l’un pour l’autre, devenus étrangers,
Nous subissons ces adieux obligés.
Nous aurions pu nous voir, avec parcimonie,
Juste de temps en temps mais il n’en sera rien.
C’est elle qui t’a porté, et t’a donné le sein,
Elle qui refuse ce lien qui nous unit.
Tu tairas ton mal-être puisqu’il le faudra bien,
Et tu te convaincras, et tu te persuaderas.
À force de simuler, ton esprit m’oubliera,
Et enfouira, musellera, ton chagrin.
Tu ne comprendras plus cette douleur inouïe
Qui te broiera le cœur, lacérera ta chair.
Tu ne comprendras plus, car à cause de ta mère,
Je deviendrai un souvenir enfoui.
Un beau jour, je l’espère, tu travailleras sur toi,
Alors tu résoudras cette injuste équation.
Je te souhaite de trouver réponse à tes questions,
Et de me trouver, moi.
Texte n°25 – Mon plaisir d’écrire
Je m’assois seul devant la feuille blanche,
Le silence pèse sur mon esprit,
Je cherche un mot, une idée qui se penche,
Mais mon cerveau, parfois, ne dît plus rien.
Je regarde au loin par la fenêtre,
Les oiseaux volent et le vent s’en va,
Je voudrais bien voir une image naître,
Mais le papier reste froid sous mes doigts.
J’attends longtemps, je marche dans la chambre,
Je tourne en rond, je cherche mon chemin,
Je veux du feu pour chasser le froid sombre,
Et capturer un beau vers dans ma main.
Parfois, un mot arrive enfin, tout simple,
Comme une fleur qui pousse dans le jardin,
Il donne au texte une petite ride, un pli,
Et le poème commence son dessin.
C’est un combat contre la peur du vide,
Parfois je doute et je veux tout lâcher,
Mais le désir, fidèle et très solide,
Me dit qu’il faut encore un peu chercher.
Alors j’écris une phrase, puis une autre,
Mes idées viennent enfin se retrouver,
Ce n’est pas simple, c’est comme une faute,
Mais quel bonheur de pouvoir créer.
Texte n°26 – L’étoile
Longtemps, j’ai vu l’étoile dans la nuit
Briller d’une lueur lointaine,
Comme un regard posé sur moi
Dans une chambre sombre.
Sa lumière bleue refroidissait mon cœur,
Emplissant l’espace familier de teintes vaporeuses.
Souvent, j’ai croisé le sphinx aux ailes noires.
Son vol lourd, hésitant et indiscret
Troublait mes songes éveillés,
Ceux que je faisais sous cette blafarde étrangeté.
Longtemps, j’ai cru voir en moi l’eau de mille pensées
Suivre les chemins secrets où personne ne va.
Saisir les pierres pour mieux les briser,
Tomber sur le dos comme le scarabée,
Renaître dans le vol vert du colibri.
Habile créateur de chimères
Insatiable découvreur des plaisirs interdits,
Toujours j’ai aimé, pour vivre d’abord,
Savoir ce que les vagues apportent,
Fuir les vents furieux,
Oublier les visages de cauchemar,
Trouver dans les yeux des amours
La porte de l’inconnu.
Celle où tout est aboli
Qui mène au grand mystère,
Où, les êtres réunis
N’entendront plus l’obsédante marche
Des montres inutiles d’un temps mélancolique.
Elles font mourir les fleurs et les chevreuils,
Usent les sentiments vieillis par le poison de l’oubli.
Longtemps, toujours, à jamais je vivrai, pour chérir
L’astre ainsi posé sur mon cœur.
Tu l’as gravé sur l’écorce de l’arbre,
Où le destin aime à faire éclore les feuilles
Des existences humaines et des passions immortelles.
Texte n°27 – Recherche de ma véritable lignée
J’ai eu envie de chercher cette vérité cachée.
Ce parcours qu’a pris cette génitrice.
Est-elle toujours en accord ou a-t-elle des remords.
À vrai dire je m’en inquiétais point
Mais à l’école ils ont commencé à évoquer ce fait que des mères abandonnés leurs bébés.
Puis on m’a toujours dit : « Vous êtes sûr d’être la suite de cette lignée »
Alors je me suis posé j’ai cherché mais les dossiers étaient déjà éliminés.
Puis on m’a expliqué que cette pseudo-inconnue qui m’a gardé pendant 9 mois
Ne voulait pas de moi.
J’ai pas su comment réagir.
Texte n°28 – Le ciel double
Une frange bleue bleu-nuit
Aux contours mal définis
Ouvre une béance au ciel fermé
Qui est-elle l’obscure, cette illustre inconnue ?
Comme la plus obscure des nuits recèle le secret
Déchire çà et là l’épaisse toile
Qu’elle mordille un peu à deux côtés
L’arête bleue se dilue
Tableau aqueux de semblants
Illusions recouvertes de ténèbres
Rien n’est plus vrai que ce rêve
Ruminant lentement les temps
D’un contraste à nul autre pareil
Où la nescience s’enivre lentement
Toile lisse où le bleu étale tourne au mauve
Rien ne rappelle les bouffées blanches
Qui surmontaient l’espace du ciel multicolore
De formes perceptibles
Peut-être seulement aux yeux des hommes
Comme si la nuit approchante avait liquidé
Toutes formes et tous symboles à ceux qui regardent
Dans l’oublieuse sphère des rêves
Immergée dans l’étoffe des pierres
Le ciel fixe comme un point sur le planisphère du temps
Pendule dément où se détraquent les heures
Tirant de sa main de sable
Comme autant d’aimants fuyant
Du coutelas d’une pensée d’ivresse
Comment ce ciel muet peut-il porter
Trois regards malvoyants transpercés ?
D’une lune noire tout à la fois excitante et navrée
Magnétique ce ciel est ce que le silence est aux grands damnés
Sur quoi leurs paupières lourdes s’attardent
Toute première magie et dernier souhait
Ce ciel, enfant roi des ombres
Jouant aux dés
A l’interception de la lumière
Où paraît apposée quoi qu’impossible
L’éternité vide tout autant que saturée
Tandis qu’au devenir fuyant passe un nuage muet au ciel lent.
Texte n°29 – Le Corbeau
Il est beau ; le corbeau.
Quand vient la nuit sans rythme
Une silhouette se dessine.
Sans un bruit,
Il arpente les rues
Sous le regard d’autrui.
Il ne passe pas inaperçu ;
Toi même tu ne m’aurais cru
Si tu ne m’avais pas lu.
C’est vrai, en parcourant ces quelques mots,
Toi aussi tu le trouves beau, le corbeau.
Mais quand vient la nuit,
Il utilise sa magie.
Aies crainte s’il te choisis !
Chaque plumes perdues
Est une conquête voulue.
Il poursuit un sombre dessein
Qui pour la proie sera sa fin.
Si tu croises son chemin
Peau de chagrin.
Et toi, si tu était le corbeau,
Combien de plumes te resterait-il
En étant si fragile ?
Oui,
Il est beau le corbeau.
Texte n°30 – L’inconnue qui s’efface
Je suis une inconnue.
Un peu à la ramasse.
Comme je ne suis jamais lu,
Mes poèmes s’effacent.
Mes problèmes me menacent.
Enfin bref, j’ai la poisse.
Mes angoisses m’agacent,
Et comme ça m’agace, j’angoisse.
Un peu comme ces pensées,
Qui forme un cercle parfait.
Attendant la moindre dérapage.
Le moins de passage.
Finalement le moindre ratage,
Pour t’attaquer.
Tu t’es bloqué.
Handicapé,
Par ce bourbier.
C’est un boulier.
Tic, tac, tic..
Les billes en toc, elles se moquent.
Le bruit résonne et te sonne,
Pour toujours et à jamais.
Le temps qui court, et toi affalé.
En train de penser… Tic tac tic
Et comme la harceleuse du collège,
Les mots de la meneuse t’assiègent.
Pourquoi je suis là ?
Pourquoi je suis comme ça ?
Pourquoi je parles pas ?
Pourquoi j’écris tout ça ?
Je suis Némo sans Marin,
Quand dans mon mémo du matin,
Je me dis « écris ».
Pour qui ?
Pour quand ?
Qui trouve ça intéressant ?
Tic tac tic, le temps presse,
La tempête m’agresse.
Voilà ma bouteille à la mer.
Que quelque chose s’éveille, je l’espère.
Texte n°31 – Né
Là, un cri
Une vie qui commence,
Déjà sans toit.
Celle-ci est laissée aux autres,
Nos petites mains sans peau à effleurer,
Pas de prénom ou de mots doux susurrés.
Du bas de nos quelques heures au monde,
Notre existence est déjà vagabonde.
Alors, on hérite de noms d’apôtres
Tirés au hasard dans le calendrier,
Car il faut être nommé :
Pas par amour, mais par nécessité.
Et longtemps, j’ai cru que mon identité
Transportait les seules traces d’un passé
Que seuls certains connaissent sans moi.
Mais ce n’est qu’un son sans histoire,
Sans hésitation et sans mémoire.
Là, un lien s’évapore.
Et on grandit avec le doute, même dans l’amour.
Pourquoi avoir été laissé là, sans un mot ?
L’angoisse des racines qu’on essaie de reconstruire,
Un arbre dont on est une branche coupée.
Alors que notre famille a attendu pour nous voir,
Elle a préparé le terreau d’un nouveau jour
Qui nous permettra, dans leurs bras, de fleurir.
Là, un espace à combler.
Et l’on grandit sans ressembler à nos parents,
Mais le miroir n’a jamais renforcé les liens.
Et j’ai vécu dans ma famille avec tout,
Accueilli sans la même peau à leur table,
Aimé à s’en rassurer les nuits instables.
Rien n’a manqué, pourtant toujours ce vide ;
Il n’appelle pas l’amour, ni la colère,
Il cherche à comprendre d’où je viens.
Là, l’indescriptible.
Au détour d’une parole griffonnée,
Je comprends l’absurdité de ma quête.
Les idées s’annihilent dans ma tête :
Je n’ai pas été désiré,
Mais rien, ce jour-là, ne l’a été.
Là, l’origine.
Texte n°32 – Hasard nocturne
Je m’en échappe,
Puis elle me rattrape,
Elle gagne chaque jour,
Pas la peine d’en faire le détour.
Elle me tend ses bras,
Doux ou sournois,
Unique aventure intemporelle,
Une inconnue perpétuelle,
Tantôt planante, tantôt tremblante,
Parfois transparente,
La nuit intrigue par sa noirceur, sa lueur effraie de peur,
Pourtant, je peux l’attendre des heures,
Impatiente de la voir tomber,
Pour enfin m’abandonner.
Elle ouvrira son cœur pour me libérer,
Ou refusera de m’apaiser, comme un rendez-vous raté.
Les yeux serrés ou en grand, j’attends qu’elle s’invite,
Mes pensées s’excitent,
Le tourbillon s’installe,
Voilà que la nuit fait son scandale !
Jusqu’à finir par tolérer
De me laisser entrer tel un enfant gâté.
Une fois le privilège obtenu,
Et le sommeil survenu,
Vigilance à ce qu’elle manigance,
La nuit sera une danse, enivrante d’insouciance,
Ou, je me méfie, peut-être un piège,
Car elle se peut sortilège,
Aux multiples visages, de chaleur ou de frissons,
Les sens en ébullition,
Agités sans moyen de maîtriser,
La nuit, ma vie se poursuit,
Bien qu’en inertie,
Paradoxal bouillon intérieur,
Censé mettre les pendules à l’heure.
A tout le moins les idées tricotent,
Voilà pourquoi tant je gigote !
Le temps s’étire, long face à moi-même,
Une confrontation extrême,
Où les idées les plus folles,
Prennent la parole,
Où les rêves divins,
Trouvent un chemin.
J’apprécie la trace de la nuit,
Quand elle revêt la vie sage d’une amie,
Je la crains quand elle m’emmène,
Dans ses torrents où je me démène.
La nuit le sait, elle m’aura le lendemain.
Je parlemente face au cycle sans fin,
Pour qu’elle ne me réserve
Que les cotonneux rêves,
Que j’emporterai toute la journée,
Voir des mois entiers.
Je me courbe
Pour qu’elle soit moins fourbe,
Mais attention, elle osera je ne m’en fais pas,
Au hasard d’un faux pas, se jouer de moi.
Du songe enchanté,
Au cauchemar paniqué,
Différente je me découvrirai,
Au matin levée.
Texte n°33 – Gerçures du froid
Le fracas tumultueux des guerres d’antan semblent revenir à la porte,
je ne suis pas effrayé, projeté dans un autre monde où tes yeux m’ont hypnotisé
Pourtant le général de la friendzone que je suis ne veut pas s’éloigner de toi,
Demain dès l’aube, je m’en irai, pour ces quelques mètres de terrain, en gardant ce regard tendre, onctueux, et incandescent que tu as, lorsque tu me regardes, conservé chaudement dans ce mouchoir de papier, à l’abri des gerçures du froid.
Texte n°34 – L’ombre au creux de l’épaule
Je t’ai cherchée partout, au fond des cahiers sales,
Dans les marges griffonnées quand le jour s’éteignait,
Entre les chiffres froids et la craie des silences
Où mon enfance entière apprenait à trembler.
Tu n’avais pas de visage,
Seulement cette façon d’exister par le vide,
Cette manière d’occuper la pièce sans jamais y entrer.
On m’avait dit : isole-la.
Passe tout de l’autre côté de l’égalité,
Dépouille le monde de ses certitudes,
arrache les constantes,
Les habitudes, les heures douces,
Et tu finiras bien par la nommer.
Mais plus je soustrais, plus tu grandis.
Tu es le creux que laisse une voix disparue,
L’angle mort de mes nuits où je reste éveillée
À écouter battre un cœur dont j’ignore le terme.
Je suis devenue une femme qui marche les mains ouvertes,
Fatiguée de vouloir résoudre ce qui refuse la lumière.
Parfois, je crois te toucher du bout des doigts :
Un tremblement dans la gorge avant l’aveu,
La buée sur une vitre en plein hiver,
Ou cette seconde exacte, suspendue,
Juste avant que la vague ne se brise.
Et puis tu te dérobes, fidèle à ton serment de brume.
Tu n’es pas une réponse que l’on trouve.
Tu es cette part de moi qui ne s’apprivoise pas,
La blessure sans mémoire, le désir sans rivage,
La seule lettre capable de faire plier l’infini
Sans jamais avoir besoin de dire son vrai nom.
Texte n°35 – Qui est mon père ?
Parti loin. Il en a fait couler de l’encre
Des yeux de ma mère.
Elle frotte, elle frotte et ça s’étale.
Je crois qu’on ne le verra plus.
Texte n°36 – (In)équation pour X inconnu·e·s
Quelque part en 2020…
Si on dit à Gens qu’il faut vivre dehors
Parce que c’est devenu dangereux de vivre dedans
Mais qu’avant c’était normal pour Gens d’habiter dedans
Puisque c’était trop dangereux d’habiter dehors.
Dehors il y a X qui n’est malheureusement pas Gens
Et qui ne peut plus habiter dedans depuis longtemps.
Si X vivait dangereusement dehors
Pendant que Gens habitait paisiblement dedans,
Quelle proportion de chance à X
D’aller désormais vivre dangereusement dedans
Pendant que Gens vit en sécurité dehors?
Texte n°37 – Mon inconnue
Il m’arrive de penser que je ne sais plus qui je suis.
Que celle qui vit à mes côtés n’est plus tout à fait celle que j’étais, pas encore celle que je voudrais être, mais pas non plus celle que je connais.
Voilà pourquoi elle est « à mes côtés », comme une camarade encore inconnue avec qui l’on n’ose pas discuter.
Je ne suis qu’une moitié de moi-même. Une partie de l’équation de mon entièreté m’échappe.
Dans le reflet du miroir, il m’arrive de me fuir.
J’évite de fixer celle que je vois car plus les secondes passent, plus les traits que je perçois se mettent à bouger.
Lorsque je plonge mon regard dans celui d’en face, c’est comme si je me dérobais, comme si elle allait m’emporter.
Tel Narcisse et sa légende je pourrais me noyer, non pas appâtée par ma beauté mais par la curiosité que cette inconnue éveille en moi.
Parfois l’étrangeté est ce soi auquel on aimerait échapper.
Parfois l’étrangère est celle que l’on rencontrerait, si on la laissait entrer.
Texte n°38 – Examine moi
EXAMINE MOI AVEC
EXACTITUDE
REEXAMINE ENCORE
EXACT TU AS TROUVĖ
CLIMAX DANS L’APAISEMENT
RELAX LE TOUT
EXTASE INCONNUE
EXPANSION DANS L’INVISIBLE
DEUX ENSEMBLES
JOYEUX ENFANTILLAGES
CIEUX SUR LA VOUTE
LUMINEUX QUI RĖGĖNĖRE
PAIX
Texte n°39 – ?
On ne sait pas.
On ne sait rien,
De ce que sera demain
Et tous ses après-demain.
C’est une chose étrange.
Apprendre l’inattendu,
Marcher dès l’aube dans cette inconnue,
Comme si la nuit nous avait suspendus.
Cette fois, prenons notre chance…
Chaque jour devient notre promesse.
Nos rêves, et toutes nos ivresses…
Ne taisons rien, enfin ! hurlons notre liesse !
Texte n°40 – Une ruelle Cachée
Les passages sucrés,
nos chemins secrets.
Depuis toujours
J’attends qu’elle
me dise son amour,
me dise que je suis belle.
Ruine esseulée,
condamnée aux matins salés.
Tous les jours
Je n’attends qu’elle.
N’ai jamais disparu
Elle me dirait qu’un jour
Elle aurait voulu
Revenir en arrière
Lever ce mystère.
Elle viendrait me dire, cours
Dans la ruelle
Cachée
où j’ai pu me confier.
Comme je l’ai été.
L’ultime inconnue,
l’intime méconnue.
Trait pour trait, les rides
Sous mes paupières
Ce manque, ce vide
D’où passe la lumière
Je te connais
Sans t’avoir reconnue
Trait pour trait,
Je vois ton portrait.
De A à Z dans ma mémoire,
les déboires de notre histoire.
Comme une croix sur mon cœur,
Une vie sans demeure.
Anonymat.
À nos X, ma ultime inconnue.
Texte n°41 – EX-IL XL
C’était face à l’impasse
une rame qui trace
une joie sans issue
une voix inconnue
un tram au loin qui passe
un drame amour qui lasse
une femme mi-nue
immobile et charnue
un toujours qui trépasse
un métronome en passe
au sombre de la rue
un kamasutra cru
en petite mort crasse
et l’X des folies grasses
Texte n°42 – Un crayon et une gomme
Je suis une ombre dans la lumière.
Et le murmure au cœur de mer,
Un reflet dans un miroir,
Une étoile dans un tiroir.
Je suis un rêve au creux de nuit.
Un vent léger dans un étui.
Une tempête dans un film,
Ou je joue un rôle anonyme.
Je suis enfant et voyageur.
Une page blanche dans sa noirceur.
Éclat de rire qui doit s’ouvrir.
Je suis une larme à retenir.
Je suis un doute, une certitude.
Je suis un champ de solitude.
Je suis passé dans l’interlude.
Je suis l’armure des habitudes.
Ce que je suis, ce que tu es.
Une poussière dans l’immensité.
Que sommes-nous vraiment, en somme ?
Juste un crayon et une gomme.
Texte n°43 – X
Ce qui termine toutes choses
Se situe en la position donnée
Par l’objet dont la collection constitue l’ensemble
Et qui peut prendre plusieurs valeurs distinctes
Tant qu’il conserve la qualité de ce qui est égale
Entre deux expressions de la science qui étudie les grandeurs
Et tant qu’i n’est vérifiée que pour certaines valeurs
Dont on cherche à définir avec précision
La ou les valeurs
Qui prouvent la vérité
De cette qualité de ce qui est égal entre deux formules
Par lesquelles on représente ce que vaut une chose.
Texte n°44 – Facteur X
A la lisière des chromosomes
Murmure l’individu
De ce loin grincent ses souvenirs
agonie de mémoire
Depuis ce ressac collector
Nos deux fils mis à nu
Parfois l’étincelle,
souvent fragrance
d’indifférence.
Tellement de facteurs X
Dans l’équation
D’une inconnue
Tellement d’angles morts
D’options
De points de vue
Quand finalement
De ce règne des trajectoires
Naissent nos destins
Aléatoires
L’inconnue de rejoindre
Dans l’oubli
sa petite mort
Jusqu’à la banquise
d’ignorance.
Texte n°45 – PROPHÉTESSE
à X,
Tes prunelles sont ivres du poids du sang et des rêves des sectes nomades
Ton silence est une ombre douloureuse
lourde comme l’ange qui s’est penché sur toi.
Retiens
tes rictus enchantés de femme-prophète
cette mise-à-mort glacée qui t’étourdie de sa grâce
Tu t’éloignes vivement dans la brûlure dévoilée à présent
Tes yeux sont deux atomes fous qui cavalent dans les planches carbonisées des légions funèbres
Tu invoques la terre ferme et les murailles du château fort
Tu parles
mais le son de ta voix ne fait que vaciller dans la survivance obèse et surpeuplée
de ton nom
Retire-toi
Je suis immobile au passage des feux dormants
docile à la tempête
et aux tendresses déloyales
Tu aperçois vaguement hésitante
l’enfant coupée en deux par le faisceau du seuil dévasté
Texte n°46 – L’ultime inconnu
Je m’arrête près d’une rivière,
à la recherche d’un tout en rien,
d’un rien en un tout.
Elle connaît son embouchure ;
je ne connais même pas ma prochaine rive.
J’ai une carte
sans les lignes de crête.
Ma boussole perd le nord,
et l’horizon recule
à mesure que j’avance.
La rivière suit son cours,
semble trop sûre d’elle.
Moi, je compte mes pas
comme on compte les derniers instants.
Faut-il des années pour se connaître
et des siècles pour se retrouver ?
Je cherche mon visage
sous l’eau froide
mon reflet se brise
avant que je ne le croise.
J’avance vers l’île,
parmi des pièces rebelles
que mes peines tentent d’assembler.
Alors, je me demande :
et si l’avenir n’existait
que dans le néant ?
Et si le futur n’était qu’une illusion,
inventée pour ne pas céder
aux caprices du temps ?
J’ai retourné ma carte :
il n’y avait ni destination,
ni pôle nord, ni sud,
seulement cet horizon
qui recule à mesure que j’avance.
Peut-être que l’ultime inconnu
n’est pas la porte de demain,
mais la clé
que je n’ai jamais osé tourner.
Texte n°47 – VOLTS
Ielles sont de loin un amas de X
de XX de XY un tumulte
un bataclan de silhouettes de voix mutantes
des rangs flous et masqués -débridés-
de corps en clameur de verre brisé
dans leurs mains des bouquets d’armes dérisoires
et l’impact du nombre la force d’une nouvelle vague
Leurs vœux en capitales sur le carton
De moins loin ielles rajeunissent et rapetissent à chaque pas
leurs sacs de plus en plus grands boucliers sur le ventre
leurs pieds râpent le goudron leurs bras cherchent les fenêtres
aubes de moustaches au-dessus des lèvres
souvenirs de rondeurs roses aux joues
De près on repère une silhouette, une seule
elle se détache et s’avance, seule
inconnue déjà familière sous les flashes
des perles sur ses pommettes la chaleur sur son front
elle a la peur dans un œil le soleil dans l’autre
elle les entraîne
Ielles hissent la beauté sur les empilements
ielles portent du cuir du coton
de la viscose des voiles de l’élan
des hymnes tatoués sur la peau
ielles portent la provocation des espoirs multiples
de la rage et des rires fous, du salut
Ielles n’ont pas de nom,refusent les vies cirées et policées
refusent d’être une autre brique dans le mur
rêvent de pavés singuliers sur le sable dans le bitume
ielles sont nos porte-drapeaux nos étendards
notre boussole et notre étoile polaire nos étincelles
quand sont réclamés l’espace la liberté la considération
nos simulacres éclatent
nos renoncements évitent leurs yeux
Ielles ont le mérite et le droit de tout secouer
de refuser l’horizon chétif des avenirs corsetés
leur jeune âge nous rappelle l’ampleur des orages
la douceur tenace des promesses des possibles des ailleurs
leur âge porte son enfance et nos doutes sur son visage
Dans la jeunesse il y a une tension, un suspense dirait Alain Cavalier
– un vieux très jeune –
la jeunesse est une plongée sans rival
une ascension trouble
qui pare d’étoiles les faîtes des lampadaires
dans les soirs qui chantent et les matins de brume
Ielles respirent mal dans les fumées
dans la tourbe des vieilles puretés
dans l’ impossible été
ielles marchent et tombent protestent et font danser
les feuilles fauves et noires
sous leurs semelles cloutées
Et veillent de toutes leurs forces de toute leur toile de pseudonymes
veillent
sur la rêVOLTe
Texte n°48 – Rouge
Rouge,
La lune en sang
Orangée,
un peu comme ses cheveux
Rouge,
Je me retrouve à fixer la lune
Elle, à qui j’ai confié nos promesses
Mais j’ai été naïve et lâche
Alors elle me les a remises
Rouge,
Des miels en cendres
Brûlés par une rage
Ayant découvert cette mèche
Coincée sur ta chemise
Rouge,
Les loups hurlent
Un peu comme mes pensées
Mais la lune a saigné
Un peu comme tes draps
tachés… de rouge
Où se déflore
Une fleur vierge
Mais ce rouge,
ne venait pas de moi
Texte n°49 – Sans titre
Laisse moi venir à toi désarmée
Venir instable
Venir sans prudence
Et m’étendre contre toi
Laisse moi venir à toi écorchée
Venir en sang
Venir en feu
Et m’étendre contre toi
Laisse moi venir à toi brisée
Venir fragile
Venir tremblante
Et m’étendre contre toi
Laisse moi venir à toi puissante
Venir en force
Venir brutale
Et m’étendre contre toi
Laisse moi venir à toi sans jugement
Sans attente
Sans réfléchir
Et m’étendre contre toi.
Laisse moi venir à toi étonnée
Venir muette
Et m’étendre avec toi
Texte de calibrage par La Rathure – CorbeauX
Je piaille, je pense, je pépie
Je chante, je sonde, je glapis,
Je fouille sous les feuilles,
Pique vers et brindilles,
Trouve herbes et peccadilles,
Entre mésanges et bouvreuils,
Parfois je partage,
Des bribes de nid,
Ou bouts de fruit,
D’autres, garde en cage,
Je babille, je suppose, je braille,
Je croasse, j’admets, je criaille,
Je prise de bec,
Rouge, gorge gonflée,
Fierté confrontée,
Aux saillies et coups secs,
Je vole dans les plumes,
Comme volent les miennes,
Sans toucher au costume,
Touché dans mes peines,
Je braie, je crois, je coucasse,
Je croasse, je discute, j’agace
Je mime mise à nu
Derrière les feuillages,
Je joue à l’ingénu,
Déguise mon plumage,
Je piaille où je me terre,
J’attise les cancans,
C’est bien plus tentant,
Que les discours d’équerre,
Je croasse, je crois, je fringote,
Je croasse, je provoque, je jabote,
Je fore dans l’écorce,
Les si sur la branche,
De mes hypothèses franches
Que plus rien ne désamorce
Je méprise de bec,
Toustes têtes de linotes,
Que mes idées clignotent,
Sur les géants de teck
Je croasse, je crois, je cacarde,
Je croasse, je crois, je brocarde
Je souille tous les seuils,
Bris de verres que j’instille,
Proverbes et banderilles,
Entre corbeaux et corneilles
Toujours je partage,
Mais signe d’une croix,
Ce que je croah, croih, crois,
De tout mon ramage,
Je croasse, je croah, je crois,
Je croasse, je croah, je crois…
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